Le SMIC à 1 700 euros net par mois revient au cœur du débat politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
La France insoumise continue d’inscrire cette proposition dans son programme et François Ruffin défend lui aussi une augmentation du salaire minimum à ce niveau.
Mais contrairement à ce que certains anciens articles peuvent laisser penser, le SMIC français n’est plus proche de 1 330 ou 1 400 euros net.
Depuis le 1er juin 2026, il s’élève à :
1 867,02 € brut par mois ;
soit environ 1 477,93 € net pour 35 heures hebdomadaires.
Passer à 1 700 € net constituerait donc encore une augmentation spectaculaire.
222 € net supplémentaires chaque mois
Pour un salarié payé exactement au SMIC, la différence serait d’environ :
+222 € net par mois ;
soit environ +2 665 € net par an.
Cela représente une augmentation de l’ordre de 15 % par rapport au SMIC actuel.
Pour un ménage aux revenus modestes, ce n’est évidemment pas marginal.
Cela peut représenter plusieurs mois de dépenses alimentaires, une partie importante d’un loyer ou une capacité d’épargne supplémentaire.
Mais une augmentation aussi forte du salaire minimum ne peut pas être analysée uniquement du point de vue du salarié.
Le SMIC a déjà fortement augmenté
Le salaire minimum français bénéficie d’un mécanisme automatique de revalorisation.
Il tient notamment compte de l’inflation subie par les ménages les plus modestes.
Lorsque cette inflation augmente d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation, une hausse automatique peut même intervenir en cours d’année.
C’est précisément ce qui s’est produit en 2026.
Le SMIC avait été porté à 12,02 € brut de l’heure en janvier avant d’être de nouveau augmenté de 2,41 % le 1er juin, à 12,31 €.
Cette indexation a d’ailleurs relativement bien protégé les salariés au SMIC pendant la période inflationniste : entre 2021 et 2025, le SMIC avait augmenté d’environ 17 %, davantage que de nombreux salaires supérieurs.
L’inflation n’est plus à 4 ou 5 %
L’argument de l’urgence inflationniste doit également être actualisé.
L’inflation française est estimée à 2,4 % sur un an en août 2026, après 2,1 % en juillet.
Cette remontée récente provient notamment de l’énergie, dont les prix augmenteraient de 16,7 % sur un an.
Une augmentation du SMIC de 15 % serait donc sans commune mesure avec l’inflation actuelle.
Il ne s’agirait plus simplement de maintenir le pouvoir d’achat.
Ce serait une véritable augmentation du salaire minimum réel.
Combien de salariés seraient concernés ?
Les dernières données détaillées de la Dares montrent que 2,2 millions de salariés du secteur privé non agricole avaient bénéficié directement de la revalorisation du SMIC de novembre 2024, soit 12,4 % des salariés de ce champ.
Les salariés les plus exposés sont loin d’être répartis uniformément.
Parmi ceux directement concernés par cette revalorisation :
- 59,2 % étaient des femmes ;
- 24,5 % des salariés à temps partiel étaient concernés ;
- la proportion atteignait 19,4 % dans les entreprises de moins de dix salariés.
Avec un passage brutal à 1 700 € net, le nombre de salariés touchés serait nécessairement beaucoup plus important, puisqu’une partie des salariés actuellement rémunérés au-dessus du SMIC tomberait elle aussi sous le nouveau minimum.
Le problème de la compression des salaires
C’est probablement l’une des conséquences les moins visibles.
Imaginons aujourd’hui :
salarié A : 1 478 € net ;
salarié B, plus expérimenté : 1 600 € ;
salarié C, chef d’équipe : 1 750 €.
Si le SMIC passe soudainement à 1 700 €, le salarié A rejoint presque immédiatement le salaire du salarié C.
Les entreprises doivent alors choisir :
augmenter également les salaires supérieurs ;
ou accepter un très fort écrasement de leur grille salariale.
Le groupe d’experts sur le SMIC estime déjà que la France connaît une importante compression des salaires autour du minimum légal. En 2024, le SMIC représentait environ 62,5 % du salaire médian brut, le niveau le plus élevé parmi les pays européens étudiés.
Cela détruirait-il forcément des emplois ?
