Publié le 20 August 2026 à 18:30 — Mis à jour le 16 August 2026 à 19:05

C’est probablement l’un des mouvements les plus symboliques du portefeuille de Berkshire Hathaway depuis plusieurs années.

Le conglomérat américain a massivement renforcé sa participation dans Alphabet, la maison mère de Google, au cours du deuxième trimestre 2026. Le dernier document réglementaire 13F déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) le 14 août 2026 montre qu’Alphabet représente désormais environ 37,8 milliards de dollars dans le portefeuille d’actions américaines déclaré par Berkshire.

En agrégeant les actions Alphabet de classe A et de classe C détenues par les différentes entités du groupe, Alphabet représente environ 12,6 % des 299,3 milliards de dollars de titres déclarés dans le 13F.

Cela en fait désormais la troisième participation cotée de Berkshire, derrière Apple et American Express et devant Coca-Cola.

Un changement majeur pour Berkshire, longtemps associé à des secteurs traditionnels comme l’assurance, la banque, les boissons, l’énergie ou l’industrie.

Mais attention à une première nuance : ce n’est plus Warren Buffett qui dirige opérationnellement Berkshire Hathaway.

Depuis le 1er janvier 2026, Greg Abel est le directeur général du groupe. Warren Buffett, aujourd’hui âgé de 95 ans, reste président du conseil d’administration et actionnaire de contrôle.

Il est donc plus juste de parler d’un investissement de Berkshire Hathaway que d’un nouvel investissement personnel de Warren Buffett.

Berkshire détenait près de 106 millions d’actions Alphabet fin juin

Le changement est spectaculaire.

Au 31 mars 2026, Berkshire déclarait environ 54,25 millions d’actions Alphabet de classe A et 3,59 millions d’actions de classe C.

Trois mois plus tard, le groupe détenait environ :

78,79 millions d’actions Alphabet A

et

27,19 millions d’actions Alphabet C.

Cela représente au total près de 106 millions d’actions Alphabet.

Sur le seul deuxième trimestre, Berkshire a ainsi ajouté environ 24,5 millions d’actions A, soit une hausse d’environ 45 %, et plus de 23,6 millions d’actions C.

L’augmentation est donc loin d’être marginale.

Il s’agit d’une véritable montée en puissance d’Alphabet au sein du portefeuille.

Berkshire avait déjà investi directement 10 milliards de dollars dans Alphabet

Le 13F n’est d’ailleurs pas la seule preuve de cet intérêt.

Le 1er juin 2026, Alphabet avait annoncé une vaste opération de financement destinée notamment à accélérer ses investissements dans l’intelligence artificielle et ses infrastructures informatiques.

Dans le cadre de cette opération, Berkshire Hathaway s’était engagé à investir directement 10 milliards de dollars dans Alphabet via un placement privé.

L’accord portait sur :

5 milliards de dollars d’actions Alphabet A à 351,81 dollars par action

et

5 milliards de dollars d’actions Alphabet C à 348,20 dollars par action.

Alphabet précisait alors que cet investissement venait renforcer une position que Berkshire constituait depuis le troisième trimestre 2025.

Le dernier 13F montre cependant que le mouvement du deuxième trimestre va au-delà de ce seul placement privé.

Alphabet devient la troisième participation de Berkshire

Le changement prend toute son importance lorsqu’on observe le classement du portefeuille.

Au 30 juin 2026, le portefeuille 13F de Berkshire représentait 299,25 milliards de dollars.

En additionnant les différentes positions détenues par les entités consolidées dans le dépôt SEC, on obtient approximativement :

Apple : 66,0 milliards de dollars

American Express : 51,3 milliards

Alphabet : 37,8 milliards

Coca-Cola : 32,5 milliards

Bank of America : 27,5 milliards.

Alphabet est donc devenue extrêmement rapidement l’une des convictions majeures du groupe.

