Le yen japonais et le yuan chinois occupent une place particulière sur les marchés financiers mondiaux.
D’un côté, le Japon dispose d’une monnaie historiquement considérée comme une valeur refuge, d’un immense marché obligataire et d’une économie fortement tournée vers l’exportation. De l’autre, la Chine cherche depuis plusieurs années à accroître progressivement l’utilisation internationale du renminbi, tandis que son poids dans le commerce mondial rend l’évolution du yuan impossible à ignorer.
Mais en 2026, les deux monnaies suivent des trajectoires très différentes.
Le yen reste extrêmement faible malgré le changement de politique monétaire de la Banque du Japon et plusieurs interventions destinées à soutenir la devise. Le yuan, à l’inverse, s’est apprécié face au dollar depuis le début de l’année, alors même que la Banque populaire de Chine maintient une politique monétaire relativement accommodante pour soutenir une économie confrontée à une demande intérieure fragile.
Pour les investisseurs français, comprendre ces deux devises permet non seulement d’anticiper certaines évolutions des marchés asiatiques, mais aussi de mieux mesurer le risque de change lorsqu’ils investissent dans des actions japonaises ou chinoises.
Le yen reste historiquement faible en 2026
La situation du yen est probablement la plus spectaculaire.
Au 14 août 2026, un dollar américain valait environ 159,30 yens. Sur douze mois, le taux USD/JPY avait progressé d’un peu plus de 8 %, ce qui signifie que le yen s’était nettement déprécié face au dollar.
La monnaie japonaise avait même atteint près de 164 yens pour un dollar en juillet 2026, un plus bas d’environ quarante ans selon Reuters, avant que les autorités japonaises et américaines n’interviennent pour soutenir la devise.
C’est une situation particulièrement intéressante car, contrairement à ce qui était encore vrai il y a quelques années, la faiblesse actuelle du yen ne peut plus être expliquée simplement par les taux négatifs japonais.
Ils n’existent plus.
La Banque du Japon a complètement changé de politique monétaire
Pendant de nombreuses années, la Banque du Japon s’est distinguée des autres grandes banques centrales par une politique monétaire exceptionnellement accommodante.
Cette époque est désormais terminée.
Après avoir abandonné sa politique de taux négatifs en 2024, la Banque du Japon a progressivement augmenté ses taux. Depuis juin 2026, elle vise un taux au jour le jour autour de 1 %, son niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies.
La banque centrale indique par ailleurs qu’elle pourra continuer à relever ses taux si l’évolution de l’activité et des prix correspond à ses prévisions.
Pourtant, malgré ce changement considérable de politique monétaire, le yen reste faible.
Pourquoi ?
Parce que le niveau absolu des taux japonais reste inférieur à celui observé dans plusieurs autres grandes économies.
Cette différence de rémunération favorise notamment les stratégies dites de carry trade : des investisseurs empruntent dans une devise relativement peu rémunérée, comme le yen, afin d’investir dans des actifs offrant des rendements supérieurs ailleurs.
Ces mouvements peuvent exercer une pression importante sur la devise japonaise.
Le Japon pourrait encore augmenter ses taux
La faiblesse persistante du yen place désormais la Banque du Japon dans une position délicate.
Reuters rapportait mi-août que les marchés anticipaient de plus en plus la possibilité d’une nouvelle hausse des taux dès la réunion des 17 et 18 septembre 2026.
Les investisseurs devront donc surveiller particulièrement la trajectoire future des taux japonais.
Si la Banque du Japon durcit sa politique monétaire plus rapidement que prévu, tandis que les taux américains se stabilisent ou diminuent, l’écart de rendement entre les deux pays pourrait se réduire.
Dans ce scénario, le yen pourrait retrouver une partie de sa valeur.
À l’inverse, si la Banque du Japon reste prudente alors que les rendements américains demeurent élevés, la pression baissière pourrait persister.
Le niveau d’environ 160 yens pour un dollar est d’ailleurs devenu particulièrement sensible pour les marchés, compte tenu des précédentes interventions des autorités.
Le yen est-il toujours une valeur refuge ?
Historiquement, le yen a souvent progressé pendant certaines périodes de stress financier.
Le Japon possède notamment une importante base d’épargne domestique et les investisseurs japonais détiennent de nombreux actifs étrangers. Lors des phases de forte aversion au risque, le débouclement de positions internationales et de carry trades peut provoquer des achats de yens.
