Publié le 26 septembre 2026 à 07:30 — Mis à jour le 20 septembre 2026 à 11:27

Revolut se rapproche progressivement des marchés boursiers. La fintech britannique, devenue en quelques années l’un des principaux acteurs européens de la banque numérique, envisage désormais une double cotation sur le London Stock Exchange et le Nasdaq à New York.

Son fondateur et directeur général, Nik Storonsky, a confirmé en septembre 2026 que cette option était actuellement étudiée. L’introduction en Bourse ne semble toutefois pas imminente : une échéance autour de 2028 a été évoquée, mais elle dépendra notamment des conditions de marché.

Derrière cette opération se joue beaucoup plus qu’une simple entrée en Bourse. Revolut doit désormais convaincre les investisseurs qu’elle peut passer du statut de fintech à forte croissance à celui de véritable groupe bancaire mondial.

Pourquoi Revolut veut-elle être cotée à Londres et à New York ?

Le choix d’une double cotation permettrait à Revolut de résoudre une équation stratégique.

D’un côté, Londres demeure son marché historique. L’entreprise y possède son siège mondial et a obtenu en 2026 sa licence bancaire britannique. Une cotation sur le London Stock Exchange constituerait donc un signal fort en faveur de la place financière britannique.

De l’autre, Nik Storonsky ne cache pas sa préférence pour les États-Unis. Le marché américain offre une profondeur financière nettement supérieure, avec une présence importante d’investisseurs institutionnels, de fonds, de gestionnaires d’actifs et d’investisseurs particuliers.

Le Nasdaq présente également un avantage considérable pour Revolut : les investisseurs américains sont historiquement plus habitués à valoriser fortement les entreprises technologiques affichant une croissance rapide.

La double cotation permettrait donc à Revolut de conserver son ancrage britannique tout en cherchant aux États-Unis une liquidité et une profondeur de marché supérieures.

Une entreprise qui a déjà changé de dimension

L’intérêt autour d’une éventuelle introduction en Bourse repose d’abord sur la croissance spectaculaire du groupe.

En 2025, Revolut a enregistré environ 4,5 milliards de livres sterling de chiffre d’affaires, en hausse de 46 % sur un an. Son bénéfice avant impôt a atteint 1,7 milliard de livres, soit une progression de 57 %. Les dépôts et avoirs de ses clients ont parallèlement atteint 50,2 milliards de livres.

La croissance de la clientèle est tout aussi impressionnante. Revolut revendique désormais plus de 80 millions de clients dans le monde, contre 50 millions fin 2024, et ambitionne d’atteindre 100 millions de clients à l’horizon 2027.

L’entreprise ne se contente plus non plus des paiements et du change de devises. Elle développe progressivement une véritable galaxie financière : comptes bancaires, cartes, crédit, épargne, investissement, cryptomonnaies, services aux entreprises, paiements, programmes de fidélité et désormais, selon les pays, télécommunications ou crédit immobilier.

Revolut cherche ainsi à devenir une plateforme financière globale plutôt qu’une simple néobanque.

Une valorisation qui place déjà Revolut parmi les géants

C’est probablement l’un des points les plus importants pour un futur investisseur.

Fin 2025, une opération sur le capital avait valorisé Revolut environ 75 milliards de dollars. En juillet 2026, une nouvelle cession d’actions destinée notamment aux salariés et aux investisseurs existants s’est engagée sur la base d’une valorisation proche de 115 milliards de dollars.

Attention toutefois : il ne s’agit pas encore d’une valorisation déterminée quotidiennement par la Bourse.

Une transaction privée peut donner une indication de la valeur attribuée à une entreprise, mais le véritable test interviendra au moment de l’IPO. Le prix proposé, la quantité d’actions mises sur le marché et surtout la demande des investisseurs détermineront alors la capitalisation réellement acceptée par le marché.

Pour l’investisseur, cette distinction est essentielle : une excellente entreprise peut constituer un mauvais investissement si elle est achetée trop cher.

Double cotation ne veut pas forcément dire dilution

Contrairement à une idée parfois avancée, une double cotation n’entraîne pas automatiquement une dilution des actionnaires.

Tout dépendra de la structure choisie par Revolut.

L’entreprise pourrait introduire principalement des actions déjà détenues par ses salariés et investisseurs historiques. Elle pourrait également émettre de nouvelles actions afin de lever des capitaux pour financer son développement.

Dans ce deuxième cas seulement, la création de nouveaux titres entraînerait une dilution des actionnaires existants.

Il faudra donc examiner attentivement le prospectus de l’introduction en Bourse lorsque celui-ci sera publié.

Quels sont les principaux risques ?

La croissance spectaculaire de Revolut ne doit pas faire oublier plusieurs enjeux.

Le premier concerne la valorisation. Plus les attentes intégrées dans le prix d’introduction seront importantes, plus Revolut devra maintenir un niveau élevé de croissance et de rentabilité.

Le deuxième concerne sa transformation en véritable banque mondiale. Le développement du crédit augmente les besoins en fonds propres mais également les risques de défaut et les contraintes réglementaires.

Revolut devra également composer avec des réglementations différentes selon les pays. Le groupe a considérablement renforcé son dispositif réglementaire en obtenant notamment une licence bancaire au Royaume-Uni et en France et en avançant sur son projet bancaire américain.

Enfin, comme toutes les grandes plateformes financières numériques, la cybersécurité, la lutte contre la fraude et la protection des données constituent des enjeux particulièrement importants.

Et pour un investisseur français ?

Une éventuelle IPO de Revolut sera particulièrement intéressante à suivre, mais elle ne signifie pas qu’il faudra acheter l’action dès son premier jour de cotation.

Plusieurs données seront déterminantes : le prix retenu pour l’IPO, la capitalisation résultante, la croissance du nombre de clients, l’évolution des revenus, la rentabilité, le développement du crédit et la génération de trésorerie.

Il faudra également regarder la structure exacte de la cotation. Une présence simultanée à Londres et sur le Nasdaq ne rendrait notamment pas automatiquement le titre éligible au PEA. Cette éligibilité dépend de la structure juridique et fiscale de la société émettrice.

Pour un investisseur patrimonial, Revolut devra surtout être comparée à deux univers très différents : les banques traditionnelles, généralement valorisées sur leur rentabilité et leurs fonds propres, et les entreprises technologiques, auxquelles le marché accorde souvent des multiples plus importants en échange de perspectives de croissance supérieures.

C’est probablement toute la difficulté de la future valorisation de Revolut.

Ce qu’il faudra surveiller avant l’IPO

Les prochains mois permettront d’obtenir plusieurs informations déterminantes : le choix de la place de cotation principale, la confirmation ou non d’une introduction autour de 2028, l’évolution de la valorisation privée, la progression de Revolut aux États-Unis et la poursuite de sa transformation en banque mondiale.

Il faudra également observer si la croissance actuelle reste compatible avec une rentabilité élevée.

Revolut présente aujourd’hui un profil rare en Europe : celui d’une fintech devenue rentable tout en continuant à développer très rapidement sa clientèle.

Mais son éventuelle introduction en Bourse posera une question beaucoup plus simple aux investisseurs : à quel prix cette croissance mérite-t-elle d’être achetée ?

C’est probablement sur ce point, davantage que sur le prestige d’une double cotation Londres-New York, que se jouera réellement l’intérêt patrimonial de l’action Revolut.