Le rapport trimestriel de Berkshire confirme d’ailleurs qu’Alphabet fait désormais partie de ses cinq principales participations en actions, aux côtés d’American Express, Apple, Bank of America et Coca-Cola. Ces cinq investissements représentaient ensemble 66 % de la valeur des actions détenues par Berkshire au 30 juin 2026.

Pourquoi Berkshire s’intéresse-t-elle autant à Alphabet ?

Berkshire ne publie pas une justification détaillée pour chacune de ses transactions boursières.

Le formulaire 13F permet de connaître les titres détenus en fin de trimestre, mais il ne permet pas de connaître précisément le raisonnement de l’investisseur, les dates exactes de chaque achat ou le responsable individuel ayant pris chacune des décisions.

Il faut donc éviter d’affirmer que Warren Buffett ou Greg Abel a personnellement décidé chaque achat.

En revanche, les fondamentaux actuels d’Alphabet permettent de comprendre pourquoi l’entreprise peut correspondre à certains principes historiques de Berkshire.

Alphabet n’est plus simplement une société technologique à forte croissance.

C’est désormais une entreprise gigantesque, rentable, disposant de plusieurs activités dominantes et générant des dizaines de milliards de dollars de flux de trésorerie.

Alphabet affiche encore une croissance impressionnante

Les résultats du deuxième trimestre 2026 illustrent parfaitement cette puissance.

Alphabet a réalisé 119,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre 96,4 milliards un an auparavant.

Cela représente une croissance de 24 % sur un an.

Son résultat opérationnel a atteint 40,8 milliards de dollars, en hausse de 30 %, avec une marge opérationnelle de 34 %.

Pour une entreprise de cette taille, maintenir une croissance à deux chiffres constitue une performance particulièrement importante.

Et plusieurs moteurs commencent désormais à se compléter.

Google Search reste extrêmement puissant.

YouTube poursuit sa croissance.

Les abonnements progressent.

Mais c’est surtout Google Cloud et l’intelligence artificielle qui changent aujourd’hui le profil du groupe.

Google Cloud explose grâce à l’intelligence artificielle

Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires de Google Cloud a bondi de 82 % sur un an, passant de 13,6 à 24,8 milliards de dollars.

Encore plus impressionnant : son résultat opérationnel est passé de 2,8 à 8,8 milliards de dollars.

La marge opérationnelle de Google Cloud s’est ainsi considérablement améliorée.

Alphabet indique que cette accélération est notamment portée par la demande pour les infrastructures d’intelligence artificielle et les solutions d’IA proposées aux entreprises.

Le groupe indiquait également en juillet que le carnet de commandes de Google Cloud atteignait 514 milliards de dollars, après avoir progressé de plus de 50 milliards en seulement un trimestre.

Pour Berkshire, l’intérêt potentiel devient évident : Alphabet dispose à la fois d’activités historiques extrêmement rentables et d’un nouveau moteur de croissance majeur avec le cloud et l’IA.

Mais l’intelligence artificielle coûte extrêmement cher

C’est également l’un des principaux risques de l’investissement.

Alphabet investit des montants gigantesques dans les centres de données, les serveurs, les processeurs et les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle.

Au deuxième trimestre 2026, les dépenses d’investissement du groupe ont atteint 44,9 milliards de dollars, contre 35,7 milliards au premier trimestre.

Alphabet prévoit désormais entre 180 et 190 milliards de dollars de dépenses d’investissement pour l’ensemble de l’année 2026.

Ces investissements sont tellement importants qu’Alphabet a enregistré un free cash-flow négatif de 5,9 milliards de dollars au deuxième trimestre, malgré 39,1 milliards de dollars de flux de trésorerie opérationnels.

C’est donc probablement l’un des grands paris du marché actuellement :

les centaines de milliards investis dans l’intelligence artificielle généreront-ils suffisamment de bénéfices futurs pour justifier ces dépenses ?

Berkshire semble en tout cas accepter ce risque.

Attention au bénéfice spectaculaire d’Alphabet

Les résultats publiés par Alphabet peuvent également être trompeurs si on les lit trop rapidement.