Mais considérer systématiquement le yen comme une « valeur refuge » serait aujourd’hui trop simpliste.
L’année 2026 le montre parfaitement : malgré les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, la devise japonaise est restée extrêmement faible.
Une monnaie pouvant jouer un rôle défensif dans certaines crises n’est pas pour autant un investissement sans risque.
Pour un épargnant français, acheter du yen uniquement dans l’espoir de protéger son patrimoine contre une crise ou l’inflation constituerait donc un pari de change, et non une véritable garantie.
Pourquoi un yen faible peut favoriser les entreprises japonaises
La faiblesse du yen n’a pas uniquement des conséquences négatives.
Pour de nombreuses entreprises japonaises réalisant une part importante de leur chiffre d’affaires à l’étranger, elle peut même devenir un avantage.
Prenons une société japonaise vendant des produits aux États-Unis.
Lorsque ses revenus en dollars sont convertis en yens, un dollar plus fort permet mécaniquement d’obtenir davantage de yens.
Cela peut soutenir le chiffre d’affaires et les bénéfices publiés au Japon.
Les constructeurs automobiles, groupes industriels, fabricants d’électronique ou sociétés possédant une forte activité internationale peuvent ainsi bénéficier d’un yen faible.
Mais l’effet inverse existe également.
Le Japon importe une part importante de ses matières premières et de son énergie. Une monnaie faible augmente donc le coût des importations, ce qui peut réduire les marges des entreprises dépendantes de matières premières étrangères et peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
Le yen faible produit donc des gagnants et des perdants, plutôt qu’un avantage généralisé pour l’économie japonaise.
Le yuan suit une trajectoire différente
La situation chinoise est presque l’inverse.
Au 14 août 2026, un dollar valait environ 6,743 yuans, contre des niveaux supérieurs à 7 yuans observés précédemment. Depuis le début de 2026, le taux USD/CNY avait diminué d’environ 3,6 %, ce qui traduit une appréciation du yuan face au dollar.
Cette évolution est intéressante car elle intervient alors que l’économie chinoise ne traverse pas une phase de forte accélération.
La croissance chinoise s’est ralentie au deuxième trimestre 2026 et la demande de crédit reste fragile. En juillet, les nouveaux prêts bancaires en yuans ont même enregistré une contraction record, selon les données rapportées par Reuters.
La Banque populaire de Chine ne mène donc absolument pas une politique monétaire restrictive comme pouvait le laisser entendre l’ancien article.
C’est plutôt l’inverse.
Pékin conserve une politique monétaire accommodante
En août 2026, la Banque populaire de Chine a réaffirmé son intention de maintenir une politique monétaire modérément accommodante afin de soutenir la demande intérieure et l’économie.
La banque centrale avait également indiqué en début d’année qu’elle disposait encore de marges de manœuvre pour réduire certains taux d’intérêt et les réserves obligatoires des banques si cela devenait nécessaire.
Cette situation crée donc un paradoxe intéressant.
La Chine souhaite soutenir son économie par des conditions monétaires relativement favorables, tout en évitant une dépréciation désordonnée de sa monnaie.
La Banque populaire de Chine cherche ainsi à maintenir le yuan à un niveau qu’elle considère comme raisonnable et équilibré.
Le yuan n’est pas une monnaie totalement libre
C’est l’une des différences fondamentales entre le yen et le yuan.
Le yen évolue librement sur le marché des changes.
Le yuan est davantage encadré.
La Banque populaire de Chine fixe chaque jour un taux pivot autour duquel le yuan négocié sur le marché domestique peut évoluer dans une bande déterminée. Le taux spot onshore est autorisé à fluctuer dans une bande de 2 % autour de cette référence quotidienne.
Il existe également un yuan négocié sur les marchés offshore, généralement identifié par le symbole CNH, notamment à Hong Kong.
Cela signifie que l’évolution du yuan dépend non seulement de l’économie chinoise et des marchés financiers, mais également des choix de politique monétaire et de change de Pékin.
Pour un investisseur, cette caractéristique constitue une différence fondamentale avec l’euro, le dollar ou le yen.
Le yuan progresse dans le système financier mondial
La Chine souhaite depuis plusieurs années développer l’utilisation du renminbi dans le commerce international, les financements et les réserves des banques centrales.
Cette stratégie continue en 2026.
La Banque populaire de Chine a encore annoncé en août vouloir élargir l’utilisation internationale du yuan dans les échanges et les investissements et développer les marchés financiers libellés dans sa monnaie.
