Publié le 4 décembre 2025 à 18:45 — Mis à jour le 29 novembre 2025 à 21:19

Les cryptomonnaies se sont installées durablement dans le patrimoine des Français. Bitcoin, Ethereum, NFT ou autres jetons numériques ne sont plus l’apanage de quelques technophiles : plusieurs millions de particuliers en détiennent aujourd’hui. Pourtant, au moment clé de la succession, ces actifs posent un problème majeur, souvent sous-estimé : comment les retrouver, y accéder et les transmettre ?

.

Les cryptos font partie de la succession… sur le papier


Contrairement à une idée répandue, les cryptoactifs ne disparaissent pas juridiquement au décès de leur détenteur. En droit français, ils intègrent pleinement la masse successorale et sont soumis aux règles classiques : exonération pour le conjoint survivant, abattement de 100 000 € par enfant, imposition au-delà.

Leur valorisation est arrêtée à la date du décès, comme pour n’importe quel actif financier. Problème : la volatilité extrême des cryptomonnaies peut créer un décalage brutal entre la valeur fiscale déclarée et la valeur réelle quelques semaines plus tard. Les héritiers peuvent ainsi payer des droits sur un montant qui n’existe plus vraiment.

Mais ce n’est pas le principal danger.

.

Le vrai risque : des cryptos… introuvables


La difficulté majeure n’est ni fiscale ni juridique, elle est technique.

Les cryptomonnaies reposent sur la blockchain et l’usage de clés cryptographiques. Sans la clé privée, impossible d’accéder aux actifs. Et contrairement aux comptes bancaires, il n’existe aucun guichet de secours.

Deux situations se distinguent :

1. Les cryptos détenues via un intermédiaire régulé

Lorsque les cryptoactifs sont conservés sur une plateforme agréée ou via un prestataire régulé, les héritiers peuvent, en théorie, récupérer les fonds. La procédure est proche de celle d’une banque : acte de décès, justificatifs, dévolution successorale.

Mais encore faut-il :

  • savoir que ces comptes existent,

  • et que la plateforme soit réellement coopérative et bien située juridiquement.

De nombreux cas montrent que les actifs conservés sur des plateformes étrangères ou non régulées ne sont jamais récupérés.

2. Les cryptos détenues en direct (wallet, Ledger, stockage “à froid”)

C’est là que le danger est maximal.

Les investisseurs qui détiennent eux-mêmes leurs clés privées — souvent par choix idéologique ou sécuritaire — n’ont aucun recours possible.
Si les clés ne sont pas transmises clairement :

  • les héritiers ne peuvent rien faire,

  • aucun notaire, aucune autorité, aucun prestataire ne peut intervenir,

  • les cryptos sont définitivement perdues.

À l’échelle mondiale, on estime que 10 à 15 % des bitcoins existants sont irrémédiablement bloqués, faute d’accès aux clés.

.

Anticiper n’est pas une option, c’est une obligation


Pour éviter qu’un patrimoine numérique se volatilise au décès, une règle s’impose : anticiper de son vivant.

Cela passe par plusieurs piliers essentiels :

1. Un inventaire patrimonial incluant le numérique

Il est indispensable de recenser :

  • les comptes crypto,

  • les plateformes utilisées,

  • le type de conservation (chaud / froid),

  • l’emplacement des moyens d’accès (sans jamais inscrire directement les clés dans un testament classique).

Cet inventaire doit être régulièrement mis à jour.

2. Des solutions de transmission sécurisées

Plusieurs options existent :

  • testament sous forme cachetée (dit mystique),

  • coffre-fort bancaire physique,

  • coffres-forts numériques spécialisés labellisés par le notariat,

  • combinaison de plusieurs solutions pour les patrimoines importants.

La pire option reste la plus fréquente :
👉 un carnet papier caché chez soi, perdu, détruit ou introuvable au moment décisif.

3. Un minimum d’« hygiène numérique »

Même logique que pour les mots de passe professionnels :

  • pas d’improvisation,

  • pas d’opacité absolue,

  • pas de dépendance à la mémoire seule.

.

Et quand les héritiers ne savent même pas que des cryptos existent ?


Problème supplémentaire : il n’existe aucun fichier national recensant les cryptomonnaies, contrairement aux comptes bancaires ou à l’assurance-vie.

Dans ce contexte, certaines solutions privées utilisent désormais l’intelligence artificielle pour détecter l’existence potentielle d’actifs numériques, en analysant les traces laissées en ligne. Ces démarches sont strictement encadrées juridiquement et doivent toujours être mandatées par les héritiers.

Dans une proportion non négligeable des successions, cela permet de retrouver des cryptomonnaies dont personne soupçonnait l’existence.

.

Conclusion : la crypto sans préparation est un piège patrimonial


Les cryptomonnaies offrent liberté, confidentialité et autonomie. Mais sans organisation successorale, elles deviennent un actif à haut risque pour la famille.

En matière de crypto, la règle est simple et brutale :

ce qui n’est pas transmis clairement est perdu à jamais.

Aujourd’hui, intégrer les cryptoactifs dans une stratégie patrimoniale sérieuse n’est plus un luxe ni un sujet “tech”. C’est une responsabilité.