GoPro va-t-elle réussir l’une des reconversions les plus étonnantes de la tech américaine ?
Le fabricant de caméras d’action vient de signer un accord définitif de fusion avec Starman Optical, une société américaine spécialisée dans les technologies optiques et photoniques.
L’opération prévoit le versement de 285 millions de dollars en numéraire aux actionnaires de GoPro, soit environ 1,14 dollar par action, tandis que les actionnaires actuels conserveraient environ 10 % du capital de la société combinée.
GoPro restera cotée au Nasdaq et sa dette d’environ 92 millions de dollars doit être intégralement remboursée lors de la finalisation de l’opération. Celle-ci est attendue avant la fin de 2026, sous réserve notamment de l’accord des actionnaires et des autorisations réglementaires.
Derrière cette opération se cache surtout une question : GoPro peut-elle transformer son expertise historique dans l’image en actif stratégique pour l’intelligence artificielle, la défense et les infrastructures numériques ?
GoPro n’est plus l’entreprise à 4 milliards de dollars de 2014
La situation de GoPro s’est profondément détériorée depuis son introduction en Bourse.
En 2014, lors de ses premiers jours de cotation, la société avait atteint environ 4 milliards de dollars de valorisation.
Depuis, l’action a perdu près de 96 % de sa valeur.
Le problème principal est simple : le marché des caméras d’action n’a plus la même dynamique.
GoPro doit faire face à :
- la qualité croissante des smartphones ;
- la concurrence de DJI et Insta360 ;
- la baisse des volumes ;
- la hausse du prix de certains composants électroniques ;
- et une dépendance persistante aux achats discrétionnaires des consommateurs.
Les résultats 2026 montrent l’ampleur du problème.
Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires n’était plus que de 105 millions de dollars, en recul de 31 % sur un an.
Les ventes aux consommateurs représentaient environ 291 000 caméras, soit une chute de 38 %.
GoPro a enregistré une perte nette de 51 millions de dollars et un EBITDA ajusté négatif de 29 millions.
Des revenus très loin du milliard de dollars évoqué autrefois
Le texte initial présentait encore GoPro comme une société réalisant environ 1,1 milliard de dollars de chiffre d’affaires.
Ce n’est plus du tout le cas.
En 2025, GoPro n’a réalisé que 652 millions de dollars de chiffre d’affaires.
Et sur les six premiers mois de 2026, les revenus sont tombés à 204 millions de dollars, contre 287 millions un an auparavant, soit une baisse de près de 29 %.
La comparaison avec le sommet historique est spectaculaire : au seul quatrième trimestre 2014, GoPro avait généré environ 634 millions de dollars de chiffre d’affaires, soit presque autant qu’au cours de l’ensemble de l’année 2025.
La situation financière était devenue très préoccupante
L’opération avec Starman n’est donc pas simplement une acquisition opportuniste.
Elle répond à un véritable problème de survie financière.
Au 30 juin 2026, GoPro ne disposait plus que de 27,3 millions de dollars de trésorerie, contre près de 50 millions fin 2025.
Son passif dépassait désormais ses actifs nets, avec des capitaux propres négatifs d’environ 32,7 millions de dollars.
Plus grave encore, GoPro a officiellement indiqué dans ses comptes qu’il existait un doute substantiel sur sa capacité à poursuivre son activité pendant les douze mois suivants.
La société reconnaissait notamment qu’en l’absence de financement supplémentaire ou de transaction stratégique, elle pourrait être contrainte de réduire fortement ses activités, de les restructurer, voire de rechercher une protection judiciaire contre ses créanciers.
Le rapprochement avec Starman constitue donc clairement une opération de recapitalisation.
GoPro avait déjà commencé à chercher une issue
Le processus n’est pas sorti de nulle part.
Le 11 mai 2026, le conseil d’administration avait officiellement lancé une revue des « alternatives stratégiques », pouvant notamment inclure une vente de GoPro ou une fusion avec un autre groupe.
Dans le même temps, l’entreprise cherchait à réduire ses coûts.
Un plan annoncé au printemps prévoyait une diminution d’environ 23 % des effectifs mondiaux par rapport au niveau de mars 2026.
La direction avait également commencé à explorer de nouveaux débouchés dans les secteurs de la défense et de l’aérospatial.
C’est précisément sur ce terrain que Starman Optical apparaît aujourd’hui.
Qui est Starman Optical ?
Starman est beaucoup moins connue du grand public que GoPro.
La société américaine développe et fabrique notamment des transceivers optiques, des composants permettant de transmettre des données à très haut débit grâce à la lumière.
Ces équipements deviennent particulièrement stratégiques dans les data centers dédiés à l’intelligence artificielle, où les quantités de données échangées entre serveurs et processeurs explosent.
L’objectif du rapprochement est donc de combiner :
l’expertise de GoPro en caméras, optique et traitement d’image ;
avec
les technologies photoniques et la production américaine de Starman.
GoPro dispose par ailleurs de plus de 2 500 brevets américains liés notamment à l’optique et à l’imagerie.
C’est peut-être là que se situe aujourd’hui une partie importante de sa véritable valeur.
Du surf aux data centers IA ?
La stratégie peut sembler surprenante.
GoPro a construit sa réputation sur les skieurs, surfeurs, cyclistes et créateurs de vidéos.
