Eutelsat est en pleine transformation. Longtemps dépendant de ses satellites géostationnaires et de la diffusion télévisuelle, le groupe français mise désormais largement sur OneWeb et sa constellation de satellites en orbite basse (LEO). Les derniers résultats publiés en août 2026 montrent que cette stratégie commence réellement à porter ses fruits : les revenus issus du LEO ont bondi de près de 70 % sur un an. Mais cette croissance rapide s’accompagne d’investissements considérables et d’une rentabilité encore inférieure à celle des activités historiques.
OneWeb devient un véritable moteur de croissance
Depuis son rapprochement avec OneWeb finalisé en 2023, Eutelsat est devenu un groupe « multi-orbite », associant ses satellites géostationnaires traditionnels à une constellation de plusieurs centaines de satellites en orbite basse.
Contrairement à ce que laissait entendre l’ancien positionnement d’Eutelsat, OneWeb n’est donc plus un concurrent : il constitue aujourd’hui le cœur de sa stratégie LEO.
Sur l’exercice clos le 30 juin 2026, Eutelsat a réalisé environ 1,24 milliard d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 3 % à périmètre et taux de change comparables. Surtout, les revenus provenant des services LEO ont augmenté de 69,5 % et représentent désormais environ un quart du chiffre d’affaires du groupe.
Cette progression confirme l’intérêt croissant pour les connexions satellitaires à faible latence, notamment dans les secteurs maritime, aérien, gouvernemental et militaire ainsi que dans les régions insuffisamment couvertes par les réseaux terrestres.
Eutelsat a par exemple signé en 2026 un accord avec CMA CGM et Marlink pour déployer la connectivité OneWeb sur la flotte du transporteur maritime. Le groupe a également renforcé plusieurs contrats dans le secteur maritime.
Une croissance attendue en 2026-2027, mais sans envolée annoncée
Les perspectives sont positives, mais il faut éviter de les exagérer.
Pour son exercice 2026-2027, Eutelsat prévoit seulement une légère croissance de son chiffre d’affaires opérationnel. La progression du LEO devrait compenser la baisse de certaines activités historiques, notamment la diffusion vidéo par satellite.
C’est une nuance importante pour l’investisseur.
Eutelsat n’est pas encore une entreprise de croissance comparable aux grands acteurs technologiques. Le groupe traverse plutôt une période de transition : une activité historique très rentable mais mature diminue progressivement, tandis qu’une nouvelle activité LEO en forte croissance prend le relais.
Le succès de la stratégie dépendra donc de la capacité de OneWeb à devenir suffisamment important pour compenser puis dépasser le recul des métiers traditionnels.
Le véritable point faible : la rentabilité
Les résultats 2025-2026 ont justement montré les limites actuelles de cette transformation.
L’EBITDA ajusté d’Eutelsat est ressorti à 632,4 millions d’euros, avec une marge de 51,2 %. Cette rentabilité s’est révélée inférieure aux attentes des analystes et l’action a reculé après la publication des résultats.
La raison est assez simple : les activités LEO génèrent actuellement des marges inférieures à celles des satellites géostationnaires historiques.
Autrement dit, OneWeb fait progresser le chiffre d’affaires mais pas encore la rentabilité dans les mêmes proportions.
Pour les investisseurs, c’est probablement l’indicateur le plus important à suivre au cours des prochaines années. Une croissance de 50 ou 70 % des revenus LEO serait moins intéressante si elle nécessitait en permanence des investissements considérables sans amélioration progressive des marges.
Plusieurs milliards nécessaires pour rester dans la course
Une constellation LEO doit être constamment entretenue et renouvelée. Les satellites évoluant en orbite basse ont notamment une durée de vie plus courte que les grands satellites géostationnaires.
Eutelsat a ainsi lancé un programme massif de renouvellement et d’extension de OneWeb.
En février 2026, le groupe a obtenu près de 1 milliard d’euros de financement, bénéficiant d’une garantie de l’État français, afin notamment de financer la commande de nouveaux satellites OneWeb auprès d’Airbus.
Le groupe estime devoir consacrer environ 2 milliards d’euros à l’achat et au lancement de plusieurs centaines de satellites d’ici 2030. Après sa recapitalisation et son refinancement, la direction affirme disposer des financements nécessaires jusqu’en 2031.
Ce soutien financier réduit une partie du risque à court terme, mais il montre également l’intensité capitalistique du modèle.
Eutelsat devient aussi un actif stratégique pour l’Europe
La valeur d’Eutelsat ne se résume plus à ses performances commerciales.
OneWeb est aujourd’hui la seule constellation LEO mondiale exploitée par un opérateur européen, ce qui lui confère une dimension stratégique face à la domination de Starlink.
Cette particularité devient particulièrement importante pour les communications gouvernementales et militaires.
En juin 2026, Eutelsat a notamment obtenu auprès du ministère français des Armées un contrat CENTAURE comprenant un engagement ferme initial de 138 millions d’euros sur quatre ans, avec un plafond pouvant atteindre 350 millions d’euros sur huit ans.
Eutelsat participe également au futur programme européen IRIS², destiné à renforcer la souveraineté européenne en matière de communications satellitaires sécurisées.
Cette dimension explique en partie l’implication croissante des États français et britannique au capital du groupe.
Face à Starlink, le rapport de force reste néanmoins très déséquilibré
Le potentiel est considérable, mais la concurrence l’est tout autant.
Starlink dispose de plusieurs milliers de satellites et bénéficie d’une avance technologique, commerciale et financière considérable. Amazon développe également sa propre constellation.
Eutelsat ne cherche donc pas nécessairement à battre Starlink sur le marché grand public mondial. Son positionnement pourrait davantage reposer sur les entreprises, les télécommunications, le maritime, les gouvernements et les usages souverains européens.
C’est probablement là que se situe sa meilleure opportunité.
Ce qu’il faut retenir
Eutelsat dispose désormais d’un véritable moteur de croissance avec OneWeb : les revenus LEO ont progressé de près de 70 % sur l’exercice 2025-2026. Mais le dossier reste loin d’être sans risque. La rentabilité du LEO est encore inférieure à celle des activités historiques et le renouvellement de la constellation nécessite plusieurs milliards d’euros. Pour l’investisseur, trois indicateurs seront donc essentiels : la croissance des revenus OneWeb, l’évolution des marges et la capacité d’Eutelsat à transformer son statut d’alternative européenne à Starlink en contrats commerciaux et gouvernementaux durables.
Recent Comments