Longtemps considérés comme peu rémunérateurs, les fonds en euros de l’assurance-vie retrouvent progressivement de l’intérêt.
Après plusieurs années de remontée de leurs performances, leur rendement moyen pourrait approcher 2,9 % à 3 % en 2026, selon les dernières estimations disponibles.
Une évolution significative alors que le Livret A rapporte désormais 1,7 % et que les taux obligataires restent élevés.
Mais attention : comparer uniquement les taux affichés serait une erreur. Fiscalité, inflation, disponibilité de l’épargne, ancienneté du contrat et niveau de garantie doivent également entrer dans l’analyse.
2,63 % en moyenne en 2025
Nous disposons désormais des chiffres définitifs pour 2025.
Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le taux moyen de revalorisation des fonds en euros des contrats individuels s’est établi à 2,63 % en 2025, pratiquement stable par rapport à 2024.
France Assureurs retient de son côté une moyenne arrondie à 2,6 %. L’encours total de l’assurance-vie atteignait parallèlement 2 107 milliards d’euros fin 2025.
Pour 2026, le cabinet spécialisé Good Value for Money estime désormais que la rémunération moyenne pourrait atteindre 2,90 % à 3,00 %. Les rendements définitifs ne seront cependant connus qu’au début de l’année 2027.
Il s’agit donc d’une prévision, et non d’un rendement garanti.
Pourquoi les fonds euros pourraient-ils rapporter davantage ?
Pour comprendre cette évolution, il faut regarder ce que contient réellement un fonds en euros.
L’essentiel du portefeuille des assureurs est constitué d’obligations : dettes d’États et d’entreprises notamment.
Pendant la longue période de taux proches de zéro, les nouvelles obligations achetées par les assureurs rapportaient très peu. Le rendement des fonds euros a donc progressivement diminué.
La situation s’est inversée avec la remontée des taux obligataires.
Les assureurs peuvent désormais remplacer progressivement d’anciennes obligations peu rémunératrices par des titres offrant des rendements supérieurs.
Mais cette amélioration est lente.
Un assureur ne renouvelle pas l’intégralité de son portefeuille chaque année. Les obligations arrivent progressivement à échéance. C’est pourquoi une remontée des taux de marché met plusieurs années à se transmettre entièrement au rendement d’un fonds euros.
Le retour de taux élevés change de nouveau la donne
L’environnement monétaire reste par ailleurs très mouvant.
Après avoir abaissé ses taux en 2024 et 2025, la Banque centrale européenne a de nouveau relevé ses trois taux directeurs de 0,25 point le 10 septembre 2026, notamment face aux nouvelles tensions inflationnistes.
Depuis le 16 septembre, le taux de la facilité de dépôt de la BCE est ainsi fixé à 2,50 %.
Parallèlement, les rendements des obligations à long terme ont fortement augmenté.
Cette situation peut être favorable à moyen terme aux fonds euros : les assureurs disposent de nouvelles possibilités pour investir les primes collectées à des taux sensiblement supérieurs à ceux observés il y a quelques années.
La concurrence entre assureurs pousse également les rendements
La hausse des taux obligataires n’explique pas tout.
Les assureurs sont également engagés dans une véritable bataille commerciale pour attirer l’épargne.
Certains proposent des bonus de rendement lorsque l’épargnant effectue de nouveaux versements ou accepte d’investir une partie de son capital en unités de compte.
Les écarts deviennent donc considérables entre les contrats.
En 2025, certains fonds euros ont servi moins de 2 %, tandis que d’autres ont dépassé 3 %, voire davantage avec certaines bonifications. Good Value for Money relève ainsi des taux pouvant varier fortement selon le contrat et les conditions d’investissement.
La moyenne nationale de 2,9 % ne devra donc jamais être considérée comme le rendement automatique de tous les contrats.
2,9 % brut ne signifie pas 2,9 % dans votre poche
C’est un élément essentiel.
Les rendements des fonds euros sont généralement annoncés nets des frais de gestion du fonds mais avant prélèvements sociaux.
Pour la plupart des contrats d’assurance-vie classiques, les prélèvements sociaux restent fixés à 17,2 % en 2026.
Avec un rendement de 2,90 %, le rendement après prélèvements sociaux serait donc proche de :
2,90 % × 82,8 % = 2,40 %.
