Publié le 11 septembre 2026 à 18:00 — Mis à jour le 4 septembre 2026 à 17:11

Le plafond du Livret A pourrait-il bientôt passer de 22 950 € à 30 000 € ?

La proposition vient d’être formulée par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avec un objectif bien différent de celui que l’on pourrait imaginer : mobiliser davantage l’épargne des Français pour financer l’adaptation au changement climatique.

Pour l’instant, rien n’est décidé. Mais si cette mesure était retenue, elle permettrait à certains épargnants de déposer 7 050 € supplémentaires sur leur Livret A.

Une proposition, pas encore une réforme

Au 4 septembre 2026, le plafond réglementaire du Livret A reste fixé à 22 950 € pour les particuliers.

La ministre de la Transition écologique propose de le porter à 30 000 €, mais le projet doit encore être examiné par le gouvernement.

Selon les informations révélées ce 4 septembre, la Caisse des Dépôts accueillerait favorablement cette piste, mais Matignon n’a pas encore rendu son arbitrage et Bercy ne l’a pas validée.

Il faut donc éviter d’annoncer aujourd’hui que le plafond va effectivement augmenter.

Pourquoi vouloir porter le plafond à 30 000 € ?

La raison principale n’est pas de soutenir directement le pouvoir d’achat des épargnants.

L’objectif serait de récupérer davantage de ressources pour financer l’adaptation de la France au changement climatique : rénovation de bâtiments publics, réseaux de froid et de chaleur, adaptation des hôpitaux, infrastructures ou encore travaux réalisés par les collectivités.

La ministre estime qu’un relèvement du plafond pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 10 milliards d’euros supplémentaires par an.

Le mécanisme existe déjà en partie.

La Caisse des Dépôts centralise actuellement 59,5 % des encours du Livret A et du LDDS. Ces ressources servent notamment à financer le logement social, les collectivités locales et des projets d’intérêt général à très long terme.

Le projet consisterait donc davantage à renforcer l’utilisation de cette épargne qu’à créer un nouveau produit.

Que gagnerait réellement un épargnant ?

Aujourd’hui, lorsqu’un Livret A atteint 22 950 €, il n’est plus possible d’effectuer de nouveaux versements.

Les intérêts peuvent toutefois continuer à faire dépasser ce plafond.

Avec un plafond porté à 30 000 €, un titulaire pourrait donc déposer 7 050 € supplémentaires.

Au taux actuel de 1,7 %, ces 7 050 € rapporteraient environ :

119,85 € d’intérêts sur une année complète, sans impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux.

Pour un couple disposant de deux Livrets A déjà plafonnés, la capacité supplémentaire atteindrait 14 100 €, soit environ 239,70 € d’intérêts annuels supplémentaires au taux actuel.

Mais attention : le taux du Livret A est révisable et peut donc évoluer ultérieurement.

Est-ce vraiment intéressant de mettre 30 000 € sur un Livret A ?

C’est là que la question devient beaucoup plus intéressante pour l’épargnant.

Le Livret A présente trois avantages considérables :

  • le capital est sécurisé ;
  • l’argent reste disponible à tout moment ;
  • les intérêts sont totalement exonérés de fiscalité.

Mais cela n’en fait pas nécessairement le meilleur placement pour conserver 30 000 € pendant dix ou vingt ans.

Depuis le 1er août 2026, son rendement n’est que de 1,7 %. À titre de comparaison, l’inflation française atteignait encore 2,1 % sur un an en juillet 2026.

Le Livret A reste donc particulièrement adapté à une épargne de précaution, mais un épargnant disposant déjà de plusieurs mois de dépenses disponibles peut avoir intérêt à envisager d’autres placements pour son épargne de long terme.

Assurance-vie, PEA, obligations ou autres supports peuvent offrir davantage de potentiel, mais avec des niveaux de risque et de disponibilité différents.

Une mesure qui profiterait surtout aux épargnants déjà aisés ?

C’est également l’une des limites du projet.

Un relèvement du plafond ne bénéficie directement qu’aux personnes qui ont déjà rempli ou presque rempli leur Livret A.

Pour un épargnant disposant de 3 000 €, 8 000 € ou 15 000 € sur son livret, passer le plafond de 22 950 € à 30 000 € ne change absolument rien.

La mesure permettrait donc surtout aux ménages disposant déjà d’une épargne liquide importante de conserver davantage d’argent sur un produit totalement défiscalisé.

Son intérêt principal pourrait finalement être davantage collectif que patrimonial : augmenter les ressources disponibles pour financer des investissements publics de long terme.

Le logement social pourrait-il y perdre ?

C’est un autre sujet à surveiller.

Le Livret A joue historiquement un rôle essentiel dans le financement du logement social.

La Caisse des Dépôts gérait fin 2025 plus de 406 milliards d’euros d’épargne réglementée centralisée, utilisée principalement pour financer des prêts de long terme au logement social et aux projets d’intérêt général.

Si une partie plus importante de cette collecte est fléchée vers l’adaptation climatique, il faudra donc vérifier que cela ne se fait pas au détriment des missions historiques du Fonds d’épargne.

Les modalités précises du projet seront donc déterminantes.

Ce qu’il faut retenir

Le plafond du Livret A n’est pas encore passé à 30 000 €.

Il reste fixé à 22 950 €, avec un taux de rémunération de 1,7 % depuis le 1er août 2026.

La ministre de la Transition écologique propose toutefois de relever ce plafond afin de mobiliser jusqu’à 10 milliards d’euros supplémentaires par an pour financer l’adaptation au changement climatique.

Pour un particulier dont le Livret A est déjà plein, cela représenterait 7 050 € de capacité de versement supplémentaire, soit environ 120 € d’intérêts annuels au taux actuel.

Mais pour l’épargnant, la vraie question reste la même : faut-il réellement conserver jusqu’à 30 000 € sur un placement liquide à 1,7 %, ou réserver le Livret A à son épargne de sécurité et investir le surplus à plus long terme ?