Publié le 17 septembre 2026 à 18:00 — Mis à jour le 7 septembre 2026 à 17:12

2027 pourrait marquer un véritable tournant pour les détenteurs français de Bitcoin, Ethereum et autres cryptomonnaies.

Non pas parce qu’une nouvelle « taxe crypto » va apparaître, mais parce que l’administration fiscale disposera pour la première fois d’un système beaucoup plus puissant d’échange automatique d’informations sur les transactions réalisées via les plateformes.

Achats, ventes contre des euros, échanges entre cryptos et certains transferts pourront être remontés aux administrations fiscales dans le cadre des dispositifs européens DAC8 et international CARF.

Pour les investisseurs qui déclarent correctement leurs opérations, le changement sera surtout administratif.

Pour ceux qui ne déclarent pas leurs plus-values ou certains comptes détenus à l’étranger, 2027 pourrait en revanche changer complètement la donne.

Les Français déclarent-ils réellement beaucoup moins qu’ils ne devraient ?

Une étude récente de Chainalysis, relayée début septembre, estime que l’activité crypto potentiellement taxable en France aurait atteint 9,4 milliards de dollars en 2025, dont environ 2,5 milliards de dollars de plus-values.

Or les chiffres connus des déclarations fiscales sont nettement plus faibles.

Pour les revenus 2023 déclarés en 2024, environ 7 700 contribuables avaient déclaré 150,8 millions d’euros de plus-values nettes.

Pour les revenus 2024 déclarés en 2025, ils étaient environ 24 000 à déclarer 368 millions d’euros.

C’est de là que provient l’idée selon laquelle les Français déclareraient « environ sept fois moins » que ce qu’ils devraient.

Il faut toutefois être prudent avec cette comparaison.

Une estimation économique réalisée à partir des flux blockchain n’est pas exactement équivalente à la plus-value fiscale calculée selon les règles françaises.

Le chiffre ne permet donc pas d’affirmer que chaque euro de différence correspond à de la fraude fiscale.

Il révèle néanmoins un écart suffisamment important pour expliquer pourquoi les administrations veulent désormais automatiser beaucoup davantage les échanges de données.

Ce qui devient réellement nouveau en 2027

La France a déjà transposé les nouvelles obligations liées à DAC8 et au cadre international CARF.

Le décret du 19 décembre 2025 est entré en vigueur le 1er janvier 2026.

Il prévoit que les transactions réalisées à compter de cette date seront collectées afin de faire l’objet des premières déclarations et échanges d’informations en 2027.

Autrement dit :

les opérations réalisées en 2026 sont déjà concernées.

Les plateformes et prestataires concernés doivent notamment identifier la résidence fiscale de leurs utilisateurs. Ils peuvent demander une auto-certification ainsi que les informations nécessaires pour identifier fiscalement le client.

2027 ne sera donc pas le début du processus : la collecte des informations a commencé en 2026.

Quelles informations les plateformes pourront-elles transmettre ?

C’est là que le changement devient considérable.

Le Code général des impôts prévoit que les prestataires concernés déclarent notamment l’identité de l’utilisateur, son adresse, sa résidence fiscale et son numéro d’identification fiscale lorsqu’il est disponible.

Mais aussi des informations détaillées sur les transactions.

Pour chaque type de crypto-actif, peuvent notamment être transmis :

  • les achats de cryptos contre des euros ou une autre monnaie ;
  • les ventes contre une monnaie classique ;
  • les échanges entre différentes cryptomonnaies ;
  • le nombre d’unités achetées ou vendues ;
  • les montants bruts correspondants ;
  • la valeur de marché ;
  • certaines opérations de paiement ;
  • certains transferts de cryptomonnaies vers ou depuis un compte ou une adresse appartenant à l’utilisateur.

Le fisc ne recevra donc plus simplement l’information selon laquelle « Monsieur X possède un compte sur une plateforme ».

Il pourra disposer d’une vision beaucoup plus détaillée de l’activité réalisée sur celui-ci.

Mais tous ces mouvements sont-ils imposables ?

Non, et cette distinction est fondamentale.

Le fait que l’administration reçoive une information ne signifie pas automatiquement que l’opération génère de l’impôt.

Pour un particulier gérant normalement son patrimoine privé, une plus-value devient notamment imposable lors d’une cession à titre onéreux contre une monnaie traditionnelle ou lors de l’utilisation de cryptos pour acheter un bien ou un service.

En revanche, l’échange d’une cryptomonnaie contre une autre sans soulte bénéficie en principe d’un sursis d’imposition.

Par exemple :

Bitcoin → Ethereum : pas d’imposition immédiate en principe.

Bitcoin → euros : opération pouvant déclencher l’imposition.

Bitcoin → achat d’une voiture : opération pouvant également constituer une cession taxable.

La loi prévoit par ailleurs une exonération lorsque le montant annuel total des cessions concernées n’excède pas 305 €.

Quel est le taux d’imposition en 2026 ?

Pour un investisseur particulier relevant du régime de gestion du patrimoine privé, les plus-values sont actuellement soumises par défaut au prélèvement forfaitaire.

En 2026, le taux global est de 31,4 %, composé de :

12,8 % d’impôt sur le revenu ;

et 18,6 % de prélèvements sociaux.

Il est également possible d’opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu lorsque celui-ci est plus favorable.

Un contribuable réalisant par exemple 10 000 € de plus-value fiscale imposable supporterait donc environ 3 140 € de prélèvements avec le PFU, hors situations particulières.

Mais le calcul de la plus-value crypto française est plus complexe qu’un simple « prix de vente moins prix d’achat ».

Il tient compte de la valeur globale du portefeuille et de son prix total d’acquisition au moment de chaque cession taxable.

