Publié le 22 octobre 2026 à 17:30 — Mis à jour le 14 octobre 2026 à 09:21

Faut-il davantage mettre les retraités à contribution pour réduire le déficit public français ?

La question revient régulièrement dans le débat budgétaire. Suppression de l’abattement fiscal de 10 %, hausse de la CSG, sous-indexation des pensions : plusieurs pistes sont évoquées pour dégager plusieurs milliards d’euros d’économies ou de recettes supplémentaires.

Une étude publiée en septembre 2026 par l’Institut des politiques publiques (IPP) permet désormais de mesurer plus précisément les effets de ces différentes solutions.

Et ses conclusions montrent surtout qu’une mesure rapportant 5 milliards d’euros peut avoir des conséquences très différentes selon la manière dont elle est construite.

Trois grandes pistes pour faire contribuer davantage les retraités

L’IPP a étudié trois mécanismes principaux :

  • la suppression ou la modification de l’abattement de 10 % applicable aux pensions pour le calcul de l’impôt sur le revenu ;
  • une désindexation ou sous-indexation des pensions de retraite ;
  • un rapprochement des taux de CSG des retraités avec ceux appliqués aux revenus d’activité.

L’étude utilise le modèle de microsimulation TAXIPP et prend comme année de référence 2027. Elle intègre non seulement les effets directs sur les impôts et les pensions, mais également certaines conséquences indirectes sur les prestations sociales et les aides au logement.

Supprimer l’abattement de 10 % : environ 5,4 milliards d’euros

Les pensions de retraite bénéficient actuellement d’un abattement de 10 % pour le calcul de l’impôt sur le revenu, dans certaines limites.

Selon les simulations de l’IPP, supprimer totalement cet abattement rapporterait environ 5,4 milliards d’euros par an aux finances publiques.

C’est le rendement le plus élevé parmi les trois grandes options étudiées.

Mais l’effet ne se limiterait pas aux retraités les plus aisés.

L’IPP souligne qu’une modification de l’abattement fiscal peut également avoir des répercussions indirectes sur certaines prestations calculées à partir du revenu fiscal, notamment les aides au logement.

Ainsi, certains ménages relativement modestes pourraient être touchés même s’ils paient peu ou pas d’impôt sur le revenu aujourd’hui.

Désindexer totalement les retraites : environ 5,2 milliards d’euros

Deuxième option : ne pas revaloriser les pensions de retraite de base avec l’inflation.

Dans le scénario de référence étudié par l’IPP, les pensions seraient normalement revalorisées de 2,5 % au 1er janvier 2027, correspondant à l’hypothèse d’inflation retenue pour 2026.

Une absence totale de revalorisation générerait environ 5,2 milliards d’euros d’économies.

Mais contrairement à une hausse d’impôt ciblée, cette mesure toucherait quasiment tous les retraités concernés par les pensions de base.

Et son impact serait particulièrement important pour les ménages modestes, car une même perte de pouvoir d’achat représente proportionnellement une part plus importante de leurs ressources.

L’IPP qualifie ainsi la désindexation complète de mesure anti-redistributive, puisqu’elle pèse relativement davantage sur les retraités aux niveaux de vie les plus faibles.

Augmenter la CSG : environ 4,2 milliards d’euros

Troisième possibilité : rapprocher la CSG payée par certains retraités de celle appliquée aux actifs.

Aujourd’hui, les pensions peuvent supporter différents taux de CSG selon le revenu fiscal du foyer.

L’IPP a notamment étudié l’alignement des deux taux les plus élevés de CSG des retraités sur le taux applicable aux revenus d’activité.

Cette mesure rapporterait environ 4,2 milliards d’euros par an, soit un peu moins que les deux précédentes.

Son intérêt principal est ailleurs : la répartition de l’effort peut être davantage ciblée selon les revenus.

L’étude montre toutefois que si la hausse concerne également les retraités soumis au taux médian de CSG, elle touche beaucoup plus fortement les catégories intermédiaires.

Le paramétrage retenu change donc radicalement la population concernée.

Toutes les mesures à 5 milliards ne se valent pas

C’est probablement la conclusion la plus intéressante de l’étude.

Deux mesures peuvent rapporter quasiment la même somme à l’État tout en ayant des effets totalement différents sur les ménages.

Une sous-indexation des pensions agit directement sur le montant de retraite reçu.

Une hausse de CSG agit sur le revenu disponible après prélèvements.

Une modification de l’abattement de 10 % agit principalement par l’impôt sur le revenu, mais peut également modifier certaines prestations sociales.

L’IPP estime notamment qu’à rendement budgétaire identique, une hausse de CSG ou une baisse du plafond de l’abattement fiscal peut concentrer davantage l’effort sur les retraités disposant des niveaux de vie les plus élevés.

Supprimer l’abattement de 10 % n’est donc pas la seule solution

Le débat public a beaucoup porté sur cet abattement.

Mais l’étude montre qu’il existe plusieurs façons de le réformer sans nécessairement le supprimer pour tout le monde.

On pourrait notamment modifier son plafond ou concevoir un dispositif concentrant davantage l’effort sur les pensions les plus importantes.

Cela permettrait de préserver davantage les retraités modestes tout en générant une partie des économies recherchées.

Le même raisonnement vaut pour la CSG : le résultat dépend fortement des seuils et des taux retenus.

Une différence importante pour les finances du système de retraite

Toutes les mesures ne financent pas directement les retraites.

L’IPP souligne une distinction souvent oubliée.

La désindexation des pensions réduit directement les dépenses du système de retraite et améliore donc son équilibre financier.

À l’inverse, supprimer l’abattement de 10 % ou augmenter la CSG génère des recettes publiques supplémentaires, mais ces sommes n’améliorent les comptes du système de retraite que si elles lui sont ensuite affectées.

Dire qu’une mesure « permet d’économiser 5 milliards sur les retraites » peut donc être trompeur selon le dispositif retenu.

Les simulations ont aussi des limites

L’IPP précise que son étude repose sur une microsimulation statique.

Elle mesure les conséquences immédiates des réformes mais ne cherche pas à prédire toutes les réactions futures des ménages.

Elle ne prend notamment pas en compte d’éventuels changements de comportement en matière d’épargne, d’activité professionnelle ou d’âge de départ à la retraite, ni les effets macroéconomiques à plus long terme.

Les montants de 4,2, 5,2 ou 5,4 milliards doivent donc être interprétés comme des estimations budgétaires, et non comme des recettes garanties à l’euro près.

Ce qu’il faut retenir

La récente étude de l’IPP ne montre pas que taxer davantage les retraités serait financièrement inefficace.

Au contraire, elle estime que plusieurs mesures pourraient générer entre 4 et plus de 5 milliards d’euros par an.

La suppression totale de l’abattement de 10 % rapporterait environ 5,4 milliards d’euros, une désindexation complète des retraites de base environ 5,2 milliards, et l’alignement de certains taux de CSG environ 4,2 milliards.

Mais le véritable enjeu est ailleurs : qui paierait réellement ?

Une mesure généralisée sur les pensions peut toucher fortement les retraités modestes, tandis qu’un ajustement de la CSG ou du plafond de l’abattement peut davantage concentrer l’effort sur les niveaux de vie supérieurs.

Le débat sur la contribution des retraités aux finances publiques ne porte donc pas seulement sur le montant à récupérer.

Il porte surtout sur la manière de répartir cet effort entre les 17 millions de retraités français.