Un appartement classé B ou C au diagnostic de performance énergétique peut devenir étouffant pendant l’été. Face à la multiplication des épisodes de chaleur, les pouvoirs publics cherchent à faciliter l’installation de volets, stores et protections solaires dans les copropriétés. Une évolution attendue par de nombreux propriétaires, mais dont les modalités restent en discussion. Car derrière une question apparemment simple — peut-on installer des volets à ses fenêtres ? — se cachent des enjeux de réglementation, de confort et de valorisation immobilière.
Un logement bien classé au DPE peut devenir une véritable fournaise
C’est l’un des paradoxes du marché immobilier français.
Un logement peut afficher une excellente performance énergétique, disposer d’une isolation récente et bénéficier d’un système de chauffage performant, tout en devenant particulièrement inconfortable lorsque les températures extérieures augmentent.
La raison tient notamment à la manière dont les bâtiments ont longtemps été pensés et rénovés.
Pendant des années, les politiques d’amélioration énergétique ont principalement cherché à réduire les consommations de chauffage et les déperditions thermiques en hiver.
Mais un logement capable de conserver la chaleur pendant les mois froids n’est pas nécessairement conçu pour l’empêcher de pénétrer durant l’été.
De grandes surfaces vitrées exposées au soleil, une ventilation insuffisante, l’absence de volets ou un appartement situé immédiatement sous une toiture peuvent favoriser une accumulation importante de chaleur.
Dans certains logements, les températures intérieures peuvent dépasser 30 °C, y compris lorsque la température extérieure commence à diminuer en soirée.
C’est ce phénomène que l’on désigne aujourd’hui par l’expression « logement bouilloire ».
Et contrairement à une idée répandue, il ne concerne pas uniquement les anciennes passoires thermiques classées F ou G.
Plus de 80 % des DPE étudiés n’affichent pas un bon confort d’été
Une étude publiée en août 2026 apporte un éclairage intéressant sur l’ampleur du phénomène.
Le baromètre du confort d’été 2026, construit à partir de plus de 11 millions de diagnostics de performance énergétique issus des données de l’ADEME, présente les résultats suivants pour les diagnostics disposant de cet indicateur :
- 40,2 % affichent un confort d’été insuffisant.
- 43,2 % présentent un confort d’été moyen.
- Seulement 16,6 % bénéficient d’un confort d’été jugé bon.
Ces résultats doivent être interprétés avec précaution : ils concernent les logements diagnostiqués dans la base étudiée et ne constituent pas une photographie représentative de l’ensemble du parc immobilier français.
Ils mettent néanmoins en évidence un problème majeur : la performance énergétique ne suffit pas à garantir un logement agréable durant les fortes chaleurs.
Cette distinction devient essentielle pour les acheteurs comme pour les investisseurs immobiliers.
Un appartement classé B, mais dépourvu de protections solaires et situé au dernier étage d’un immeuble, peut présenter des conditions estivales moins favorables qu’un logement moins bien classé, mais bénéficiant de murs épais, d’une bonne inertie et de fenêtres efficacement protégées.
Le classement énergétique demeure donc un indicateur important, mais il ne doit plus être considéré comme l’unique référence pour apprécier le confort d’un logement.
Le DPE prend-il réellement en compte le confort d’été ?
Oui, mais pas de la même manière que la consommation d’énergie.
Depuis la réforme du DPE entrée en vigueur le 1er juillet 2021, le diagnostic comporte un indicateur spécifique de confort d’été.
Celui-ci classe les logements selon trois niveaux : bon, moyen ou insuffisant.
L’évaluation repose notamment sur la présence de protections solaires, l’isolation de la toiture, l’inertie thermique du bâtiment, son caractère traversant et l’installation éventuelle de brasseurs d’air fixes.
En revanche, cet indicateur n’intègre pas directement la climatisation comme solution de confort passif.
Il ne constitue pas non plus une mesure des températures réellement enregistrées dans le logement pendant une canicule.
Il faut donc distinguer deux notions :
La classe énergétique du DPE, de A à G, qui renseigne sur la consommation conventionnelle d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre.
L’indicateur de confort d’été, qui apprécie certains éléments permettant de limiter naturellement la surchauffe du bâtiment.
L’installation de volets peut contribuer à améliorer le second indicateur sans entraîner automatiquement une amélioration de la classe énergétique principale.
Pour les futurs acquéreurs, cette distinction mérite désormais une attention particulière lors de la lecture d’un diagnostic.
