Publié le 9 septembre 2026 à 12:00 — Mis à jour le 5 septembre 2026 à 20:36

Pendant près de dix ans, les obligations ont été délaissées par de nombreux épargnants. Avec des taux proches de zéro, voire négatifs, leur rendement paraissait bien faible face aux actions ou à l’immobilier.

La situation est aujourd’hui totalement différente.

Début septembre 2026, l’État français emprunte à environ 4,2 % sur dix ans, tandis que les obligations américaines à dix ans approchent 4,8 %.

Les obligations redeviennent donc une véritable classe d’actifs rémunératrice.

Mais le retour de rendements élevés ne signifie pas qu’il faut acheter n’importe quelle obligation.

La remontée actuelle des taux longs rappelle au contraire une règle essentielle : une obligation peut perdre beaucoup de valeur, même lorsqu’elle est émise par un État considéré comme solide.

Pourquoi les obligations rapportent-elles autant aujourd’hui ?

Le 3 septembre 2026, l’Agence France Trésor a émis plusieurs obligations françaises à long terme avec des rendements moyens allant de :

  • 4,19 % sur une OAT arrivant à échéance en 2036 ;
  • 4,23 % sur une autre échéance 2036 ;
  • 4,51 % à horizon 2040 ;
  • jusqu’à 4,74 % sur une OAT 2046.

Le TEC 10 français s’établissait encore à 4,19 % le 4 septembre.

À titre de comparaison, le taux de la facilité de dépôt de la BCE est actuellement de 2,25 %. La Banque centrale européenne avait relevé ses taux de 0,25 point en juin avant de les maintenir en juillet.

Les marchés demandent donc désormais une rémunération nettement supérieure pour prêter de l’argent pendant dix, vingt ou trente ans.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

l’inflation reste supérieure à l’objectif des banques centrales ;

les États continuent d’émettre énormément de dette ;

les besoins d’investissement augmentent, notamment dans la défense, les infrastructures et l’intelligence artificielle ;

et les investisseurs demandent davantage de rémunération pour immobiliser leur argent pendant longtemps.

Mohamed El-Erian : le marché obligataire pourrait encore souffrir

Mohamed El-Erian, ancien patron de Pimco et observateur particulièrement suivi du marché obligataire, estime que la hausse des rendements ne s’explique plus uniquement par les décisions de la Réserve fédérale.

Il souligne également un déséquilibre entre une offre de dette toujours plus importante et une demande internationale moins évidente.

La Chine a réduit son exposition aux Treasuries américains, le Japon doit parfois arbitrer ses actifs étrangers pour soutenir le yen et le fonds souverain norvégien vient lui-même de proposer une réduction importante de sa poche d’obligations gouvernementales.

Selon El-Erian, ces évolutions peuvent continuer à exercer une pression sur les obligations américaines, notamment sur les maturités longues.

C’est une distinction fondamentale pour l’investisseur.

Des taux élevés rendent les obligations plus intéressantes à l’achat, mais une nouvelle hausse des taux peut encore provoquer des pertes importantes sur celles déjà détenues.

Comment peut-on perdre de l’argent avec une obligation à 4 % ?

Imaginons une obligation de 1 000 € versant un coupon de 4 %.

Elle procure donc 40 € par an.

Quelques mois plus tard, les nouvelles obligations similaires sont émises avec un rendement de 5 %.

Pourquoi quelqu’un vous rachèterait-il votre ancienne obligation 1 000 € pour recevoir seulement 40 € lorsqu’il peut obtenir davantage avec une obligation nouvellement émise ?

Le prix de votre obligation doit donc baisser jusqu’à ce que son rendement redevienne compétitif.

C’est la règle essentielle :

quand les taux montent, le prix des obligations baisse.

Et inversement :

quand les taux baissent, les anciennes obligations offrant de bons coupons prennent généralement de la valeur.

La durée est probablement le risque le plus sous-estimé

Toutes les obligations ne réagissent pas de la même manière aux taux.

Une obligation arrivant à échéance dans deux ans est beaucoup moins sensible qu’une obligation à vingt ou trente ans.

Cette sensibilité s’exprime notamment à travers la duration.

Très schématiquement, une obligation présentant une duration de 8 pourrait perdre environ 4 % de valeur si les taux augmentaient brutalement de 0,50 point, toutes choses égales par ailleurs.

