Publié le 28 septembre 2026 à 07:30 — Mis à jour le 20 septembre 2026 à 11:31

Les investisseurs américains désertent-ils les marchés européens ?

À première vue, les tensions géopolitiques, la remontée des taux et la puissance persistante de Wall Street pourraient laisser penser que les capitaux américains restent massivement aux États-Unis.

Les chiffres racontent pourtant une histoire beaucoup plus nuancée.

En 2026, le phénomène le plus visible n’est pas une fuite des investisseurs américains hors d’Europe, mais plutôt une remise en question de la domination absolue des actifs américains dans les portefeuilles mondiaux.

Les Américains ont même commencé à diversifier hors de Wall Street

Le mouvement était déjà visible au début de l’année.

En février 2026, Reuters faisait état d’environ 75 milliards de dollars retirés des actions américaines par les investisseurs américains en six mois, dont 52 milliards sur les seuls premiers mois de 2026.

Cette rotation s’expliquait notamment par :

  • les valorisations très élevées des grandes valeurs technologiques américaines ;
  • les inquiétudes autour de l’intelligence artificielle ;
  • et les performances supérieures enregistrées dans certaines régions, notamment en Europe et en Asie.

Le STOXX Europe 600 avait alors largement surperformé Wall Street sur douze mois.

Le mouvement observé était donc plutôt « bye America » que « bye Europe ».

Les flux récents restent favorables à l’Europe

Les chiffres de septembre confirment que la situation n’est pas celle décrite dans l’ancien article.

Pendant la semaine achevée le 9 septembre 2026 :

32,27 milliards de dollars sont sortis des fonds actions américains ;

alors que les fonds actions européens ont enregistré 11,16 milliards de dollars d’entrées nettes.

La semaine suivante, le climat mondial s’est nettement détérioré en raison de la hausse du pétrole, de l’inflation et des taux.

Les fonds américains ont encore subi 31,44 milliards de dollars de retraits.

Les fonds européens ont cette fois enregistré une petite sortie de 295 millions de dollars seulement.

Nous sommes donc face à un mouvement général de prudence des investisseurs, pas à une défiance spécifiquement dirigée contre l’Europe.

Les investissements directs américains en Europe n’ont pas chuté de 30 %

C’est l’une des principales erreurs de l’ancien article.

Selon le Bureau of Economic Analysis américain, la position totale des investissements directs américains à l’étranger a atteint 7 140 milliards de dollars fin 2025.

Et l’Europe a justement constitué le principal moteur de cette progression :

+350,2 milliards de dollars en un an, notamment au Royaume-Uni et au Luxembourg.

Il serait donc incorrect d’affirmer aujourd’hui que les investissements directs américains en Europe se seraient effondrés de 30 %.

Il faut également distinguer :

les investissements directs, par exemple l’achat d’une entreprise ou la construction d’une usine ;

des investissements de portefeuille, c’est-à-dire achats d’actions, d’ETF ou d’obligations.

Ce sont deux statistiques totalement différentes.

Les étrangers continuent aussi d’acheter massivement les actifs européens

Les données de la BCE montrent elles aussi que les capitaux internationaux restent présents.

Sur les douze mois à mai 2026, les investisseurs non résidents avaient réalisé environ :

500 milliards d’euros d’achats nets d’actions et titres assimilés de la zone euro ;

et 505 milliards d’euros d’achats nets de titres de dette de la zone euro.

La BCE ne permet pas, dans cette statistique agrégée, d’attribuer tous ces flux uniquement aux investisseurs américains.

Mais ces montants montrent clairement que l’Europe ne traverse pas une disparition générale des capitaux internationaux.

Pourquoi l’Europe redevient-elle intéressante ?

La première raison est la valorisation.

Les actions américaines, notamment technologiques, restent relativement chères après plusieurs années de hausse.

Les marchés européens présentent davantage :

  • de banques ;
  • d’industrielles ;
  • de sociétés énergétiques ;
  • d’entreprises minières ;
  • de valeurs de luxe ;
  • et de titres dits « value ».

Cette composition permet aux investisseurs de diversifier leur exposition à la technologie américaine.