Pourquoi les volets sont-ils devenus un enjeu majeur ?
La réponse repose sur un principe physique relativement simple.
Lorsqu’un rayon solaire traverse une fenêtre, il réchauffe les surfaces intérieures : sols, murs, meubles et équipements.
Une partie de cette chaleur reste ensuite piégée dans le logement.
C’est notamment ce qui explique qu’une pièce très vitrée puisse devenir extrêmement chaude lorsqu’elle est exposée au soleil.
Pour limiter ce phénomène, la solution la plus efficace consiste généralement à empêcher le rayonnement solaire de traverser le vitrage.
D’où l’intérêt des protections installées à l’extérieur : volets battants, volets roulants, stores extérieurs ou brise-soleil orientables.
France Rénov’ recommande précisément de privilégier ces protections extérieures afin de créer de l’ombrage et de limiter les apports solaires.
Selon les caractéristiques du logement, son exposition et le type d’équipement installé, les gains de température peuvent atteindre plusieurs degrés.
Certaines estimations évoquent des diminutions de l’ordre de 3 à 5 °C, mais il ne s’agit pas d’un résultat garanti pour tous les bâtiments.
L’efficacité dépend notamment de l’orientation des fenêtres, de la qualité de la ventilation et de la capacité du logement à évacuer la chaleur accumulée.
Ces équipements permettent également de limiter le recours à la climatisation et les consommations électriques qui l’accompagnent.
Dans de nombreux logements, empêcher la chaleur d’entrer constitue une stratégie plus sobre que de chercher à l’évacuer avec un climatiseur.
Installer des volets en copropriété : pourquoi est-ce si compliqué ?
Pour un propriétaire de maison individuelle, l’installation de volets relève principalement des règles d’urbanisme et, le cas échéant, de protection du patrimoine.
En copropriété, la situation est plus complexe.
La façade d’un immeuble participe à son aspect architectural et relève souvent des parties communes.
Un copropriétaire ne peut donc pas nécessairement décider seul d’y installer des volets, même lorsqu’il finance intégralement les travaux.
En application de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, les travaux réalisés à titre individuel qui affectent les parties communes ou l’aspect extérieur de l’immeuble doivent en principe recevoir une autorisation préalable de l’assemblée générale.
Cette autorisation est soumise à la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires, avec un mécanisme de second vote possible dans certaines conditions.
Dans les faits, cette procédure peut devenir un obstacle.
Un propriétaire qui souhaite équiper ses fenêtres au printemps peut devoir attendre la prochaine assemblée générale, parfois organisée plusieurs mois plus tard.
Il doit préparer un dossier, présenter les caractéristiques des équipements et obtenir le vote nécessaire.
À ces contraintes peuvent s’ajouter celles du règlement de copropriété, qui impose parfois des couleurs, des matériaux ou des modèles identiques sur une façade.
Enfin, les travaux modifiant l’aspect extérieur du bâtiment nécessitent en principe une déclaration préalable en mairie.
Dans les secteurs protégés, l’intervention des autorités compétentes en matière de patrimoine peut entraîner des exigences supplémentaires.
Résultat : une installation relativement simple sur le plan technique peut devenir longue à concrétiser.
Ce que pourrait changer la réforme discutée en 2026
C’est précisément ce problème que plusieurs initiatives parlementaires cherchent à résoudre.
En 2025, une proposition de loi transpartisane baptisée « Zéro logement bouilloire » avait notamment envisagé de faciliter l’installation des protections solaires extérieures.
Parmi les pistes étudiées figurait la possibilité pour les copropriétés de définir à l’avance les modèles de protections autorisés, afin d’éviter de nouvelles discussions en assemblée générale pour chaque installation conforme.
Le débat a progressé en 2026 avec le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement.
Le 22 septembre 2026, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a adopté un amendement de sa rapporteure, Annaïg Le Meur, visant notamment à mieux intégrer les travaux de confort thermique dans les mécanismes de la copropriété.
Le texte prévoit de faciliter les opérations collectives d’installation de protections solaires extérieures, y compris lorsqu’elles concernent certaines parties privatives.
Il introduit également une meilleure prise en compte du confort thermique dans plusieurs dispositions relatives au bâtiment et à la protection du patrimoine.
Mais une précision juridique est indispensable.
À ce stade, ces dispositions ne signifient pas qu’un copropriétaire peut installer librement des volets extérieurs sans autorisation de l’assemblée générale.
