Publié le 20 octobre 2026 à 07:30 — Mis à jour le 11 octobre 2026 à 20:28

Le gouvernement veut réduire de 200 millions d’euros les dépenses de l’Assurance maladie consacrées aux cures thermales dès 2027. Présentée comme un transfert vers les complémentaires santé, cette mesure pourrait avoir des conséquences directes sur les cotisations des mutuelles et le reste à charge des patients. Derrière cette décision budgétaire se pose une question essentielle : l’État réalise-t-il une véritable économie ou déplace-t-il simplement la facture vers les assurés ?

Une économie de 200 millions d’euros annoncée pour 2027

C’est une annonce qui suscite de nombreuses inquiétudes dans le secteur du thermalisme français.

Le 8 octobre 2026, devant le conseil d’administration de la Caisse nationale de l’Assurance maladie, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a confirmé la volonté du gouvernement de transférer 200 millions d’euros de dépenses liées aux cures thermales vers les complémentaires santé.

Cette mesure s’inscrit dans un plan plus large prévoyant 700 millions d’euros de transferts de charges de l’Assurance maladie vers les organismes complémentaires en 2027.

Sur cette enveloppe, 500 millions d’euros concerneraient les dépenses hospitalières et 200 millions d’euros les cures thermales.

L’objectif est clairement budgétaire : limiter la progression des dépenses de la Sécurité sociale, dont l’équilibre financier reste particulièrement difficile à rétablir.

Mais une distinction mérite d’être soulignée.

Réduire les dépenses de l’Assurance maladie ne signifie pas nécessairement réduire le coût global des soins pour les Français.

Si une prestation médicale n’est plus remboursée par la Sécurité sociale, elle doit être financée autrement : par une mutuelle, une assurance complémentaire ou directement par le patient.

C’est précisément ce mécanisme qui soulève aujourd’hui des interrogations.

Autre point important : au 11 octobre 2026, aucun nouveau taux de remboursement des cures thermales n’a encore été définitivement fixé pour 2027.

Comment les cures thermales sont-elles remboursées aujourd’hui ?

Contrairement aux séjours de bien-être proposés dans les spas, une cure thermale conventionnée constitue une prise en charge médicale prescrite par un professionnel de santé.

Elle concerne notamment certaines affections rhumatologiques, respiratoires, dermatologiques ou neurologiques.

Pour bénéficier du remboursement de l’Assurance maladie, le patient doit généralement suivre 18 jours de traitements effectifs dans un établissement thermal agréé et conventionné.

Le remboursement repose actuellement sur plusieurs dispositifs :

  • 65 % du tarif conventionnel pour le forfait thermal.
  • 70 % du tarif conventionnel pour les frais de surveillance médicale.
  • 100 % de la base de remboursement, dans certaines situations particulières, notamment lorsque la cure est directement liée à une affection de longue durée exonérante.

La complémentaire santé peut prendre en charge une partie des dépenses non remboursées, selon les garanties du contrat.

Mais le coût d’une cure ne se limite pas aux soins.

Les patients doivent également financer leur hébergement, leurs déplacements et leurs dépenses quotidiennes. Une aide de l’Assurance maladie peut exister pour le transport et l’hébergement, sous conditions de ressources.

Pour de nombreux curistes, le coût total du séjour représente donc déjà un effort financier important.

Une diminution du remboursement médical viendrait potentiellement s’ajouter à ces dépenses.

Une baisse du remboursement de 65 % à 15 % ?

Cette hypothèse n’est pas nouvelle.

Lors de la préparation du budget de la Sécurité sociale pour 2026, le gouvernement avait déjà envisagé de ramener le remboursement du forfait thermal de 65 % à 15 %.

Il était également question de remettre en cause la prise en charge intégrale dont bénéficient certains patients atteints d’affections de longue durée.

Face aux oppositions parlementaires et aux inquiétudes du secteur, ces orientations n’avaient finalement pas été mises en œuvre.