Avec une duration de 15, la perte théorique serait beaucoup plus importante.

C’est précisément pourquoi les rendements des obligations longues peuvent sembler séduisants.

L’OAT française 2046 offre aujourd’hui près de 4,74 %.

Mais elle expose également l’investisseur pendant vingt ans à l’évolution des taux, de l’inflation et des finances publiques françaises.

Un rendement supérieur n’est donc pas gratuit : il rémunère aussi un risque supplémentaire.

L’OAT française à 4,2 % est-elle une bonne affaire ?

C’est une question particulièrement intéressante actuellement.

La France à dix ans rapporte autour de 4,19 %, contre environ 3,34 % pour l’Allemagne début septembre.

L’écart, ou « spread », approche donc 85 points de base.

L’investisseur reçoit davantage de rendement en prêtant à la France qu’à l’Allemagne.

Mais ce surplus de rémunération traduit également une perception de risque différente concernant notamment les finances publiques françaises.

L’OAT n’est donc pas simplement un Livret A amélioré à 4,2 %.

Si vous achetez une obligation et la conservez jusqu’à son remboursement, les fluctuations intermédiaires sont moins importantes, sous réserve bien entendu que l’émetteur honore sa dette.

Si vous devez vendre avant l’échéance, le prix peut en revanche être inférieur — ou supérieur — au prix auquel vous l’avez achetée.

Obligations individuelles ou fonds obligataire : énorme différence

C’est un autre point souvent mal compris.

Acheter directement une obligation

Si vous achetez une obligation à 1 000 € et la conservez jusqu’à son échéance, vous connaissez normalement :

  • les coupons prévus ;
  • la date de remboursement ;
  • le montant remboursé à l’échéance.

Sous réserve d’un défaut de l’émetteur.

Acheter un fonds ou un ETF obligataire

Un fonds possède en permanence des dizaines ou centaines d’obligations.

Lorsque certaines arrivent à échéance, il en rachète de nouvelles.

Il n’existe donc généralement pas de date unique à laquelle l’investisseur peut simplement attendre de récupérer son capital à 100 %.

La valeur du fonds évolue continuellement avec les marchés.

Un ETF obligataire peut donc afficher une moins-value pendant plusieurs années malgré les coupons encaissés.

Il existe toutefois des ETF obligataires à échéance, qui se rapprochent davantage d’un portefeuille d’obligations conservées jusqu’à une année déterminée.

Obligations d’État ou obligations d’entreprise ?

Une entreprise doit généralement offrir davantage de rendement qu’un État réputé solide pour convaincre les investisseurs de lui prêter.

On distingue notamment :

Investment Grade : entreprises bénéficiant d’une notation de crédit relativement solide ;

High Yield : émetteurs moins bien notés, proposant généralement un rendement supérieur en contrepartie d’un risque de défaut plus important.

Et actuellement, cette différence de risque est loin d’être théorique.

Aux États-Unis, le coût du financement des entreprises les plus fragiles s’est fortement tendu. Les spreads des entreprises notées CCC ou moins ont dépassé 10 points de pourcentage et les événements de défaut ont encore augmenté en 2026.

Un rendement de 8 %, 10 % ou 12 % sur une obligation d’entreprise ne doit donc jamais être interprété comme un « taux garanti ».

Plus le rendement proposé est élevé, plus il faut comprendre pourquoi le marché exige cette rémunération.

Les obligations protègent-elles contre l’inflation ?

Pas les obligations classiques.

C’est même généralement l’inverse.

Si vous achetez aujourd’hui une obligation rapportant 4 % pendant dix ans et que l’inflation remontait durablement à 5 %, votre rendement réel deviendrait négatif.

Les obligations spécifiquement indexées sur l’inflation, comme les OATi et OAT€i françaises, sont différentes : leur mécanisme de remboursement évolue en fonction d’un indice de prix.

Elles peuvent donc constituer un outil de protection contre une inflation plus importante que prévu.

Mais là encore, leur cours varie et leur intérêt dépend du niveau d’inflation déjà anticipé par les marchés au moment de l’achat.

Alors, faut-il choisir des maturités courtes ?

Pour un investisseur souhaitant réduire la volatilité, les obligations courtes ou intermédiaires présentent aujourd’hui un réel intérêt.

Elles offrent à nouveau une rémunération positive sans devoir prendre autant de risque de taux qu’une obligation à vingt ou trente ans.

