Les piratages continuent de constituer l’un des principaux risques liés aux cryptoactifs. Mais une confusion revient régulièrement : lorsqu’une plateforme perd plusieurs centaines de millions de dollars, ce n’est généralement pas Bitcoin lui-même qui a été piraté.
Le réseau Bitcoin repose sur une blockchain décentralisée. Les attaques concernent beaucoup plus souvent les intermédiaires qui permettent d’acheter, vendre ou conserver les cryptomonnaies : plateformes d’échange, portefeuilles numériques, protocoles décentralisés ou systèmes de gestion des clés privées.
Pour un investisseur, la distinction est essentielle. Car posséder du Bitcoin ne présente pas seulement un risque de variation du cours : il existe également un véritable risque de conservation.
Les piratages crypto restent extrêmement nombreux
L’année 2025 avait déjà été marquée par l’attaque spectaculaire de Bybit.
En février 2025, environ 1,5 milliard de dollars d’Ether avaient été dérobés à la plateforme, constituant alors le plus important vol de cryptoactifs jamais recensé. L’attaque concernait notamment l’infrastructure permettant de gérer un portefeuille hors ligne de la plateforme.
Sur l’ensemble de 2025, TRM Labs estime que près de 2,87 milliards de dollars ont été volés au cours d’environ 150 piratages, l’attaque de Bybit représentant à elle seule plus de la moitié de ce montant.
Et le phénomène ne disparaît pas.
Au premier semestre 2026, TRM Labs a recensé 207 attaques, contre 83 seulement sur la même période de 2025. Les pertes ont atteint environ 972 millions de dollars. Deux attaques majeures liées selon TRM à des acteurs nord-coréens ont représenté à elles seules environ 577 millions de dollars.
Le nombre d’incidents augmente donc, même si le montant total volé a diminué par rapport au premier semestre 2025.
La véritable faiblesse n’est souvent pas la blockchain
Les grandes attaques montrent quelque chose de particulièrement important.
Les pirates n’ont pas nécessairement besoin de casser la cryptographie de Bitcoin ou d’Ethereum. Il est souvent beaucoup plus simple de dérober une clé privée, compromettre l’ordinateur d’un employé ou manipuler une procédure interne.
En 2025, TRM Labs estime ainsi que les attaques contre les infrastructures, les clés et les systèmes opérationnels ont représenté la majeure partie des pertes financières.
C’est exactement le même principe qu’un coffre-fort extrêmement solide dont quelqu’un réussirait à voler la clé.
La technologie peut être robuste et le système qui l’entoure vulnérable.
Laisser ses cryptomonnaies sur une plateforme : quel risque ?
Lorsqu’un particulier achète du Bitcoin sur une plateforme et le laisse en conservation auprès de celle-ci, il délègue une partie de sa sécurité.
L’investisseur ne contrôle alors pas nécessairement directement ses clés privées.
Cette solution est simple et pratique, mais elle crée un risque de contrepartie : piratage, défaillance technique, problème juridique ou insolvabilité éventuelle du prestataire.
À l’inverse, transférer ses cryptomonnaies vers son propre portefeuille permet de reprendre le contrôle des clés.
Mais cette autonomie crée un autre risque : l’utilisateur devient entièrement responsable de leur conservation.
Une phrase de récupération perdue, détruite ou volée peut entraîner la perte définitive des actifs.
Il n’existe donc pas de méthode totalement dépourvue de risque.
MiCA renforce la protection des investisseurs européens
La situation réglementaire a néanmoins considérablement évolué.
Depuis le 1er juillet 2026, les professionnels souhaitant continuer à proposer des services sur cryptoactifs en France doivent disposer d’une autorisation conforme au règlement européen MiCA. L’ancien statut français de PSAN ne suffit plus à lui seul.
Les prestataires autorisés doivent notamment respecter des règles concernant la conservation des actifs des clients, la séparation entre leurs propres cryptoactifs et ceux appartenant à leurs clients, la sécurité des clés cryptographiques ou encore leurs dispositifs de continuité informatique.
Pour un investisseur français, vérifier qu’une plateforme figure sur les listes officielles de prestataires autorisés constitue donc désormais un premier réflexe important.
