La France reste confrontée à un niveau exceptionnellement élevé de défaillances d’entreprises.
Selon les dernières données publiées par la Banque de France, 70 605 entreprises ont fait l’objet d’une procédure de défaillance sur les douze mois arrêtés à fin juillet 2026.
Le chiffre recule très légèrement par rapport aux 70 816 défaillances recensées un mois auparavant, mais reste 19 % supérieur à la moyenne observée entre 2010 et 2019.
La situation semble donc commencer à se stabiliser, sans pour autant revenir à la normale.
Plus de 70 000 défaillances, mais la hausse ralentit
Sur un an, le nombre de défaillances progresse encore de 4,6 %.
C’est beaucoup moins spectaculaire que les hausses enregistrées après la fin des aides liées au Covid, mais le niveau absolu reste historiquement élevé.
La Banque de France explique cette situation par une succession de chocs ayant fragilisé les entreprises : inflation, hausse des coûts de financement, ralentissement de l’activité et incertitudes économiques et géopolitiques.
Il faut également relativiser le nombre brut : plus de 1,2 million d’entreprises ont été créées en France sur les douze derniers mois, soit une hausse de 10,8 %. Le tissu entrepreneurial français est donc lui-même beaucoup plus important qu’il y a quelques années.
Quels secteurs souffrent le plus ?
Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’actualité automobile, ce secteur n’est pas statistiquement celui où les défaillances progressent le plus rapidement.
Sur douze mois, la Banque de France comptabilise notamment :
- 3 235 défaillances dans les transports et l’entreposage, soit environ 70 % de plus que la moyenne 2010-2019 ;
- 9 721 dans l’hébergement-restauration, +32 % par rapport à cette moyenne ;
- 9 061 dans les services et conseils aux entreprises, +42 % ;
- 2 648 dans l’immobilier, +34 % ;
- 1 767 dans les activités financières et d’assurance, +54 %.
À l’inverse, la construction enregistre 14 351 défaillances, légèrement en dessous de sa moyenne historique.
Le tableau est donc beaucoup plus contrasté qu’une simple « explosion générale des faillites ».
Pourquoi parle-t-on autant de l’automobile ?
Parce qu’au-delà des statistiques de défaillances, l’industrie automobile européenne traverse une transformation structurelle majeure.
L’Insee a montré qu’entre 2010 et 2023, l’emploi dans la filière automobile manufacturière française avait chuté de 33 %, contre seulement 1 % dans le reste de l’industrie manufacturière.
Les constructeurs ont perdu 35 % de leurs effectifs et les fournisseurs 32 %. Les entreprises les plus dépendantes de l’automobile sont également celles qui ont le plus souvent cessé leur activité.
La transition vers l’électrique accélère cette mutation.
Une voiture électrique utilise moins de certaines pièces mécaniques traditionnelles : boîte de vitesses, échappement, injection ou certains composants associés au moteur thermique.
Pour les sous-traitants spécialisés dans ces technologies, la transition peut donc remettre en cause tout leur modèle économique.
Des cas très concrets en 2026
Le phénomène n’est pas théorique.
Le sous-traitant Dumarey Powerglide a annoncé la fermeture de son usine de Strasbourg d’ici la fin de 2026, avec environ 320 salariés concernés.
L’entreprise produisait historiquement des boîtes de vitesses automatiques. Elle avait pourtant investi près de 80 millions d’euros pour se diversifier vers l’électrique, mais les volumes obtenus ont été inférieurs d’environ 40 % aux prévisions.
Son chiffre d’affaires avait chuté de 530 millions d’euros en 2023 à moins de 60 millions en 2025.
Le groupe industriel ACI, qui comptait environ 1 300 salariés, a lui aussi été placé en redressement judiciaire avant une série de cessions de ses différentes activités en 2026.
La Fonderie de Bretagne, qui travaille principalement pour l’automobile, recherche parallèlement un repreneur ou un investisseur avec plus de 250 emplois concernés.
Renault et les grands constructeurs ne sont pas dans la même situation
Il faut néanmoins éviter un amalgame.
Renault n’est pas en situation de défaillance. Le groupe poursuit en revanche une importante transformation de son organisation.
En juin 2026, Renault a annoncé vouloir supprimer environ 800 postes d’ingénierie en France d’ici fin 2027, dans le cadre d’une réorganisation destinée notamment à accélérer le développement des véhicules électriques, du logiciel et de l’intelligence artificielle face aux constructeurs chinois.
Même logique chez les grands équipementiers.
Forvia reste confronté à un marché automobile difficile et ses ventes ont reculé de 4,3 % au premier semestre 2026. Mais le groupe a simultanément amélioré sa marge opérationnelle à 6 % et réduit sa dette nette à 5,5 milliards d’euros.
Il faut donc distinguer restructuration, baisse d’activité et véritable défaillance.
La concurrence chinoise change la donne
L’autre grande pression vient désormais de Chine.
Les constructeurs chinois développent leurs véhicules beaucoup plus rapidement, disposent d’une chaîne d’approvisionnement très compétitive dans les batteries et prennent progressivement des parts de marché en Europe.
Les constructeurs européens doivent donc simultanément :
investir massivement dans l’électrique, les logiciels et les batteries ;
réduire leurs coûts ;
maintenir des usines parfois sous-utilisées ;
et soutenir un réseau de fournisseurs historiquement conçu autour du véhicule thermique.
Cette transformation peut être absorbée par les groupes disposant de bilans solides.
Elle est beaucoup plus difficile pour un sous-traitant de quelques centaines de salariés dépendant à 70 ou 80 % d’un seul constructeur ou d’une seule technologie.
Les PME restent les principales victimes
Les grandes entreprises attirent l’attention lorsqu’elles annoncent une fermeture d’usine, mais l’essentiel des défaillances concerne toujours les petites structures.
Sur les 70 605 défaillances recensées, 70 544 concernent des PME.
La progression est particulièrement marquée chez les petites et moyennes entreprises :
+11,9 % pour les petites entreprises sur un an ;
+13,2 % pour les entreprises moyennes.
Le nombre de défaillances d’ETI et de grandes entreprises reste très faible en valeur absolue : seulement 61 sur douze mois.
Ce qu’il faut retenir
La France connaît toujours plus de 70 000 défaillances d’entreprises sur douze mois, un niveau environ 19 % supérieur à la moyenne d’avant-Covid.
Mais le mouvement semble désormais se stabiliser : le nombre de défaillances a légèrement diminué en juillet 2026 et la hausse annuelle ralentit à 4,6 %.
L’automobile mérite néanmoins une vigilance particulière.
Le risque ne concerne pas tant les grands constructeurs français que tout un tissu d’équipementiers et de sous-traitants confrontés simultanément à la transition électrique, à la concurrence chinoise, à la baisse de certains volumes et à des investissements considérables.
Pour l’investisseur comme pour l’économie française, le véritable enjeu dépasse donc le nombre de faillites : il s’agit de savoir quelle partie du tissu industriel européen réussira à survivre à la transformation accélérée de l’automobile.
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