Publié le 13 septembre 2026 à 18:00 — Mis à jour le 4 septembre 2026 à 17:18

Salesforce poursuit sa transformation financière.

Le géant américain des logiciels vient d’annoncer un nouveau dividende trimestriel de 0,44 dollar par action, qui sera versé le 8 octobre 2026 aux actionnaires enregistrés au 17 septembre.

Mais contrairement à ce que certaines publications peuvent laisser entendre, il ne s’agit pas du premier dividende de l’histoire de Salesforce.

L’entreprise rémunère ses actionnaires de cette manière depuis 2024. La vraie question est donc différente : Salesforce est-elle progressivement en train de passer du statut de pure valeur de croissance à celui d’une entreprise mature capable de combiner croissance, intelligence artificielle, rachats d’actions et dividendes ?

Un dividende instauré en 2024

Salesforce avait créé la surprise en février 2024 en annonçant son premier dividende trimestriel.

Celui-ci avait été fixé à 0,40 dollar par action, avec un premier paiement effectué en avril 2024.

Depuis, la politique de distribution s’est installée dans la durée.

En 2025, le dividende trimestriel a été relevé à 0,416 dollar, puis Salesforce l’a de nouveau augmenté en 2026 pour atteindre 0,44 dollar par action, soit une progression de 5,8 % sur un an.

Sur une année complète, si ce niveau était maintenu pendant quatre trimestres, l’action distribuerait donc environ 1,76 dollar par action.

Salesforce est-elle devenue une valeur de rendement ?

Pas vraiment.

Autour de 260 dollars par action début septembre, un dividende annualisé de 1,76 dollar représente un rendement d’environ 0,7 %.

Nous sommes donc très loin des rendements proposés par certaines grandes entreprises européennes ou américaines traditionnellement recherchées pour leurs dividendes.

L’intérêt de Salesforce ne réside pas aujourd’hui dans le revenu distribué.

Le dividende constitue plutôt un signal de maturité financière : l’entreprise estime générer suffisamment de trésorerie pour continuer à investir massivement dans sa croissance tout en rémunérant ses actionnaires.

Et les derniers résultats semblent lui donner les moyens de cette politique.

Des résultats 2026 particulièrement solides

Au deuxième trimestre de son exercice fiscal 2027, clos le 31 juillet 2026, Salesforce a réalisé un chiffre d’affaires de 11,3 milliards de dollars, en progression de 11 % sur un an.

Les revenus d’abonnement et de support atteignent 10,8 milliards de dollars, en hausse de 12 %.

Surtout, l’entreprise continue d’améliorer fortement sa rentabilité :

  • marge opérationnelle GAAP : 20,5 % ;
  • free cash-flow trimestriel : 1,1 milliard de dollars, en hausse de 81 % ;
  • bénéfice net par action GAAP : 4,29 dollars, en hausse de 119 %.

Salesforce a même relevé ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice et attend désormais 46,1 à 46,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit une croissance comprise entre 11 % et 12 %.

Le véritable moteur reste l’intelligence artificielle

Le dividende est donc intéressant, mais ce n’est clairement pas ce qui déterminera l’avenir de l’action.

Le principal moteur du dossier est désormais Agentforce et l’intelligence artificielle appliquée aux entreprises.

Au deuxième trimestre, les revenus récurrents annuels combinés d’Agentforce et Data 360 approchaient 3,9 milliards de dollars, en progression de plus de 210 % sur un an.

Agentforce dépassait à lui seul 1,5 milliard de dollars d’ARR, avec une croissance supérieure à 240 %.

C’est probablement ici que se situe le véritable enjeu pour l’investisseur.

Salesforce doit démontrer que l’IA ne va pas fragiliser son modèle historique de logiciels SaaS mais, au contraire, créer une nouvelle source de croissance.

Salesforce préfère surtout racheter ses propres actions

Autre élément essentiel : le dividende reste finalement assez secondaire dans la politique de retour aux actionnaires.

Sur son exercice fiscal 2026, Salesforce avait rendu 14,3 milliards de dollars à ses actionnaires.

Mais seulement 1,6 milliard provenait des dividendes.

Les 12,7 milliards restants correspondaient à des rachats d’actions.

Et l’entreprise est allée encore beaucoup plus loin en 2026 avec un programme accéléré de rachats de titres de 25 milliards de dollars, dont le règlement final est attendu en octobre. Elle dispose parallèlement d’une autorisation de rachats pouvant atteindre 50 milliards de dollars.

Pour l’actionnaire, cette stratégie peut être importante : réduire le nombre d’actions en circulation augmente mécaniquement, toutes choses égales par ailleurs, le bénéfice attribuable à chaque action restante.

Qu’en est-il pour un investisseur français ?

Un Français souhaitant acheter directement Salesforce devra généralement le faire via un compte-titres ordinaire.

Salesforce étant une société américaine, son action n’est pas directement éligible au PEA, réservé principalement aux sociétés établies dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen.

Les dividendes américains doivent par ailleurs être pris en compte dans la fiscalité française des revenus de capitaux mobiliers. La convention fiscale franco-américaine prévoit un mécanisme de crédit d’impôt permettant notamment de tenir compte de la retenue opérée aux États-Unis, dans les limites prévues par la convention.

Avec un rendement inférieur à 1 %, la fiscalité du dividende ne devrait cependant pas être l’élément principal dans une décision d’investissement sur Salesforce.

Ce qu’il faut retenir

Salesforce versera 0,44 dollar par action le 8 octobre 2026, mais il ne s’agit absolument pas de son premier dividende.

La société distribue un dividende trimestriel depuis 2024 et l’a progressivement augmenté.

Pour autant, Salesforce n’est pas devenue une valeur de rendement : son rendement annualisé tourne actuellement autour de 0,7 %.

L’intérêt du dossier se trouve ailleurs : croissance de l’intelligence artificielle, amélioration des marges, forte génération de trésorerie et rachats massifs d’actions.

Le dividende est donc surtout le symbole d’une évolution plus profonde : Salesforce est désormais suffisamment mature et rentable pour rémunérer ses actionnaires sans renoncer à sa stratégie de croissance dans l’IA.