C’est précisément pour cette raison qu’un historique complet des opérations devient indispensable.

Exemple : vendre seulement une partie de ses Bitcoins

Imaginons :

vous avez investi 20 000 € dans différents crypto-actifs ;

votre portefeuille vaut désormais 50 000 € ;

vous convertissez 10 000 € de cryptos en euros.

La plus-value taxable n’est pas nécessairement de 10 000 €.

La formule fiscale tient compte de la proportion du portefeuille cédée et du coût d’acquisition global.

Pour une personne ayant effectué des centaines d’achats, ventes, swaps et transferts sur plusieurs plateformes, les calculs peuvent donc rapidement devenir complexes.

Attendre avril ou mai 2027 pour essayer de reconstruire toutes les opérations de 2026 serait une mauvaise stratégie.

Les plateformes étrangères ne seront plus nécessairement un angle mort

C’est probablement l’une des évolutions les plus importantes.

CARF est un système international destiné à organiser l’échange automatique d’informations entre administrations fiscales.

La France fait partie des juridictions engagées dans les premiers échanges prévus à partir de 2027.

Le principe ressemble à ce qui existe déjà depuis plusieurs années pour les comptes bancaires étrangers.

Utiliser une plateforme située hors de France ne signifie donc plus nécessairement que les informations resteront hors de portée de l’administration fiscale française.

C’est précisément le but de CARF et DAC8 : réduire les différences de transparence entre la finance traditionnelle et les crypto-actifs.

Et les wallets personnels comme Ledger ?

La situation est plus nuancée.

Un portefeuille personnel dont vous contrôlez vous-même les clés privées n’est pas une plateforme centralisée qui envoie spontanément chaque opération au fisc.

Mais cela ne signifie pas que les transactions deviennent invisibles.

Lorsque des cryptos sont transférées depuis ou vers un prestataire déclarant, certaines informations relatives au transfert peuvent faire partie des données remontées. Le dispositif français prévoit explicitement la déclaration de certains transferts vers ou depuis des comptes ou adresses appartenant à l’utilisateur.

Et bien entendu, les blockchains publiques conservent leur propre historique des transactions.

Un wallet personnel apporte donc de l’autonomie patrimoniale, pas une exemption fiscale.

Attention aussi à la déclaration des comptes crypto étrangers

C’est une autre obligation, distincte de celle concernant les plus-values.

Les résidents fiscaux français doivent déclarer avec leur déclaration annuelle les portefeuilles ou comptes de crypto-actifs concernés détenus auprès d’organismes établis à l’étranger.

Depuis juillet 2026, la rédaction du Code général des impôts a d’ailleurs été actualisée et couvre également certaines situations relatives aux crypto-actifs uniques et non fongibles détenus ou utilisés à l’étranger.

Le formulaire 3916-3916 bis reste l’outil prévu pour déclarer les comptes concernés.

Et l’oubli n’est pas anodin.

L’amende est actuellement de 750 € par portefeuille non déclaré, portée à 1 500 € lorsque la valeur concernée dépasse 50 000 € à un moment quelconque de l’année, avec également des sanctions pour omissions ou inexactitudes.

2027 va-t-il entraîner des contrôles massifs ?

Impossible de l’affirmer aujourd’hui.

Mais une chose est certaine : le fisc disposera progressivement de beaucoup plus d’éléments permettant de comparer les transactions connues avec les montants déclarés par le contribuable.

Prenons une situation simple.

Une plateforme indique qu’un résident fiscal français a vendu l’équivalent de 80 000 € de Bitcoin contre des euros en 2026.

Sa déclaration de revenus 2027 ne mentionne aucune opération crypto.

Cela ne signifie pas automatiquement qu’il devait payer de l’impôt : son prix d’acquisition peut par exemple être très élevé.

Mais l’écart devient beaucoup plus facile à identifier et à questionner.

C’est exactement le type de situation que l’échange automatique d’informations rend beaucoup plus visible.

Que faut-il faire avant 2027 ?

Pour l’investisseur qui déclare déjà correctement ses cryptos, il n’y a aucune raison de paniquer.

En revanche, 2026 est probablement l’année où il faut mettre en place une comptabilité sérieuse.

Il faut notamment conserver :

les historiques d’achats et de ventes ;

les mouvements entre plateformes ;

les transferts vers les wallets personnels ;

les prix d’acquisition ;

les paiements réalisés en cryptomonnaies ;

les justificatifs d’origine des fonds ;

et les références des plateformes étrangères utilisées.

Les investisseurs ayant utilisé plusieurs exchanges pendant plusieurs années ont intérêt à reconstituer leur historique avant d’avoir besoin de le justifier.

Ce qu’il faut retenir

La fiscalité des cryptomonnaies ne commence pas en 2027.

Les plus-values imposables doivent déjà être déclarées aujourd’hui.

Le véritable changement est ailleurs : depuis le 1er janvier 2026, les plateformes concernées collectent davantage d’informations dans le cadre de DAC8 et CARF, avec de premiers échanges et déclarations prévus en 2027.

Identité du client, résidence fiscale, achats, ventes contre des euros, échanges crypto-crypto, volumes et certains transferts pourront faire partie des informations transmises.

Pour les investisseurs en règle, cette évolution change relativement peu de choses.

Pour ceux qui considéraient jusqu’ici qu’une cryptomonnaie détenue sur une plateforme étrangère échappait automatiquement au regard de l’administration, le changement est considérable.

À partir de 2027, la véritable nouveauté pourrait donc être moins une nouvelle fiscalité qu’une réalité beaucoup plus simple :

le fisc disposera progressivement des moyens techniques de vérifier beaucoup plus facilement si ce qui est déclaré correspond à ce qui a réellement été réalisé.