Publié le 10 septembre 2026 à 07:30 — Mis à jour le 4 septembre 2026 à 17:08

752 516 euros d’amendes en une seule journée. Le chiffre paraît énorme, mais c’est bien celui qui circule depuis l’installation d’un nouveau radar de chantier sur le périphérique parisien, au niveau de la Porte de Montreuil.

Installé le 24 août 2026 sur le périphérique extérieur, l’appareil contrôle une portion temporairement limitée à 30 km/h, contre 50 km/h sur le reste de l’anneau parisien. La zone est concernée par l’important chantier de réaménagement de la Porte de Montreuil, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’en 2030.

Mais ce radar peut-il réellement rapporter plus de 750 000 euros par jour ?

La réponse est beaucoup plus nuancée.

D’où viennent les 752 516 euros ?

À l’origine de la polémique se trouve une observation réalisée par l’association 40 millions d’automobilistes.

Ses équipes affirment avoir comptabilisé 18 véhicules flashés en 4 minutes et 39 secondes.

En extrapolant ce rythme sur une journée entière, l’association arrive à environ :

5 574 contraventions par jour.

En multipliant ce chiffre par l’amende forfaitaire de 135 euros, le résultat atteint théoriquement 752 516 euros par jour, soit près de 275 millions d’euros sur une année complète.

Présenté ainsi, le chiffre est spectaculaire.

Mais il ne faut surtout pas le confondre avec les recettes réelles du radar.

Pourquoi cette estimation est très théorique

Le calcul suppose tout d’abord que le radar flashe au même rythme 24 heures sur 24 et 365 jours par an.

Or le trafic du périphérique varie considérablement selon les horaires, les jours de la semaine, les embouteillages et l’avancement des travaux.

Lorsqu’il est saturé, il devient évidemment beaucoup plus difficile de dépasser 30 km/h.

L’observation repose également sur moins de cinq minutes de circulation. Elle permet d’illustrer l’intensité des flashs à cet instant précis, mais pas d’établir une moyenne quotidienne fiable.

L’association reconnaît d’ailleurs elle-même qu’il s’agit d’une estimation théorique et non d’une estimation officielle des recettes.

Enfin, un flash n’est pas nécessairement égal à 135 euros encaissés.

Tous les clichés ne conduisent pas automatiquement à l’émission d’une contravention et le montant payé peut varier selon les délais de règlement. L’amende forfaitaire d’un excès de vitesse relevant d’une contravention de quatrième classe est de 135 euros, mais elle peut notamment être minorée en cas de paiement rapide.

Pourquoi autant d’automobilistes sont-ils flashés ?

La particularité de cet emplacement vient surtout du changement brutal de limitation.

Depuis octobre 2024, le périphérique parisien est limité à 50 km/h. Mais dans cette portion située au niveau de la Porte de Montreuil, la vitesse maximale est temporairement abaissée à 30 km/h en raison des travaux.

Le radar est un dispositif autonome, aussi appelé radar de chantier.

Ce type d’appareil est précisément conçu pour être installé temporairement dans les zones de travaux, les zones de danger ou sur certains itinéraires nécessitant une surveillance particulière.

Pour les conducteurs qui ne remarquent pas immédiatement la limitation à 30 km/h et continuent à circuler à une vitesse proche des 50 km/h habituellement autorisés, la sanction peut donc arriver rapidement.

Les radars appliquent néanmoins une marge technique : pour les appareils fixes, elle est de 5 km/h lorsque la vitesse mesurée est inférieure à 100 km/h.

Une « machine à cash » ou une mesure de sécurité ?

C’est désormais le cœur de la polémique.

40 millions d’automobilistes estime que les conditions d’installation du radar piègent davantage les automobilistes qu’elles ne protègent les travailleurs du chantier. L’association demande son retrait ainsi que l’annulation des procès-verbaux dressés depuis sa mise en service.

À ce stade, aucune décision d’annulation générale des PV n’a été annoncée. Au 4 septembre, la Sécurité routière n’avait pas souhaité commenter cette demande auprès de RTL, tandis que la préfecture et la mairie de Paris n’avaient pas encore répondu.

De son côté, la doctrine officielle est claire : les radars de chantier ont vocation à faire ralentir les véhicules afin de protéger les usagers et les personnels travaillant sur les zones d’intervention. Les données de la Sécurité routière indiquent d’ailleurs que les verbalisations sont généralement nombreuses au début, avant de diminuer lorsque les conducteurs adaptent leur comportement.

Si ce phénomène se produit Porte de Montreuil, les recettes du radar pourraient donc rapidement diminuer.

L’argent va-t-il dans les caisses de la Ville de Paris ?

Autre idée reçue : la Ville de Paris ne touche pas directement 135 euros à chaque flash.

Les recettes issues des radars automatiques sont gérées dans le cadre du budget de l’État et réparties entre différents dispositifs.

À titre de comparaison, les radars automatiques ont généré 889 millions d’euros de recettes en 2024 pour 14,1 millions d’avis de contravention. Selon la Sécurité routière, 76,6 % de ces recettes ont été consacrées à la lutte contre l’insécurité routière et ses conséquences, notamment à travers les infrastructures routières.

Le chiffre de 752 516 euros ne doit donc pas être interprété comme une somme directement encaissée chaque jour par la mairie de Paris.

Ce qu’il faut retenir

Oui, le radar de la Porte de Montreuil flashe énormément depuis sa mise en service.

Et oui, en extrapolant 18 flashs observés en 4 minutes et 39 secondes, on arrive théoriquement à environ 5 574 PV et 752 516 euros d’amendes par jour.

Mais ce chiffre ne correspond pas aux recettes réelles du radar.

Il repose sur une observation extrêmement courte, suppose un rythme constant pendant 24 heures et considère chaque infraction comme une amende de 135 euros effectivement encaissée.

La véritable question sera donc de connaître, après plusieurs semaines de fonctionnement, le nombre réel de contraventions émises par ce radar.

Car si les automobilistes s’habituent à la limitation à 30 km/h, le nombre de flashs devrait logiquement diminuer. Dans le cas contraire, le radar de la Porte de Montreuil pourrait effectivement devenir l’un des dispositifs de contrôle les plus actifs de France.