Cette progression est réelle.
Selon la Banque des règlements internationaux, le renminbi représentait 8,5 % des transactions mondiales sur le marché des changes en avril 2025, contre une part inférieure lors de l’enquête précédente. Il faisait ainsi partie des cinq devises les plus échangées au monde.
Le yen restait néanmoins nettement devant, apparaissant dans 16,8 % des transactions mondiales de change.
Le yuan gagne donc du terrain.
Mais il reste encore loin d’avoir remplacé les grandes monnaies internationales historiques.
Le yuan reste très minoritaire dans les réserves des banques centrales
Cette différence apparaît encore plus clairement lorsqu’on regarde les réserves officielles mondiales.
Selon les dernières données disponibles du Fonds monétaire international, le yuan représentait 1,99 % des réserves de change mondiales au premier trimestre 2026.
Le yen représentait de son côté 5,44 % des réserves.
Le dollar restait très largement dominant avec 57,13 %, devant l’euro à environ 20 %.
Il faut donc relativiser les discours annonçant une substitution rapide du yuan au dollar.
La monnaie chinoise progresse dans certains échanges commerciaux et financiers, mais son poids dans les réserves internationales demeure encore relativement limité.
La présence de contrôles de capitaux et la gestion du taux de change constituent également des différences majeures avec les grandes monnaies totalement convertibles.
Yen ou yuan : lequel possède le plus fort potentiel ?
La réponse dépend du scénario envisagé.
Le yen présente aujourd’hui une caractéristique particulière : sa faiblesse est déjà extrêmement importante.
Si la Banque du Japon continue à relever ses taux et que l’écart avec les taux américains se réduit, un rebond du yen est possible.
Mais acheter du yen uniquement parce qu’il paraît historiquement bon marché peut être dangereux.
Une monnaie sous-évaluée peut rester faible beaucoup plus longtemps que prévu.
Le yuan présente une situation différente.
La monnaie chinoise s’est déjà appréciée face au dollar en 2026 et Pékin ne semble pas rechercher une hausse brutale de sa devise. La priorité reste la stabilité du taux de change et le soutien de l’économie chinoise.
Le potentiel d’appréciation du yuan doit donc être mis en balance avec le fait que son évolution reste largement influencée par les autorités chinoises.
Un investisseur français doit surtout regarder l’euro
Il existe également une erreur fréquente lorsque l’on analyse les devises asiatiques depuis la France.
Un investisseur français n’est pas principalement exposé au taux dollar/yen ou dollar/yuan.
Sa monnaie de référence est l’euro.
Lorsqu’il achète une action japonaise, son rendement réel en euros dépend de deux performances :
la variation de l’action japonaise et la variation du yen face à l’euro.
Une action peut donc gagner 15 % à Tokyo mais offrir une performance nettement inférieure à l’investisseur français si le yen baisse fortement face à l’euro.
À l’inverse, une appréciation du yen peut amplifier le rendement d’un investissement japonais.
Le même raisonnement s’applique aux investissements chinois.
C’est la raison pour laquelle certains ETF proposent des versions couvertes contre le risque de change, tandis que d’autres laissent l’investisseur totalement exposé aux variations monétaires.
Exemple : une action japonaise peut monter sans enrichir autant l’investisseur français
Imaginons qu’une action japonaise gagne 20 % en un an.
Cela semble être une excellente performance.
Mais si, durant la même période, le yen perd 10 % face à l’euro, le rendement de l’investisseur européen sera considérablement réduit après conversion.
À l’inverse, si l’action progresse de 20 % et que le yen s’apprécie de 10 % face à l’euro, les deux effets peuvent se cumuler.
Le risque de change n’est donc pas un détail.
Pour un investissement international, la devise constitue une deuxième source de performance ou de perte.
Le yen peut-il constituer une opportunité en 2026 ?
Pour un investisseur de long terme, le marché japonais présente plusieurs éléments intéressants.
Un yen faible rend les actifs japonais moins chers pour un investisseur étranger lorsqu’il convertit ses euros ou ses dollars.
Si les actions japonaises progressent et que le yen finit ensuite par s’apprécier, l’investisseur peut théoriquement bénéficier d’un double moteur de performance.
Mais ce scénario n’est jamais garanti.
Le principal risque serait de voir la faiblesse du yen se prolonger ou s’accentuer.
Les prochaines décisions de la Banque du Japon seront donc déterminantes.