L’inconvénient est le risque de réinvestissement.

Imaginez une obligation à deux ans rapportant 3 %.

À son échéance, si les taux sont redescendus à 1,5 %, il faudra réinvestir à un rendement inférieur.

Avec une obligation à dix ans achetée à un rendement de 4 %, vous verrouillez au contraire une rémunération beaucoup plus longtemps.

Le choix dépend donc largement du scénario envisagé.

Si vous pensez que les taux vont encore fortement monter : les maturités courtes protègent davantage.

Si vous pensez que les taux sont proches d’un sommet : les maturités plus longues peuvent devenir intéressantes, car elles permettent à la fois de verrouiller le rendement et de profiter éventuellement d’une hausse du prix des obligations si les taux diminuent ensuite.

Ce que signifie vraiment un rendement de 4 %

Il faut également distinguer le coupon du rendement à l’échéance.

Une ancienne OAT peut porter un coupon de seulement 1 % mais offrir aujourd’hui un rendement supérieur à 4 % parce qu’elle s’achète largement sous son prix de remboursement.

C’est exactement ce que montre l’adjudication du 3 septembre.

L’OAT mai 2036 porte un coupon de seulement 1,25 %, mais a été adjugée autour de 76,96 % de sa valeur nominale, ce qui conduit à un rendement proche de 4,19 %.

L’investisseur gagne donc potentiellement de deux façons :

les coupons ;

et la remontée progressive du prix vers la valeur de remboursement à l’échéance.

C’est pourquoi regarder uniquement le coupon d’une obligation peut être extrêmement trompeur.

Quelle place dans un patrimoine ?

Après quinze années durant lesquelles les obligations rapportaient très peu, elles redeviennent crédibles dans une allocation patrimoniale.

Elles peuvent notamment servir à :

réduire la dépendance aux actions ;

générer des revenus ;

placer une somme dont on connaît l’horizon d’utilisation ;

construire une échelle d’échéances, par exemple avec des obligations arrivant à maturité successivement en 2028, 2030, 2032 et 2034 ;

ou profiter d’une future baisse des taux avec une exposition plus longue.

Pour un investisseur prudent, il peut donc être pertinent de répartir la poche obligataire entre plusieurs maturités plutôt que de chercher à deviner exactement le sommet des taux.

Et pour l’épargnant français ?

Il existe plusieurs manières d’accéder au marché :

  • obligations détenues en direct sur un compte-titres ;
  • fonds obligataires ;
  • ETF obligataires ;
  • fonds datés ;
  • unités de compte obligataires en assurance-vie ou PER.

Chaque solution présente des différences de frais, fiscalité, liquidité et risque.

Un fonds en euros d’assurance-vie détient également une proportion importante d’obligations, mais il fonctionne différemment : l’assureur mutualise le portefeuille et offre une garantie du capital dans les conditions du contrat.

Pour un particulier ne maîtrisant pas l’analyse du risque de crédit, un fonds ou ETF diversifié peut être plus simple qu’une sélection de quelques obligations d’entreprises individuelles.

Ce qu’il faut retenir

Les obligations sont probablement plus intéressantes aujourd’hui qu’elles ne l’ont été pendant une grande partie des quinze dernières années.

La France emprunte désormais autour de 4,2 % à dix ans, certaines OAT longues dépassent 4,7 % et le Treasury américain à dix ans évolue proche de 4,8 %.

Mais cette rémunération plus élevée accompagne aussi un environnement beaucoup plus risqué : inflation persistante, déficits publics importants, émissions massives de dette et incertitude sur les prochaines décisions des banques centrales.

Mohamed El-Erian estime d’ailleurs que les tensions sur les marchés obligataires pourraient encore durer, notamment parce que le problème vient désormais aussi de l’équilibre entre l’énorme quantité de dette émise et la demande des grands investisseurs mondiaux.

Pour l’épargnant, la bonne question n’est donc plus :

« Les obligations rapportent-elles suffisamment ? »

À plus de 4 % sur certaines dettes souveraines, la réponse commence clairement à être oui.

La véritable question devient :

« Quelle durée suis-je prêt à immobiliser, quel risque de taux puis-je supporter et à quel émetteur suis-je réellement prêt à prêter mon argent ? »

Car en 2026, le rendement est revenu sur le marché obligataire — mais le risque aussi.