Mais agrément ne signifie pas absence de risque.
MiCA améliore l’encadrement des intermédiaires ; il ne rend ni Bitcoin ni les plateformes invulnérables.
Les cinq questions à se poser avant de conserver des cryptomonnaies
Pour une allocation patrimoniale significative, la question ne devrait donc plus être seulement : « Quel cryptoactif acheter ? »
Il faut également s’interroger sur sa conservation.
L’investisseur devrait notamment vérifier si le prestataire est autorisé en Europe, comment les actifs sont conservés, quelle proportion est maintenue hors ligne, quelles protections entourent les retraits et comment les actifs pourraient être récupérés en cas d’incident.
La double authentification devrait également être systématique, idéalement avec une méthode plus robuste que le simple SMS.
Pour des montants importants, conserver l’ensemble de ses cryptoactifs sur une seule plateforme crée également un risque de concentration.
Le portefeuille personnel est-il forcément plus sûr ?
Pas nécessairement.
Un portefeuille matériel — souvent appelé hardware wallet ou cold wallet — réduit certains risques liés aux plateformes.
Mais il introduit une responsabilité considérable.
Celui qui possède la phrase de récupération contrôle généralement les actifs. Une photo stockée dans le cloud, un faux site demandant la phrase de récupération ou une personne y ayant accès peuvent suffire à provoquer une perte totale.
Les techniques de phishing deviennent d’ailleurs de plus en plus sophistiquées. TRM souligne en 2026 que l’intelligence artificielle facilite notamment la création de faux profils, de messages de phishing plus crédibles et de méthodes d’ingénierie sociale plus efficaces.
La sécurité patrimoniale ne consiste donc pas simplement à acheter un portefeuille physique : elle suppose d’organiser correctement la conservation des clés.
Un nouveau problème : comment transmettre ses cryptomonnaies ?
Il existe également un risque beaucoup moins médiatisé : celui de la succession.
Une personne peut avoir parfaitement sécurisé plusieurs dizaines de milliers d’euros de Bitcoin… mais rendre les actifs définitivement inaccessibles à ses héritiers si personne ne sait qu’ils existent ou comment y accéder.
À l’inverse, inscrire directement une phrase de récupération dans un testament ou un document facilement accessible peut créer un risque de vol.
Pour les patrimoines comportant une part significative de cryptoactifs, la transmission doit donc être organisée comme celle de n’importe quel autre actif : inventaire, règles d’accès, documentation sécurisée et articulation avec les dispositions successorales.
C’est désormais une véritable problématique de gestion de patrimoine.
Cryptoactifs : quelle place dans un patrimoine ?
Les piratages ne signifient pas que Bitcoin ou les cryptoactifs doivent nécessairement être exclus d’un portefeuille.
Ils rappellent en revanche que leur risque ne se limite pas à la volatilité.
Un investisseur doit distinguer au moins quatre risques : le risque de marché, le risque de plateforme, le risque technologique et le risque humain.
Plus la part des cryptoactifs devient importante dans le patrimoine global, plus ces questions deviennent essentielles.
Une allocation raisonnable dépendra naturellement du profil de risque de chacun, de son horizon d’investissement et de sa capacité à supporter une perte importante.
Ce qu’il faut retenir
Le principal enseignement des grands piratages récents est simple : Bitcoin n’est généralement pas piraté directement ; ce sont les infrastructures qui permettent de le détenir et de l’échanger qui sont attaquées.
Avec 207 incidents recensés au premier semestre 2026 et près d’un milliard de dollars dérobés, la cybersécurité reste un véritable enjeu.
Le règlement MiCA améliore désormais sensiblement l’encadrement des plateformes accessibles aux épargnants européens, mais aucune réglementation ne peut supprimer entièrement les risques.
Pour un investisseur, la question n’est donc plus seulement de savoir combien investir en cryptomonnaies, mais également où les conserver, comment les protéger et comment permettre un jour leur transmission.
Dans un patrimoine moderne, la sécurité des actifs numériques devient ainsi presque aussi importante que leur performance.
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