Publié le 12 August 2026 à 19:00 — Mis à jour le 9 August 2026 à 11:54

Inflation persistante, prix de l’essence élevés et inquiétudes sur le pouvoir d’achat : le consommateur américain reste sous pression en 2026. Pourtant, les ventes de Costco continuent de progresser rapidement. Ce paradoxe s’explique en grande partie par le modèle du distributeur : lorsque les ménages deviennent plus sensibles aux prix, acheter en gros et rechercher les promotions peut devenir encore plus attractif. Pour les investisseurs, Costco apparaît ainsi comme l’un des grands gagnants d’une consommation plus prudente. Reste une question essentielle : cette qualité n’est-elle pas déjà largement intégrée dans le cours de Bourse ?

Des ventes toujours très solides en 2026

Les derniers résultats disponibles ne montrent pas de véritable ralentissement chez Costco.

Au troisième trimestre de son exercice 2026, clos le 10 mai, le groupe a réalisé 69,15 milliards de dollars de ventes, en hausse de 11,6 % sur un an.

À magasins comparables, les ventes ont progressé de 9,8 %. Même en neutralisant les variations du prix de l’essence et des devises, la croissance atteint encore 6,6 %.

Aux États-Unis, qui constituent de loin son principal marché, les ventes comparables ajustées ont augmenté de 6,8 %.

La dynamique s’est poursuivie en juin : Costco a annoncé 29,24 milliards de dollars de ventes sur cinq semaines, soit une progression de 10,6 % par rapport à l’année précédente.

Hors essence et effets de change, les ventes comparables ont encore augmenté de 7 %.

Difficile, dans ces conditions, de parler d’effondrement de la consommation.

Le consommateur américain dépense encore, mais regarde davantage les prix

Cela ne signifie pas pour autant que les ménages américains ne ressentent aucune pression.

Costco indiquait lors de ses derniers résultats que la hausse des prix de l’essence avait poussé davantage de consommateurs à utiliser ses stations-service, réputées pour pratiquer des tarifs compétitifs.

Le directeur général Ron Vachris expliquait même que les cinq dernières semaines du trimestre avaient représenté les volumes de ventes les plus élevés jamais enregistrés par le groupe.

Le phénomène est intéressant.

En période de baisse du pouvoir d’achat, tous les distributeurs ne sont pas nécessairement pénalisés de la même manière. Certains peuvent au contraire bénéficier d’un transfert de consommation vers les enseignes proposant une perception de meilleur rapport qualité-prix.

C’est précisément l’une des forces de Costco.

Le client doit payer une adhésion annuelle, mais bénéficie ensuite de prix serrés sur de nombreux produits vendus en grands conditionnements.

Le succès du modèle repose donc sur une idée simple : convaincre le consommateur que le montant économisé grâce aux achats chez Costco dépasse largement le coût de son abonnement.

L’abonnement constitue une formidable protection

Pour comprendre Costco en Bourse, il ne faut pas seulement regarder les ventes réalisées dans ses magasins.

Le véritable avantage du groupe réside aussi dans ses abonnements.

À la fin du troisième trimestre 2026, Costco comptait environ 82,9 millions de membres payants et 148,5 millions de détenteurs de cartes.

Le taux de renouvellement atteignait encore 92,2 % aux États-Unis et au Canada et 89,7 % dans le monde.

Les revenus tirés des cotisations ont atteint 1,37 milliard de dollars sur le trimestre, contre 1,24 milliard un an auparavant.

Cette fidélité est particulièrement importante.

Une fois son abonnement payé, le consommateur est naturellement incité à continuer ses achats chez Costco afin de le rentabiliser. Le distributeur dispose ainsi d’une relation avec ses clients beaucoup plus forte que celle d’un supermarché traditionnel.

Le commerce en ligne devient également un moteur

Autre évolution intéressante : Costco n’est plus uniquement une histoire de gigantesques entrepôts.

Au troisième trimestre, les ventes réalisées par les canaux numériques ont progressé de plus de 20 % à périmètre comparable. En juin, la croissance dépassait encore 21 %.

Cette accélération permet au groupe d’étendre son modèle sans dépendre uniquement de l’ouverture de nouveaux magasins.

Costco continue néanmoins de développer son réseau physique. À début juillet 2026, l’entreprise exploitait 933 entrepôts dans le monde, dont 641 aux États-Unis et à Porto Rico.

L’expansion internationale reste également un relais de croissance, même si le marché américain demeure dominant.

L’inflation peut paradoxalement renforcer Costco

La hausse des prix représente évidemment un risque pour la consommation.

Mais elle peut aussi renforcer la proposition de valeur de Costco.

Le groupe utilise son immense pouvoir d’achat pour négocier les prix auprès de ses fournisseurs et accepte traditionnellement des marges commerciales relativement faibles afin de maintenir des tarifs compétitifs.

Costco a même réduit certains prix en 2026, notamment sur des produits alimentaires, afin de préserver l’attractivité de son offre. Cette stratégie peut peser ponctuellement sur les marges mais contribue à fidéliser les adhérents.

Le distributeur peut donc être mieux armé que certains concurrents lorsqu’un consommateur cherche davantage à économiser.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Costco continue d’afficher une croissance importante malgré un environnement économique moins confortable pour une partie des ménages américains.

Pour l’investisseur, le principal risque pourrait être le prix de l’action

Le problème du dossier Costco n’est donc pas forcément son activité.

C’est plutôt le niveau d’exigence que les investisseurs peuvent placer dans l’entreprise.

Une société capable d’augmenter ses ventes, ses bénéfices et son nombre d’adhérents tout en présentant un modèle particulièrement résilient mérite naturellement une valorisation élevée.

Mais plus cette valorisation augmente, plus Costco doit continuer à délivrer des résultats presque irréprochables.

Une croissance légèrement inférieure aux attentes peut alors provoquer une correction du titre, même si les résultats restent très bons.

Pour un investisseur français intéressé par Costco, il faut donc distinguer deux questions :

Costco est-il une excellente entreprise ? Les chiffres actuels plaident clairement en ce sens.

L’action est-elle intéressante à n’importe quel prix ? C’est une question beaucoup plus délicate.

Ce qu’il faut retenir

Costco ne montre actuellement aucun effondrement de la consommation américaine. Les ventes du groupe progressent au contraire fortement en 2026, avec une croissance comparable ajustée de 6,6 % au troisième trimestre et encore 7 % en juin. La pression exercée sur le budget des ménages pourrait même favoriser son modèle fondé sur les prix bas et les achats en volume. Pour l’investisseur, le véritable enjeu n’est donc probablement pas la solidité de Costco mais sa valorisation : une entreprise exceptionnelle peut aussi devenir un investissement moins intéressant lorsqu’elle est achetée trop cher.