Alors que la Banque centrale européenne (BCE) accélère le développement de l’euro numérique, une proposition de loi portée par les députés du groupe UDR appelle la France à s’y opposer. Le texte, déposé à l’Assemblée nationale, vise également à permettre la détention de cryptoactifs dans le Plan d’Épargne en Actions (PEA). Une double ambition à la fois symbolique et politique, qui soulève des questions fondamentales sur la souveraineté monétaire et la liberté financière des citoyens.
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Un euro numérique qui divise l’Europe
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Lancé officiellement en phase préparatoire depuis novembre 2023, le projet d’euro numérique poursuit un objectif clair pour la BCE : créer une monnaie digitale de banque centrale (CBDC), complémentaire aux billets et pièces, utilisable dans toute la zone euro.
Selon Christine Lagarde, présidente de la BCE, il s’agirait d’un « moyen de paiement public, sûr, accessible à tous », destiné à renforcer la stabilité du système monétaire européen à l’ère du numérique.
Mais ce projet suscite de fortes réticences politiques et citoyennes. En France, les seize députés du groupe Union des Démocrates et des Républicains (UDR) s’opposent fermement à cette évolution, y voyant une menace directe pour la liberté financière et la protection des données personnelles.
« L’euro numérique ouvrirait la porte à une surveillance monétaire de masse », dénonce le député à l’origine du texte.
« L’État pourrait, à terme, suivre, contrôler ou même restreindre l’usage des fonds de chaque citoyen. »
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Les craintes : traçabilité et centralisation des paiements
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Contrairement aux cryptomonnaies décentralisées comme le bitcoin, l’euro numérique serait émis et contrôlé par la BCE, avec un système de traçabilité permettant d’enregistrer toutes les transactions.
L’objectif officiel est d’éviter la fraude et le blanchiment d’argent, mais pour ses opposants, cela marque la fin de l’anonymat financier.
Cette perspective fait craindre à certains économistes une banalisation du contrôle monétaire. Le risque ? Que l’État ou la BCE puissent un jour imposer des plafonds d’utilisation, des taux négatifs ciblés, ou restreindre certains paiements, au nom de la stabilité ou de la politique économique.
« C’est l’idée d’un euro programmable qui effraie : un euro dont l’usage pourrait être limité dans le temps, dans le lieu ou par type de dépense », résume un expert en monnaie digitale.
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Cryptoactifs dans le PEA : une autre bataille en parallèle
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Le même texte de loi propose une mesure révolutionnaire : autoriser la détention de cryptoactifs dans le Plan d’Épargne en Actions (PEA).
Concrètement, cela permettrait aux investisseurs français de détenir du bitcoin, de l’ether ou des ETF crypto via des véhicules financiers réglementés, sans passer par des plateformes étrangères.
Aujourd’hui, les détenteurs de PEA sont limités aux actions européennes ou fonds éligibles UCITS, excluant de facto l’univers des actifs numériques.
Cette ouverture serait donc un signal fort pour rapprocher la fiscalité française du modèle américain, où les cryptos peuvent déjà être détenues dans des comptes de retraite ou des fonds diversifiés.
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Un débat avant tout politique
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Si la proposition vise à affirmer la souveraineté monétaire de la France face à Bruxelles et Francfort, ses chances d’adoption demeurent faibles. Le groupe UDR reste minoritaire à l’Assemblée, et le gouvernement n’a pas prévu d’inscrire ce texte à l’ordre du jour.
Mais le débat dépasse le cadre national : il s’inscrit dans une réflexion mondiale sur la monétisation numérique des économies.
Plus de 130 pays travaillent déjà sur une CBDC (Central Bank Digital Currency).
La Chine teste le yuan numérique, les États-Unis étudient un e-dollar, et la BCE ne souhaite pas être en reste face aux innovations technologiques des géants privés.
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Vers quel avenir monétaire ?
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L’opposition à l’euro numérique révèle une tension croissante entre deux visions :
Celle d’une monnaie centralisée, publique et régulée, garantie par l’État ;
Et celle d’une monnaie libre, décentralisée et sans intermédiaire, incarnée par les cryptoactifs.
Pour les défenseurs du projet européen, l’euro numérique offrirait plus de sécurité et d’inclusion financière. Pour ses détracteurs, il s’agit d’un outil de contrôle qui menace la liberté individuelle et l’innovation privée.
Le débat ne fait que commencer. Et derrière cette bataille monétaire, se joue peut-être l’avenir même de la souveraineté économique européenne.

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