Demain, une partie de son avenir pourrait se situer dans :
- les infrastructures d’intelligence artificielle ;
- les systèmes optiques ;
- la robotique ;
- l’aérospatial ;
- les applications gouvernementales ;
- et la défense.
Starman prévoit notamment d’intégrer ses transceivers optiques fabriqués aux États-Unis au portefeuille de GoPro afin d’attaquer le marché des infrastructures destinées aux data centers IA.
Le groupe combiné veut également exploiter les compétences de GoPro en vision et imagerie dans les marchés de la défense, de la robotique, du gouvernement et de l’aérospatial.
C’est donc beaucoup plus qu’une simple relance commerciale de la caméra HERO.
Les caméras GoPro vont-elles disparaître ?
Non, ce n’est pas le projet annoncé.
La société affirme qu’elle continuera à développer et commercialiser ses produits grand public ainsi que sa plateforme d’abonnement et de stockage cloud.
GoPro a même lancé en 2026 sa nouvelle gamme MISSION 1, destinée au haut de gamme de l’imagerie numérique.
Le modèle économique des abonnements montre d’ailleurs quelques signes encourageants.
Au deuxième trimestre :
- les revenus abonnements et services atteignaient 29 millions de dollars, en hausse de 11 % ;
- ils représentaient désormais environ 28 % du chiffre d’affaires ;
- le taux d’attachement d’un abonnement lors de l’achat atteignait un record de 69 %.
GoPro tente donc de devenir moins dépendante de la vente ponctuelle de matériel.
Même les vidéos des utilisateurs deviennent un actif IA
Autre évolution intéressante : GoPro commence à monétiser ses données.
Au deuxième trimestre 2026, la société a généré environ 2 millions de dollars grâce à un programme de licence de contenus destiné à l’intelligence artificielle.
Les millions d’heures de vidéos filmées avec des caméras GoPro peuvent potentiellement servir à entraîner certains modèles d’IA liés notamment à la vision et à la compréhension du monde physique.
C’est encore une activité modeste, mais elle illustre la volonté du groupe de valoriser différemment les actifs construits pendant plus de vingt ans.
Pourquoi les investisseurs ont-ils fait monter l’action de plus de 50 % ?
À l’annonce de l’accord avec Starman, l’action GoPro a bondi de plus de 50 %, jusqu’à environ 1,33 dollar.
Le plus étonnant est que ce niveau dépassait le prix en numéraire annoncé de 1,14 dollar par action.
Cette réaction peut s’expliquer notamment par le fait que les actionnaires ne recevront pas uniquement du cash : ils conserveront également environ 10 % du groupe combiné.
Mais le marché pourrait aussi anticiper :
- une éventuelle offre concurrente ;
- une amélioration des conditions de l’opération ;
- ou une valeur importante pour la participation conservée dans la nouvelle société.
Cela reste évidemment très spéculatif.
Quels sont les risques ?
Le premier risque est simple : la transaction n’est pas encore finalisée.
Elle doit notamment obtenir l’approbation des actionnaires de GoPro ainsi que les autorisations nécessaires.
Ensuite, le rapprochement ne résout pas automatiquement les problèmes industriels.
Passer des caméras grand public aux infrastructures IA et à la défense constitue un changement stratégique considérable.
Il faudra :
- intégrer les deux entreprises ;
- investir dans de nouveaux marchés ;
- reconstruire une rentabilité ;
- développer les capacités industrielles américaines ;
- et parvenir à transformer les brevets et technologies de GoPro en véritables revenus.
Les marchés visés sont attractifs, mais aussi extrêmement concurrentiels.
Une valeur devenue hautement spéculative
Pour un investisseur, GoPro n’est donc plus réellement une action classique de croissance technologique.
Le dossier ressemble désormais davantage à une situation spéciale de fusion-recapitalisation.
L’évolution du cours dépendra beaucoup :
- de la finalisation de la transaction ;
- des conditions définitives proposées aux actionnaires ;
- de la valeur future des 10 % conservés ;
- et de la capacité du nouveau groupe à réussir sa diversification.
La hausse spectaculaire du titre après l’annonce ne signifie donc absolument pas que le risque a disparu.
Ce qu’il faut retenir
L’histoire de GoPro prend en 2026 une tournure totalement différente.
La société n’est pas en train de multiplier les acquisitions pour financer sa croissance.
C’est GoPro elle-même qui a recherché une solution stratégique après plusieurs années de baisse des ventes et une dégradation inquiétante de sa situation financière.
L’accord avec Starman prévoit :
285 millions de dollars versés aux actionnaires ;
environ 92 millions de dollars de dette remboursés ;
10 % du capital du futur groupe conservé par les actionnaires actuels ;
et une diversification vers l’intelligence artificielle, l’optique, la défense, la robotique et l’aérospatial.
Le pari est ambitieux.
GoPro dispose encore d’une marque mondiale, d’une expertise en imagerie et de plus de 2 500 brevets américains.
Mais son cœur de métier historique s’est fortement contracté et la société reconnaissait encore cet été un doute sérieux sur sa capacité à poursuivre seule son activité.
Pour l’investisseur, GoPro n’est donc plus simplement « le fabricant de caméras qui peut rebondir ».
La vraie question est désormais beaucoup plus intéressante :
une ancienne star de l’électronique grand public peut-elle transformer son savoir-faire en optique et en imagerie pour devenir un acteur de l’IA et de la défense ?
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