Le bénéfice net disponible pour les actionnaires ordinaires a atteint 112,1 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, contre 28,2 milliards un an auparavant.

Une multiplication presque par quatre.

Mais ce chiffre ne signifie pas que l’activité opérationnelle de Google a quadruplé.

Alphabet a enregistré 98 milliards de dollars de gains nets dans ses autres revenus, principalement liés à l’appréciation de ses investissements financiers.

La société précise elle-même que les gains sur titres ont augmenté son bénéfice net trimestriel d’environ 77,1 milliards de dollars après impôts.

Pour analyser la performance réelle du groupe, le résultat opérationnel de 40,8 milliards et sa progression de 30 % constituent donc des indicateurs beaucoup plus représentatifs.

C’est une nuance essentielle pour l’investisseur.

Berkshire ne mise pourtant pas tout sur les actions

Le renforcement d’Alphabet ne signifie pas que Berkshire soit devenue soudainement extrêmement agressive sur les marchés.

Au 30 juin 2026, ses activités « Insurance and Other » détenaient encore environ 35,1 milliards de dollars de trésorerieet surtout 324,9 milliards de dollars de bons du Trésor américain à court terme.

Autrement dit, Berkshire continue de disposer d’une réserve de liquidités et de placements très liquides absolument considérable.

Le groupe peut donc réaliser un investissement de plusieurs dizaines de milliards de dollars dans Alphabet sans remettre en cause sa solidité financière.

Cette capacité à patienter avec énormément de liquidités puis à investir massivement lorsqu’une opportunité est jugée intéressante reste cohérente avec la culture historique de Berkshire.

Pourquoi cet investissement est symbolique

Pendant longtemps, Warren Buffett expliquait qu’il évitait de nombreuses valeurs technologiques lorsqu’il estimait ne pas pouvoir prévoir suffisamment précisément leur économie future.

Apple a profondément modifié cette perception.

Berkshire avait fini par considérer Apple moins comme une entreprise technologique classique que comme une gigantesque marque grand public bénéficiant d’un écosystème puissant et d’une fidélité exceptionnelle de ses clients.

Alphabet pourrait représenter une nouvelle étape.

Google dispose d’actifs extrêmement difficiles à reproduire :

Google Search, YouTube, Android, Chrome, Google Maps, Gmail, Google Cloud ou encore Gemini.

La valeur ne réside donc plus uniquement dans une technologie particulière, mais dans un écosystème mondial utilisé par des milliards de personnes et d’entreprises.

C’est précisément ce type d’avantage concurrentiel durable que Berkshire recherche traditionnellement.

Mais Alphabet n’est pas sans risques

Le fait que Berkshire investisse massivement ne signifie pas qu’Alphabet soit devenue une action sans risque.

Le premier risque concerne justement l’intelligence artificielle.

Google domine historiquement la recherche en ligne, mais les assistants IA changent progressivement la manière dont les internautes recherchent des informations.

Alphabet doit donc réussir un exercice particulièrement délicat : développer de nouveaux usages basés sur l’IA sans détruire l’extraordinaire rentabilité de son activité publicitaire historique.

Le deuxième risque concerne le montant des investissements.

Avec jusqu’à 190 milliards de dollars de dépenses d’investissement prévues en 2026, Alphabet doit démontrer que ces infrastructures produiront une rentabilité suffisante.

Enfin, le risque réglementaire reste considérable.

Google reste sous forte pression des régulateurs

Aux États-Unis, Google a déjà été reconnu en infraction avec les règles antitrust concernant notamment la recherche et la publicité associée, et le Department of Justice continue d’intervenir sur les mesures destinées à restaurer davantage de concurrence.

La pression existe également en Europe.

Le 23 juillet 2026, la Commission européenne a infligé à Google une amende de 890 millions d’euros pour des manquements au Digital Markets Act.

La Commission poursuit également plusieurs procédures concernant Google Search, Android et l’interopérabilité avec certains services d’intelligence artificielle.

