Publié le 8 septembre 2026 à 12:00 — Mis à jour le 7 septembre 2026 à 17:08

La Banque centrale européenne devrait de nouveau relever ses taux ce jeudi 10 septembre 2026.

Après une hausse de 0,25 point en juin puis une pause en juillet, les économistes anticipent désormais largement un nouveau relèvement de 25 points de base, qui porterait le taux de dépôt de la BCE de 2,25 % à 2,50 %.

Selon une enquête Reuters réalisée auprès de 65 économistes, ce scénario constitue désormais l’hypothèse centrale.

Pourquoi la BCE recommence-t-elle à durcir sa politique monétaire alors que l’inflation semblait maîtrisée quelques mois auparavant ?

La réponse tient principalement à un élément : l’énergie.

Quels sont actuellement les taux de la BCE ?

Depuis le 17 juin 2026, les trois principaux taux directeurs sont fixés à :

  • 2,25 % pour la facilité de dépôt ;
  • 2,40 % pour les opérations principales de refinancement ;
  • 2,65 % pour la facilité de prêt marginal.

La BCE avait relevé ces trois taux de 0,25 point lors de sa réunion du 11 juin avant de les laisser inchangés le 23 juillet.

Si la hausse attendue du 10 septembre est confirmée, le taux de dépôt passerait donc à 2,50 %.

Ce serait la deuxième hausse de ce nouveau cycle de resserrement monétaire.

Pourquoi la BCE envisage-t-elle une nouvelle hausse ?

Parce que l’inflation est repartie à la hausse.

Selon l’estimation rapide d’Eurostat, l’inflation annuelle de la zone euro a atteint 3,3 % en août 2026, après 2,9 % en juillet.

Elle reste donc nettement au-dessus de l’objectif de 2 % poursuivi par la BCE.

Mais le détail est particulièrement important.

L’énergie affiche une inflation spectaculaire de 14,3 % sur un an, contre 10,3 % en juillet.

En revanche :

  • les services ralentissent à 3,0 % ;
  • les biens industriels hors énergie progressent de 1,2 % ;
  • l’inflation hors énergie reste autour de 2,2 %.

Autrement dit, la zone euro ne connaît pas nécessairement une nouvelle flambée généralisée des prix.

Le choc vient essentiellement de l’énergie.

Le conflit au Moyen-Orient change la donne

C’est la principale différence avec le contexte du début de l’année.

La hausse des prix du pétrole et du gaz liée au conflit au Moyen-Orient a ravivé les risques inflationnistes.

La BCE l’avait déjà reconnu en juillet en soulignant que l’ampleur et la durée du choc énergétique restaient très incertaines.

Pour la banque centrale, le danger serait que la hausse de l’énergie se transmette progressivement :

aux transports ;

aux coûts de production des entreprises ;

aux prix alimentaires ;

aux salaires ;

puis finalement à l’ensemble des prix.

Une hausse de taux en septembre pourrait donc être interprétée comme une hausse préventive, destinée à empêcher ce choc temporaire de devenir une inflation durable.

La hausse du 10 septembre semble presque acquise

Les marchés ont fortement révisé leurs anticipations après les derniers chiffres d’inflation.

Reuters indique que les investisseurs intègrent désormais largement une hausse de taux en septembre. Dans son enquête publiée le 3 septembre, la quasi-totalité des économistes interrogés anticipaient une augmentation de 0,25 point.

Le débat commence donc déjà à se déplacer.

La vraie question n’est plus tellement :

« La BCE va-t-elle remonter ses taux en septembre ? »

Mais plutôt :

« Va-t-elle devoir continuer après septembre ? »

Deutsche Bank estime désormais qu’une nouvelle hausse pourrait intervenir en décembre, ce qui porterait éventuellement le taux terminal à 2,75 %, contre 2,50 % envisagé auparavant.

Ce scénario reste néanmoins très incertain.

Une hausse des taux BCE fait-elle automatiquement monter les crédits immobiliers ?

Non.

C’est une confusion fréquente.

Les crédits immobiliers français sont majoritairement accordés à taux fixe et leur tarification dépend fortement des taux obligataires à long terme, notamment de l’OAT française à dix ans, ainsi que du coût de financement et de la stratégie commerciale des banques.

Le taux directeur de la BCE influence donc les conditions financières, mais une hausse de 0,25 point de la BCE ne signifie pas automatiquement +0,25 point sur votre crédit immobilier.

D’ailleurs, les taux immobiliers ont déjà commencé à se retendre avant même la réunion du 10 septembre.