Le projet présenté en octobre 2026 poursuit un objectif d’économies identique, à hauteur de 200 millions d’euros.

En revanche, rien ne permet encore d’affirmer que le taux de 15 % sera celui retenu pour 2027.

Pour mesurer les conséquences financières possibles, il est néanmoins intéressant de reprendre cette hypothèse.

Exemple : combien pourrait coûter une cure après la réforme ?

Imaginons un forfait thermal dont le tarif conventionnel s’élève à 600 €.

Avec le remboursement actuel de 65 %, l’Assurance maladie prend en charge 390 €, laissant 210 € à financer par la complémentaire santé ou par le curiste.

Si le taux devait tomber à 15 %, le remboursement de l’Assurance maladie ne serait plus que de 90 €.

Le montant restant à financer atteindrait alors 510 €.

La différence représenterait 300 € supplémentaires pour une seule cure.

Il s’agit d’une simulation pédagogique fondée sur un taux envisagé en 2025, et non d’une augmentation déjà décidée pour 2027.

Ce montant supplémentaire pourrait être pris en charge totalement, partiellement ou pas du tout par la complémentaire santé, selon les futures règles et les garanties du contrat.

C’est pourquoi le transfert annoncé par le gouvernement ne garantit pas que les mutuelles rembourseront automatiquement l’intégralité des sommes abandonnées par l’Assurance maladie.

Les mutuelles pourront-elles absorber 200 millions d’euros de dépenses supplémentaires ?

C’est la principale question financière de cette réforme.

Les complémentaires santé ne disposent pas de ressources illimitées. Elles financent leurs prestations grâce aux cotisations versées par les particuliers, les salariés et les entreprises, selon les contrats concernés.

Lorsqu’une nouvelle dépense leur est transférée, plusieurs ajustements deviennent possibles.

Les assureurs peuvent décider de prendre en charge davantage de frais thermaux, mais cette évolution représente un coût qu’ils devront intégrer à leur équilibre technique.

À terme, celui-ci peut se répercuter sur les tarifs des contrats.

Les organismes complémentaires pourraient également modifier leurs garanties, introduire des plafonds de remboursement ou proposer des niveaux de couverture spécifiques pour les cures thermales.

Il n’existe toutefois aucune automaticité entre les 200 millions d’euros annoncés et une augmentation uniforme des cotisations de tous les assurés.

Le coût dépendra des futures obligations réglementaires, du contenu des contrats et des négociations tarifaires.

Pourquoi cette réforme pourrait concerner même ceux qui ne font jamais de cure

Le fonctionnement de l’assurance repose sur la mutualisation des risques.

Les cotisations versées par l’ensemble des adhérents servent à financer les dépenses de santé de ceux qui en ont besoin.

Si les complémentaires décident d’intégrer plus largement les cures thermales dans leurs garanties, les dépenses supplémentaires peuvent donc être réparties entre de nombreux assurés.

Une personne qui ne réalise jamais de cure pourrait, indirectement, participer à leur financement par l’intermédiaire de ses cotisations.

À l’inverse, si certaines complémentaires choisissent de limiter leur couverture, les patients concernés pourraient supporter une part beaucoup plus importante des dépenses.

Le choix du gouvernement pourrait donc déplacer une partie du financement collectif de la Sécurité sociale vers les cotisations privées et les dépenses directes des ménages.

Les retraités pourraient-ils être particulièrement concernés ?

Les cures thermales accueillent notamment des personnes souffrant de pathologies chroniques, parmi lesquelles de nombreux seniors.

Pour ces patients, une cure peut s’inscrire dans un suivi médical régulier visant à soulager certains symptômes, améliorer la mobilité ou accompagner la prise en charge de douleurs persistantes.

Une réduction de remboursement pourrait se révéler particulièrement pénalisante pour les personnes disposant de revenus modestes.

Les retraités constituent une population à surveiller dans cette réforme, notamment lorsqu’ils financent eux-mêmes leur complémentaire santé.