Sur 100 000 € placés, cela représenterait environ 2 900 € d’intérêts avant prélèvements sociaux, soit environ 2 400 € après prélèvements sociaux.
L’impôt sur le revenu obéit ensuite à des règles différentes et intervient notamment en cas de rachat. Son montant dépend de l’ancienneté du contrat, de la date des versements et de la situation de l’épargnant.
Fonds euros ou Livret A : lequel devient le plus intéressant ?
La comparaison revient naturellement puisque le taux du Livret A est fixé à 1,7 % depuis le 1er août 2026. Ses intérêts sont totalement exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux.
À première vue :
- Livret A : 1,70 % net
- Fonds euros à 2,90 % : environ 2,40 % après prélèvements sociaux
Le fonds euros reprend donc potentiellement l’avantage en matière de rendement.
Mais les deux produits n’ont pas exactement le même rôle patrimonial.
Le Livret A reste parfaitement adapté à l’épargne de précaution : argent disponible rapidement, absence de fiscalité et fonctionnement très simple.
L’assurance-vie répond davantage à une stratégie de moyen et long terme. Elle permet d’associer fonds euros et unités de compte, d’organiser des rachats, mais aussi de préparer la transmission du patrimoine grâce à son régime successoral spécifique.
Il ne s’agit donc pas nécessairement de choisir l’un contre l’autre.
Et face à l’inflation ?
C’est probablement le véritable juge de paix.
En août 2026, l’inflation française atteignait 2,4 % sur un an, selon l’Insee.
Un fonds euros rapportant environ 2,4 % après prélèvements sociaux protégerait donc approximativement le pouvoir d’achat si l’inflation se maintenait à ce niveau.
Mais il ne générerait pratiquement aucun rendement réel.
C’est pourquoi un fonds euros ne doit pas être considéré comme un outil destiné à maximiser la performance à long terme. Sa fonction principale reste la sécurisation d’une partie du patrimoine.
Attention aux nouveaux fonds euros
Tous les fonds euros ne proposent plus nécessairement une garantie identique.
Certains fonds de nouvelle génération offrent une garantie du capital légèrement inférieure à 100 % en contrepartie d’une allocation plus dynamique.
On trouve par exemple des fonds garantissant environ 97 % à 98 % du capital annuel après certains frais.
Avant de comparer deux rendements, il faut donc vérifier :
le niveau réel de garantie, les frais du contrat, l’existence d’une obligation d’investir en unités de compte, les conditions pour obtenir un bonus et le rendement réellement servi sans bonification.
Un taux promotionnel de 4 % avec 50 % d’unités de compte n’est pas comparable à un fonds euros traditionnel accessible sans contrainte.
Quelle place pour le fonds euros dans un patrimoine ?
Le retour de rendements proches de 3 % ne transforme pas le fonds euros en placement de croissance.
Il lui redonne en revanche une fonction intéressante dans une allocation patrimoniale.
Le fonds euros peut notamment servir à sécuriser une réserve financière, diminuer la volatilité d’une assurance-vie, préparer un projet à quelques années ou conserver une partie d’un patrimoine disponible sans prendre le risque des marchés actions.
Pour un horizon beaucoup plus long, notamment dix ou vingt ans, la question de la diversification vers les marchés actions et d’autres classes d’actifs reste pertinente.
La bonne stratégie n’est donc généralement pas fonds euros ou unités de compte, mais plutôt de déterminer la proportion de chacun correspondant à son horizon et à sa tolérance au risque.
Ce qu’il faut retenir
Après un rendement moyen de 2,63 % en 2025, les fonds euros pourraient approcher 2,9 % à 3 % en 2026.
Cette amélioration s’explique par la remontée des rendements obligataires, le renouvellement progressif des portefeuilles des assureurs et la forte concurrence entre les contrats.
À 2,9 %, le rendement ressortirait autour de 2,4 % après prélèvements sociaux, contre 1,7 % net pour le Livret A.
Mais le taux affiché ne suffit pas à choisir un contrat.
En gestion de patrimoine, les véritables critères restent la garantie du capital, les frais, les contraintes d’investissement, la fiscalité, l’horizon de placement et surtout le rendement obtenu après inflation.
Le fonds euros retrouve donc de l’intérêt en 2026, mais avant tout pour ce qu’il sait faire le mieux : sécuriser une partie du patrimoine tout en générant désormais une rémunération redevenue significative.
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