Pour un emprunteur, les marchés obligataires et les barèmes des banques restent donc plus importants à court terme que la seule annonce de Christine Lagarde.

Quelles conséquences pour les épargnants ?

Des taux directeurs plus élevés peuvent en revanche progressivement favoriser les placements monétaires et obligataires à court terme.

Les banques et fonds monétaires peuvent accéder à des rendements plus élevés, ce qui peut soutenir :

les comptes à terme ;

certains livrets bancaires ;

les fonds monétaires ;

les obligations de courte maturité.

En revanche, le Livret A ne suit pas directement chaque décision de la BCE : son taux est déterminé selon une formule réglementaire et des décisions prises à des dates spécifiques.

Une hausse des taux directeurs peut donc être favorable à l’épargne liquide, mais ses effets ne sont ni immédiats ni identiques sur tous les produits.

Et pour les obligations ?

Tout dépend de leur durée.

Une hausse des taux fait généralement baisser la valeur des obligations déjà émises à taux fixe.

Les obligations longues sont particulièrement sensibles à ce phénomène.

En revanche, les nouvelles obligations deviennent progressivement plus rémunératrices.

Pour un investisseur qui conserve une obligation jusqu’à son échéance, des taux plus élevés permettent aujourd’hui de retrouver des rendements qui avaient disparu pendant près de dix ans.

La hausse des taux crée donc simultanément :

des pertes potentielles sur les anciennes obligations ;

et de nouvelles opportunités sur les émissions futures.

Quels secteurs boursiers peuvent souffrir ?

Des taux durablement plus élevés peuvent peser davantage sur les entreprises très endettées ou dont la valorisation dépend fortement de bénéfices attendus dans plusieurs années.

Cela concerne notamment certaines valeurs technologiques ou de croissance.

Les sociétés fortement endettées doivent également refinancer leurs emprunts à des conditions plus coûteuses.

À l’inverse, les banques peuvent parfois bénéficier de taux plus élevés grâce à une amélioration de leurs marges, même si cet avantage peut être compensé par une hausse des défauts ou une baisse de la demande de crédit.

L’effet sur les actions n’est donc jamais uniforme.

Le principal risque : aller trop loin

La BCE doit désormais gérer un équilibre particulièrement délicat.

Si elle ne relève pas suffisamment ses taux et que l’inflation énergétique se diffuse dans l’économie, elle risque de devoir agir beaucoup plus brutalement plus tard.

Mais si elle augmente trop fortement ses taux alors que l’inflation sous-jacente reste maîtrisée, elle pourrait inutilement peser sur :

  • l’investissement des entreprises ;
  • le crédit immobilier ;
  • la consommation ;
  • et la croissance européenne.

C’est pourquoi la BCE répète qu’elle prendra ses décisions réunion par réunion et en fonction des données, sans annoncer à l’avance une trajectoire précise.

Ce qu’il faudra regarder le 10 septembre

La décision sur les taux sera publiée officiellement à 14 h 15, puis Christine Lagarde tiendra sa conférence de presse à 14 h 45.

La BCE publiera également ses nouvelles projections économiques à 15 h 45.

Trois éléments seront particulièrement importants :

la nouvelle prévision d’inflation pour 2026 et 2027 ;

les commentaires sur l’énergie et le conflit au Moyen-Orient ;

et surtout les indications concernant une éventuelle nouvelle hausse en décembre.

La hausse de septembre étant déjà largement intégrée par les marchés, c’est probablement la communication sur la suite qui provoquera les mouvements les plus importants.

Ce qu’il faut retenir

La BCE devrait, sauf surprise, relever ses taux de 0,25 point le 10 septembre 2026, portant son taux de dépôt de 2,25 % à 2,50 %.

La raison principale est la remontée de l’inflation de la zone euro à 3,3 % en août, largement alimentée par une hausse de 14,3 % des prix de l’énergie.

Mais l’inflation hors énergie reste beaucoup plus modérée, autour de 2,2 %.

La BCE se retrouve donc confrontée à un choix délicat : agir suffisamment vite pour empêcher le choc énergétique de se propager, sans casser inutilement une économie européenne encore fragile.

Pour les épargnants et les investisseurs, la réunion du 10 septembre sera importante.

Mais la décision la plus intéressante ne sera peut-être pas la hausse de 0,25 point elle-même.

Ce sera de savoir si Christine Lagarde considère cette hausse comme la dernière… ou simplement comme une nouvelle étape du cycle de resserrement monétaire.