Une hausse des cotisations, même relativement limitée, peut représenter une charge supplémentaire durable pour un ménage vivant avec une pension fixe.

Et si la garantie thermale devient moins protectrice, les intéressés pourraient devoir choisir entre renoncer à leur cure, réduire d’autres dépenses ou rechercher une couverture plus coûteuse.

Il faut cependant éviter de conclure que tous les retraités seront pénalisés : les conséquences dépendront des contrats, des situations individuelles et des mesures finalement retenues.

Le thermalisme français : un enjeu économique qui dépasse la santé

Les conséquences potentielles de cette réforme ne se limitent pas aux patients et aux assureurs.

Le thermalisme constitue également une activité économique importante pour plusieurs territoires français.

Le secteur accueille environ 500 000 curistes par an et fait vivre un écosystème composé d’établissements de soins, d’hôtels, de résidences meublées, de restaurants et de commerces.

Les représentants du thermalisme mettent en avant environ 25 000 emplois directs et indirects et plusieurs milliards d’euros de retombées économiques annuelles.

Ces estimations sectorielles méritent d’être distinguées des dépenses directement remboursées par l’Assurance maladie. Elles illustrent néanmoins l’importance de cette activité dans certaines économies locales.

Vichy, Royat, Le Mont-Dore : des territoires directement exposés

En Auvergne, les villes thermales occupent une place particulière dans le patrimoine économique et touristique régional.

Vichy, Royat ou encore Le Mont-Dore bénéficient d’une activité historiquement liée aux soins thermaux.

La venue des curistes soutient une demande saisonnière pour les hébergements, les commerces et les services.

Une diminution de la fréquentation pourrait donc se répercuter sur plusieurs secteurs économiques.

Les propriétaires de logements loués aux curistes pourraient notamment être concernés par un ralentissement de la demande locative saisonnière.

Pour les investisseurs immobiliers présents dans ces territoires, la fréquentation future des établissements thermaux constitue ainsi une variable économique à surveiller.

Le danger serait qu’une économie recherchée sur les remboursements entraîne parallèlement une réduction de l’activité dans des communes qui dépendent fortement du thermalisme.

Cela ne signifie pas que les pertes économiques locales seraient automatiquement supérieures aux économies de l’Assurance maladie. Pour le déterminer, une évaluation précise serait nécessaire.

Les cures thermales sont-elles réellement efficaces ?

C’est probablement le débat de fond derrière cette décision.

Les défenseurs du thermalisme mettent en avant le soulagement des douleurs chroniques, les améliorations fonctionnelles constatées chez certains patients et la possibilité de compléter des traitements conventionnels par une approche non médicamenteuse.

Certains avancent également l’hypothèse selon laquelle les cures pourraient contribuer à réduire la consommation de médicaments ou certaines dépenses de soins.

Mais ces bénéfices doivent être examinés avec rigueur.

Toutes les indications médicales ne présentent pas nécessairement le même niveau de preuve, et les résultats observés chez certains patients ne suffisent pas à démontrer une économie globale pour le système de santé.

La Cour des comptes a déjà soulevé des interrogations sur la justification du remboursement des soins thermaux au regard des preuves scientifiques disponibles.

La Haute Autorité de santé a été saisie afin de conduire une évaluation plus complète du service médical rendu et de l’intérêt de santé publique des cures thermales.

Selon le calendrier présenté au Sénat en mai 2026, ses conclusions les plus complètes sont attendues d’ici la fin de l’année 2027.

Cette évaluation constitue un élément important du débat.

Avant de décider du financement d’un soin, il convient d’en mesurer à la fois l’efficacité médicale, le coût et les éventuels bénéfices pour le système de santé.

La question mérite une analyse scientifique indépendante, et pas uniquement un arbitrage budgétaire.

Faut-il modifier son contrat de mutuelle dès maintenant ?

Pour les assurés qui effectuent régulièrement des cures thermales, cette réforme appelle une certaine vigilance.