La réunion de septembre 2026 est particulièrement surveillée par les marchés après la hausse de juin et les récentes interventions sur le marché des changes.
Le yuan constitue-t-il une protection contre l’inflation ?
Non, pas automatiquement.
Et c’est un point important à corriger par rapport à l’ancien article.
Détenir une devise étrangère n’est pas en soi une couverture contre l’inflation.
La performance dépend du taux de change entre la devise détenue et la monnaie de référence de l’investisseur.
Un Français qui achète du yuan ne sera protégé contre la perte de pouvoir d’achat de l’euro que si le yuan s’apprécie suffisamment face à l’euro.
Il pourrait au contraire perdre de l’argent si la monnaie chinoise se déprécie.
Le même raisonnement vaut pour le yen.
Le yen et le yuan sont des expositions monétaires, pas des placements garantis contre l’inflation.
Quelles opportunités pour les investisseurs ?
Plutôt que de spéculer directement sur les devises, un investisseur particulier peut s’intéresser aux conséquences économiques de leurs mouvements.
Un yen faible peut notamment favoriser certaines grandes entreprises japonaises exportatrices.
Un yuan fort peut réduire le coût des importations chinoises et favoriser les entreprises possédant une dette importante libellée en dollars ou en euros. Reuters relevait notamment en 2026 que certaines compagnies aériennes chinoises ou entreprises fortement endettées en devises étrangères pouvaient bénéficier d’une appréciation du yuan.
À l’inverse, une monnaie chinoise plus forte rend les exportations chinoises légèrement moins compétitives en prix.
Les devises peuvent donc modifier profondément la répartition des gagnants et des perdants à l’intérieur d’un même marché.
Yen et yuan : deux paris très différents
Comparer directement les deux monnaies peut être trompeur.
Le yen représente aujourd’hui un pari sur une éventuelle normalisation monétaire japonaise, une réduction des écarts de taux internationaux et potentiellement un retour progressif de la devise vers des niveaux moins extrêmes.
Le yuan représente davantage un pari sur la montée en puissance financière de la Chine, la stabilité économique du pays et la volonté de Pékin d’accroître progressivement l’utilisation internationale de sa monnaie.
Mais les risques sont également différents.
Le yen peut rester sous pression tant que les écarts de taux demeurent importants.
Le yuan reste soumis à une gestion active de son taux de change, aux choix politiques chinois, aux contrôles de capitaux et à l’évolution de l’économie chinoise.
Il n’y a donc pas une « meilleure » devise asiatique dans l’absolu.
Il existe deux scénarios d’investissement totalement différents.
Ce qu’il faut retenir
En 2026, le yen et le yuan présentent deux visages presque opposés.
Le yen reste extrêmement faible, autour de 159 yens pour un dollar au 14 août, malgré la fin des taux négatifs et un taux directeur japonais désormais autour de 1 %. Après avoir approché 164 yens pour un dollar en juillet, la devise a même nécessité une intervention coordonnée pour être soutenue.
Le yuan s’est au contraire apprécié face au dollar en 2026, avec un taux proche de 6,74 yuans pour un dollar, tandis que la Banque populaire de Chine conserve une politique monétaire accommodante afin de soutenir l’activité.
L’internationalisation du yuan progresse également : la monnaie chinoise représentait 8,5 % de l’activité mondiale sur le marché des changes lors de la dernière grande enquête de la Banque des règlements internationaux. Mais elle ne représentait encore que 1,99 % des réserves mondiales des banques centrales au premier trimestre 2026, loin derrière le dollar, l’euro et même le yen.
Pour l’investisseur français, il faut surtout retenir une règle :
acheter des actions japonaises ou chinoises revient aussi à prendre un risque de change.
La performance du yen ou du yuan peut amplifier les gains d’un portefeuille international, mais elle peut tout aussi facilement les réduire.
Ces deux monnaies peuvent offrir des opportunités en 2026, mais elles ne constituent ni des placements sans risque ni des protections automatiques contre l’inflation.
Le yen doit principalement être surveillé à travers les prochaines décisions de la Banque du Japon et l’évolution des écarts de taux internationaux.
Le yuan doit être analysé à travers la politique économique chinoise, la croissance intérieure et la volonté de Pékin de poursuivre progressivement l’internationalisation de sa monnaie.
En 2026, le yen constitue surtout un pari de retournement. Le yuan, lui, reste davantage un pari de long terme sur la montée en puissance financière de la Chine.
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