Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé les législateurs européens à renforcer la réglementation des stablecoins étrangers afin de protéger la stabilité financière de l’Union européenne. Elle a mis en avant la nécessité d’instaurer des garanties solides et des régimes d’équivalence rigoureux pour les émetteurs basés hors de l’UE.
Selon Lagarde, même si le régime européen MiCAR figure parmi les plus exigeants au monde pour les crypto-actifs, des failles subsistent. En effet, les détenteurs de stablecoins, qu’ils soient émis à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE, peuvent les convertir où ils veulent — ce qui risque d’entraîner une ruée vers les actifs de réserve situés dans l’UE en période de crise.
Elle a averti que ces comportements pourraient épuiser les réserves européennes, car les investisseurs chercheraient à privilégier la juridiction où la réglementation est la plus forte et où les frais de rachat sont interdits.
Pour éviter que les risques ne se déplacent vers les juridictions les plus vulnérables, Lagarde a insisté sur la nécessité d’une coopération internationale, afin d’assurer un niveau de réglementation uniforme à l’échelle mondiale.
Notre avis sur le sujet
1. Un enjeu de stabilité financière crucial
Les stablecoins, malgré leur nom, ne sont pas intrinsèquement sûrs. Leur modèle peut rappeler celui des fonds de marché monétaire, notamment lorsqu’un dérapage (run) survient, ce qui peut fragiliser l’ensemble du système financier. Une réglementation stricte est donc essentielle pour éviter des cycles de panique financière.
2. MiCAR, une base solide mais insuffisante
Le cadre européen MiCAR est ambitieux. Il exige des réserves complètes, des rachat au pair sans frais, etc. Cependant, sans alignement avec les pratiques des émetteurs étrangers, il n’empêche pas les risques liés aux mouvements transfrontaliers et aux réserves concentrées en territoire européen.
3. Importance de l’équivalence et de la coopération internationale
Lagarde a raison : les acteurs financiers exploitent souvent les écarts règlementaires. On observe déjà cela avec le Dollar, mais aussi avec certaines juridictions laxistes. Pour que MiCAR joue pleinement son rôle, il faut que les émetteurs étrangers soient soumis à des standards équivalents et que les transferts d’actifs soient sécurisés.
4. Le digital euro comme réponse structurante
Par ailleurs, la BCE pousse depuis plusieurs mois pour la mise en place rapide du euro numérique, un actif garanti par la banque centrale, qui pourrait offrir une alternative crédible et stable aux stablecoins privés. Cela renforcerait l’autonomie financière de l’UE face aux actifs numériques privés.
5. Vers un cadre global et cohérent
Enfin, l’appel à la coopération internationale est pertinent. Face à l’expansion mondiale des crypto-actifs, y compris les stablecoins, seule une régulation mondiale forte — ou au moins coordonnée entre grandes zones économiques — permettra de contenir les risques systémiques.

….. D’une incompétence celle-là…