Le texte adopté en commission n’est pas une loi définitivement entrée en vigueur et les procédures actuellement applicables doivent être respectées.
L’assouplissement recherché concerne notamment la possibilité de faciliter les travaux collectifs et leurs modalités de décision, plutôt que de supprimer toute règle de copropriété.
Les évolutions définitives dépendront de la suite de l’examen parlementaire.
Une réforme qui pourrait aussi changer la gestion des copropriétés
Au-delà de l’installation individuelle de volets, le confort d’été pourrait progressivement devenir un sujet central dans la politique de travaux des immeubles collectifs.
Jusqu’à présent, les assemblées générales ont essentiellement concentré leurs décisions de rénovation énergétique sur l’isolation, les systèmes de chauffage ou le remplacement des fenêtres.
Demain, les protections solaires pourraient être davantage intégrées aux programmes de rénovation.
L’objectif serait de raisonner à l’échelle du bâtiment plutôt que de multiplier les installations individuelles.
Une copropriété pourrait, par exemple, étudier un équipement harmonisé des façades les plus exposées, avec un choix commun de matériaux, de couleurs et de caractéristiques techniques.
Cette approche présente plusieurs avantages.
Elle permet de préserver l’unité architecturale du bâtiment, de négocier les travaux dans un cadre collectif et de mieux coordonner les équipements avec d’autres opérations de rénovation.
Il faudra néanmoins déterminer précisément les modalités de financement et la répartition des coûts entre copropriétaires.
Un propriétaire dont les fenêtres sont orientées au nord ne bénéficie pas nécessairement des mêmes améliorations qu’un voisin dont le séjour est exposé plein ouest.
Cette différence pourrait alimenter des discussions lorsqu’un projet doit être financé collectivement.
La réussite de ces opérations dépendra donc autant de leur efficacité thermique que de la transparence de leur financement.
Combien coûte l’installation de volets ?
Pour un propriétaire, l’intérêt d’un équipement doit également être apprécié en fonction de son coût.
Le budget peut varier fortement selon le nombre de fenêtres, leurs dimensions, le type de protection choisi et les contraintes de pose.
Un volet roulant manuel ne représente pas le même investissement qu’un modèle électrique, connecté ou équipé d’une alimentation solaire.
Les interventions sur une façade difficile d’accès peuvent également augmenter le coût des travaux, notamment lorsqu’un échafaudage ou une nacelle est nécessaire.
En copropriété, il faut tenir compte des éventuelles exigences d’harmonisation.
Un modèle moins coûteux peut être incompatible avec le règlement de copropriété ou les caractéristiques architecturales de l’immeuble.
Avant de prendre une décision, il est donc préférable d’obtenir plusieurs devis détaillés et de vérifier les éventuelles aides disponibles, dont l’éligibilité varie selon les travaux et les dispositifs.
Mais il serait réducteur de raisonner uniquement sur le retour financier immédiat.
Une protection solaire peut améliorer le confort quotidien des occupants, limiter certains besoins de refroidissement et contribuer à préserver l’attractivité du logement.
Ces avantages ne sont pas toujours directement mesurables sur une facture d’électricité.
Quel impact sur la valeur d’un appartement ?
Pour les propriétaires qui envisagent une vente, la question est particulièrement intéressante.
Aujourd’hui, la valeur d’un logement repose sur plusieurs critères : emplacement, surface, état général, étage, luminosité, performance énergétique et qualité des prestations.
Le confort estival pourrait prendre davantage d’importance dans les années à venir.
Un appartement situé au dernier étage, exposé plein sud ou à l’ouest et dépourvu de protections solaires peut susciter des interrogations chez les acheteurs.
Certains anticiperont l’installation d’une climatisation, le coût d’éventuels travaux ou simplement les difficultés de confort pendant l’été.
À l’inverse, un logement disposant de volets efficaces, d’une ventilation adaptée et d’une bonne gestion des apports solaires peut bénéficier d’un argument supplémentaire lors de sa commercialisation.
Il faut cependant rester prudent.
Installer des volets pour quelques milliers d’euros ne garantit pas une augmentation équivalente du prix de vente.
L’intérêt patrimonial réside surtout dans l’amélioration de la qualité du logement, la réduction de certains défauts et le renforcement de son attractivité auprès des acquéreurs.
Dans les marchés immobiliers concurrentiels, ces éléments peuvent contribuer à différencier deux appartements présentant des caractéristiques similaires.
Propriétaires bailleurs : faut-il anticiper les futurs critères de confort ?