Les bénéfices des entreprises européennes ont également surpris positivement en 2026 : au deuxième trimestre, les résultats ont progressé d’environ 16 % sur un an, soit leur croissance la plus rapide depuis trois ans.

Mais l’Europe garde un énorme handicap

Le problème européen existe bel et bien.

Il ne s’agit simplement pas d’une fuite soudaine des investisseurs américains.

Les marchés de capitaux européens restent beaucoup plus petits et fragmentés que ceux des États-Unis.

L’Europe compte plus de 35 places boursières et plus de 40 plateformes de négociation.

Les actions européennes s’échangent environ deux fois moins fréquemment que leurs homologues américaines, ce qui réduit leur liquidité et augmente certains coûts de transaction.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises technologiques en forte croissance continuent souvent à considérer le Nasdaq ou le New York Stock Exchange comme plus attractifs.

Le paradoxe : les Européens continuent eux-mêmes d’acheter l’Amérique

Et c’est probablement là que se trouve le vrai sujet.

Même si les investisseurs internationaux diversifient davantage leurs portefeuilles, les Européens continuent à placer énormément d’argent aux États-Unis.

Les dernières données disponibles de la BCE montrent que les résidents de la zone euro ont acheté pour 622 milliards d’euros nets de titres de dette hors zone euro sur les douze mois à juillet 2026.

Les statistiques américaines montrent également qu’en juillet 2026 les investisseurs européens ont réalisé environ 55,8 milliards de dollars d’achats nets d’actions américaines sur le seul mois.

Le problème structurel européen est donc peut-être moins :

« les Américains ne viennent plus chez nous »

que :

« pourquoi une part aussi importante de l’épargne européenne continue-t-elle de financer Wall Street ? »

Une année record pour les ETF européens

Il serait également difficile de parler d’un marché abandonné.

Les ETF et ETC domiciliés en Europe ont enregistré 51,8 milliards d’euros de souscriptions nettes en août 2026.

Depuis le début de l’année, les flux atteignent environ 321 milliards d’euros, ce qui place 2026 sur la trajectoire d’un nouveau record.

Cela ne signifie évidemment pas que tout cet argent est investi dans des actions européennes : de nombreux ETF européens répliquent le S&P 500, le Nasdaq ou les marchés mondiaux.

Mais cela illustre la croissance spectaculaire du marché européen de la gestion passive.

Que doivent surveiller les investisseurs français ?

Trois éléments semblent désormais plus importants que l’origine géographique des capitaux.

D’abord, les taux d’intérêt. La remontée des rendements obligataires rend les actions moins incontournables.

Ensuite, les bénéfices des entreprises : si les sociétés européennes continuent d’améliorer leurs résultats, la décote par rapport aux États-Unis peut attirer davantage de capitaux.

Enfin, la devise.

Pour un investisseur américain, acheter des actions européennes implique également une exposition à l’euro. Une hausse de l’euro peut améliorer son rendement exprimé en dollars ; une baisse produit l’effet inverse.

Ce qu’il faut retenir

Il n’existe pas aujourd’hui de preuve d’une « absence systématique des investisseurs américains en Europe ».

Les données disponibles montrent plutôt une redistribution mondiale des capitaux.

Au début de 2026, les investisseurs américains ont même fortement réduit leurs positions sur leur propre marché boursier au profit d’une diversification internationale.

Plus récemment, la semaine du 9 septembre a vu 32 milliards de dollars sortir des fonds actions américains tandis que 11 milliards entraient dans les fonds européens.

Et les investissements directs américains en Europe avaient augmenté de 350 milliards de dollars en 2025, selon les statistiques officielles américaines.

Le véritable débat est donc différent.

L’Europe attire toujours du capital, mais ses marchés restent moins profonds, moins liquides et beaucoup plus fragmentés que Wall Street.

Pour l’investisseur français, le sujet n’est pas de parier sur le retour hypothétique des Américains.

Il est plutôt de déterminer si la décote des actions européennes par rapport aux actions américaines rémunère suffisamment ces faiblesses structurelles.

Et c’est probablement cette question qui décidera si la rotation vers l’Europe observée en 2026 devient durable… ou simplement temporaire.