Ces procédures peuvent conduire à des amendes, mais surtout à des changements dans la manière dont Google distribue, monétise ou associe certains de ses services.

Pour l’investisseur, c’est probablement l’un des principaux risques structurels à surveiller.

Faut-il acheter Alphabet parce que Berkshire achète ?

C’est la question que beaucoup d’investisseurs seront tentés de se poser.

La réponse doit rester : pas uniquement pour cette raison.

Le portefeuille 13F constitue une information intéressante, mais il présente plusieurs limites.

Il décrit les positions détenues au 30 juin 2026, alors qu’il n’a été publié que le 14 août. Il existe donc un décalage entre les transactions et leur publication.

Berkshire peut également disposer d’un horizon de détention, d’un niveau de liquidités et d’une tolérance aux fluctuations totalement différents de ceux d’un particulier.

Enfin, le prix d’achat compte autant que la qualité de l’entreprise.

Une excellente société achetée à une valorisation excessive peut constituer un mauvais investissement.

L’information la plus intéressante n’est donc pas simplement :

« Berkshire achète Alphabet, donc il faut acheter Alphabet. »

Elle est plutôt :

« Berkshire considère désormais Alphabet comme suffisamment prévisible et attractive pour en faire l’une de ses plus grosses positions. »

Et cela mérite clairement l’attention.

Ce que ce mouvement dit aussi du nouveau Berkshire de Greg Abel

Il faudra également observer les prochains trimestres pour déterminer si cet investissement constitue un cas isolé ou le début d’une évolution plus profonde du portefeuille.

Depuis le 1er janvier 2026, Greg Abel a succédé à Warren Buffett au poste de CEO, tandis que Buffett reste président du conseil d’administration.

Le portefeuille de Berkshire reste fortement marqué par les investissements réalisés sous Buffett.

Mais l’arrivée d’Alphabet parmi les toutes premières positions du groupe intervient précisément au moment où s’ouvre cette nouvelle période.

Il serait prématuré d’en conclure que Berkshire devient un investisseur technologique.

Mais le groupe semble clairement prêt à consacrer des dizaines de milliards de dollars à une entreprise technologique lorsqu’il estime que son avantage concurrentiel, sa rentabilité et ses perspectives justifient l’investissement.

Ce qu’il faut retenir

Berkshire Hathaway a réalisé l’un des mouvements les plus importants de son portefeuille au deuxième trimestre 2026.

Le dernier 13F publié le 14 août montre environ 106 millions d’actions Alphabet A et C, valorisées au total autour de 37,8 milliards de dollars au 30 juin.

Alphabet représente ainsi environ 12,6 % du portefeuille 13F déclaré, ce qui en fait la troisième participation de Berkshire, derrière Apple et American Express et devant Coca-Cola.

Berkshire avait parallèlement participé en juin à une augmentation de capital d’Alphabet en investissant directement 10 milliards de dollars dans les actions A et C.

Et les fondamentaux permettent de comprendre cet intérêt : au deuxième trimestre, Alphabet a réalisé 119,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en croissance de 24 %, tandis que Google Cloud a bondi de 82 % et que le résultat opérationnel du groupe a progressé de 30 %.

Mais le pari est loin d’être sans risque.

Alphabet prévoit jusqu’à 190 milliards de dollars d’investissements en 2026, principalement pour développer ses infrastructures liées à l’intelligence artificielle, tandis que la pression réglementaire reste forte aux États-Unis comme en Europe.

Surtout, il faut corriger une idée importante : il ne s’agit plus simplement d’un nouveau pari de Warren Buffett.

Berkshire Hathaway est désormais dirigée par Greg Abel, Warren Buffett restant président du conseil. Et le formulaire 13F ne permet pas d’attribuer avec certitude les achats individuels à Buffett, Abel ou à un autre responsable de l’investissement.

Le signal envoyé par Berkshire reste néanmoins puissant : Alphabet n’est désormais plus une petite incursion dans la technologie. C’est devenu l’une des principales convictions boursières du conglomérat.