Pour les investisseurs locatifs, le sujet mérite une attention particulière.
Un logement peut actuellement respecter les exigences de décence énergétique tout en présentant un confort médiocre lors des périodes de canicule.
Les obligations réglementaires relatives à la décence du logement ne doivent donc pas être confondues avec l’indicateur de confort d’été du DPE.
À ce jour, une mauvaise appréciation de cet indicateur ne rend pas automatiquement un logement interdit à la location.
Toutefois, plusieurs propositions parlementaires cherchent à renforcer la prise en compte de la surchauffe dans les politiques du logement.
Si les obligations des bailleurs évoluent à l’avenir, certains propriétaires pourraient devoir engager des travaux complémentaires.
Sans attendre une éventuelle nouvelle réglementation, un investisseur peut donc avoir intérêt à identifier les logements les plus exposés.
Les appartements sous les toits, les logements mono-orientés et les biens disposant de grandes baies vitrées sans occultation méritent une attention particulière.
La mise en place de protections solaires peut constituer une amélioration pertinente lors d’une rénovation ou entre deux locations.
Elle peut notamment contribuer à la satisfaction des occupants et limiter certains désagréments liés aux fortes chaleurs.
Pour autant, tous les logements ne nécessitent pas les mêmes travaux. Une évaluation technique reste préférable à une installation systématique d’équipements.
Climatisation ou volets : quelle solution privilégier ?
La question se pose fréquemment lorsqu’un logement devient difficile à vivre en été.
La climatisation présente un avantage immédiat : elle permet d’abaisser activement la température intérieure, sous réserve d’un dimensionnement et d’un usage adaptés.
Mais elle entraîne également des dépenses d’installation, d’électricité et d’entretien.
Dans certains immeubles, l’installation d’une unité extérieure peut se heurter à des contraintes de copropriété ou d’urbanisme.
Les protections solaires reposent sur une logique différente : réduire les apports de chaleur avant qu’ils ne pénètrent dans le logement.
Elles ne nécessitent généralement aucune consommation électrique importante, à l’exception des mécanismes motorisés.
Cependant, les volets ne suffisent pas toujours à maintenir une température confortable pendant une période de chaleur prolongée.
Un logement mal ventilé, situé sous une toiture peu performante ou subissant un important îlot de chaleur urbain peut nécessiter d’autres améliorations.
La stratégie la plus cohérente consiste donc à examiner plusieurs leviers : protections solaires, isolation de la toiture, ventilation nocturne lorsque les conditions le permettent, brasseurs d’air et, si nécessaire, refroidissement actif.
L’efficacité repose sur la complémentarité des solutions plutôt que sur un équipement unique.
Notre analyse : le confort d’été pourrait devenir un nouveau critère du marché immobilier
La performance énergétique a profondément transformé le marché immobilier français.
Depuis plusieurs années, les acheteurs, investisseurs et propriétaires accordent une attention croissante aux étiquettes du DPE.
Cette évolution a contribué à faire de la qualité thermique un critère important dans les décisions immobilières.
Mais le raisonnement ne peut plus se limiter à la consommation de chauffage pendant l’hiver.
La multiplication des épisodes de fortes chaleurs invite désormais à prendre en considération la capacité d’un bâtiment à maintenir des conditions de vie acceptables pendant l’été.
Il ne s’agit pas simplement d’une question de confort.
Pour certains ménages, notamment les personnes âgées ou fragiles, une chaleur excessive dans le logement peut représenter un véritable risque sanitaire.
La simplification des règles applicables aux protections solaires répond donc à un besoin concret.
Encore faut-il préserver un équilibre entre la liberté des propriétaires d’améliorer leur logement, les règles de gestion collective des immeubles et les exigences de protection du patrimoine architectural.
Pour les propriétaires immobiliers, l’enjeu consiste à anticiper les besoins de demain sans engager de dépenses disproportionnées.
Un bon DPE restera un atout, mais il pourrait ne plus suffire à convaincre certains acquéreurs ou locataires particulièrement attentifs au confort d’été.
Le logement performant de demain ne sera pas seulement celui qui consomme peu d’énergie en hiver. Ce sera aussi celui qui reste agréable à vivre en été, sans dépendre systématiquement d’une climatisation énergivore.
Cette évolution pourrait modifier progressivement les stratégies de rénovation et les critères de valorisation du patrimoine immobilier.
Et dans cette transformation, un équipement aussi classique qu’un volet pourrait retrouver une place centrale.
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