Non. Il faut être plus nuancé.
Une hausse du SMIC apporte aussi des effets positifs :
plus de revenu disponible pour les ménages modestes ;
davantage de consommation ;
moins de travailleurs pauvres ;
et potentiellement une pression à la hausse sur les autres rémunérations.
Mais plus l’augmentation est importante et brutale, plus le risque économique augmente pour les entreprises dont les marges et la productivité sont faibles.
Certaines pourraient réagir par :
- des prix plus élevés ;
- moins d’embauches ;
- une réduction des heures travaillées ;
- davantage d’automatisation ;
- ou une réduction de leurs marges.
Le groupe d’experts indépendant chargé chaque année d’étudier le SMIC rappelle justement que les risques pour l’emploi des travailleurs peu qualifiés augmentent lorsque le salaire minimum devient très élevé par rapport au salaire médian. Pour 2026, il avait recommandé de ne pas accorder de “coup de pouce” supplémentaire au-delà de l’indexation légale.
Les TPE seraient probablement les plus sensibles
Une grande entreprise très rentable n’a pas la même capacité d’absorption qu’un restaurant, un commerce, une entreprise de nettoyage ou un artisan employant cinq personnes.
C’est précisément dans les petites entreprises que la proportion de salariés proches du SMIC est la plus importante.
L’effet économique dépendrait donc énormément des mesures d’accompagnement.
La France utilise déjà massivement des réductions de cotisations patronales sur les bas salaires.
Le groupe d’experts estime que le coût des allègements généraux de cotisations atteignait près de 75 milliards d’euros en 2024, soit environ 2,5 % du PIB.
Un relèvement massif du SMIC obligerait donc également à repenser ces exonérations.
Un bénéfice évident pour le salarié… mais pas nécessairement de 222 €
Il existe aussi un effet souvent oublié : lorsque le revenu augmente, certaines prestations diminuent progressivement.
La prime d’activité peut par exemple évoluer avec le salaire et la composition du foyer.
Certains ménages peuvent également perdre progressivement certaines aides locales ou avantages soumis à conditions de ressources.
Le groupe d’experts souligne même que les taux marginaux effectifs peuvent devenir extrêmement élevés entre environ 1,2 et 2 SMIC lorsqu’on additionne baisse des prestations, cotisations et entrée dans l’impôt sur le revenu.
Un salarié gagnant 222 € net de salaire supplémentaire ne disposera donc pas nécessairement de 222 € supplémentaires de niveau de vie après prise en compte de l’ensemble des prestations.
Cela dépend de sa situation familiale.
Le SMIC à 1 700 € est-il prévu pour 2027 ?
À ce jour, non.
Il n’existe aucune loi adoptée fixant le SMIC à 1 700 € net au 1er janvier 2027.
Il s’agit d’une proposition politique.
La France insoumise continue officiellement d’afficher dans son programme :
« SMIC à 1 700 € net ».
François Ruffin a lui aussi annoncé au printemps 2026 vouloir porter rapidement le salaire minimum à 1 700 € net s’il arrivait au pouvoir.
Le sujet devrait donc probablement occuper une place importante dans la campagne présidentielle de 2027.
Ce qu’il faut retenir
Le SMIC français atteint aujourd’hui 1 867,02 € brut, soit environ 1 477,93 € net par mois.
Un passage à 1 700 € net représenterait encore :
+222 € net par mois ;
+2 665 € environ par an ;
et une augmentation proche de 15 %.
Pour les salariés concernés, le gain serait évidemment considérable.
Mais l’impact économique dépasserait largement les seuls salariés actuellement payés au SMIC : une telle hausse obligerait vraisemblablement les entreprises à revoir une partie importante de leurs grilles salariales.
C’est là que se situe le véritable débat.
La question n’est pas de savoir si gagner 222 € de plus par mois est favorable au salarié : évidemment que oui.
La véritable question économique est de savoir qui financerait une augmentation de 15 % du salaire minimum, comment les autres salaires seraient ajustés et quel serait l’effet final sur l’emploi, les prix et les finances publiques.
Et en septembre 2026, une chose doit être parfaitement claire :
le SMIC à 1 700 € net reste une proposition politique pour 2027, pas une augmentation déjà décidée.
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