Mais il serait prématuré de changer de complémentaire santé uniquement sur la base de l’annonce gouvernementale.

Aucune modification générale des garanties n’est encore entrée en vigueur au titre de ce projet pour 2027.

En revanche, il peut être utile d’examiner dès maintenant les conditions de remboursement prévues dans son contrat.

Plusieurs éléments méritent une attention particulière :

  • Le remboursement du ticket modérateur sur les soins thermaux.
  • L’existence d’un forfait annuel spécifique aux cures.
  • Les plafonds éventuels de prise en charge.
  • Les garanties concernant les frais de transport et d’hébergement.
  • Les exclusions, restrictions et conditions de renouvellement des garanties.

Un contrat proposant un forfait thermal de 150 € ne présente évidemment pas les mêmes avantages qu’une couverture prenant en charge l’intégralité d’un reste à charge sur la base conventionnelle.

Il faut également comparer le coût global de la complémentaire.

Payer 250 € de cotisations supplémentaires chaque année pour obtenir 150 € de remboursement additionnel lors d’une cure annuelle ne serait pas nécessairement une opération financière intéressante.

Le bon raisonnement consiste à analyser l’ensemble des remboursements attendus : hospitalisation, soins courants, dentaire, optique, audiologie et thermalisme.

Le gouvernement réalisera-t-il une véritable économie ?

Sur le plan strictement comptable, une réduction de 200 millions d’euros des remboursements permettrait de diminuer les dépenses supportées par l’Assurance maladie.

Mais à l’échelle de l’ensemble du système de santé, l’analyse est plus complexe.

Si les complémentaires reprennent effectivement la totalité de la dépense, le coût reste présent, simplement financé par d’autres organismes.

Si elles ne le font que partiellement, les ménages pourraient supporter un reste à charge plus important.

Enfin, si une diminution des remboursements provoque une baisse importante de la fréquentation des établissements thermaux, les conséquences économiques et sanitaires devront également être étudiées.

Il existe donc trois questions distinctes :

Combien la Sécurité sociale économisera-t-elle réellement ? Combien les complémentaires devront-elles dépenser ? Et combien les patients devront-ils finalement payer ?

À ce stade, le gouvernement a chiffré son objectif d’économies, mais la répartition finale de la charge entre assureurs et ménages reste incertaine.

Notre analyse : une économie pour la Sécurité sociale n’est pas forcément une économie pour les Français

Le transfert envisagé du financement des cures thermales illustre une transformation plus générale du système français de protection sociale.

Pour contenir les dépenses publiques, les pouvoirs publics peuvent réduire la part financée par l’assurance obligatoire et laisser davantage de responsabilités aux organismes complémentaires.

Cette stratégie présente un intérêt immédiat pour les comptes de la Sécurité sociale.

Mais elle ne supprime pas nécessairement la dépense.

Lorsqu’un soin continue d’être consommé, son coût doit toujours être financé.

La question centrale devient donc celle de la répartition de l’effort entre solidarité nationale, mutualisation privée et participation individuelle.

Dans le dossier des cures thermales, un élément supplémentaire mérite d’être pris en compte : le lien entre dépenses de santé, accompagnement des maladies chroniques et vitalité économique des territoires.

Il serait insuffisant d’examiner uniquement les économies budgétaires sans mesurer les autres conséquences possibles.

À l’inverse, l’importance économique des stations thermales ne peut constituer, à elle seule, une justification médicale du remboursement.

La décision devrait reposer sur une évaluation complète de l’intérêt thérapeutique des cures, de leur efficacité économique et de leurs conséquences sur l’accès aux soins.

En attendant les arbitrages définitifs pour 2027, une certitude demeure : les 200 millions d’euros annoncés devront être financés par quelqu’un si les dépenses correspondantes se poursuivent.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si l’Assurance maladie dépensera moins, mais de déterminer qui supportera finalement la facture.

Et sur ce point, les complémentaires santé comme les assurés attendent encore des réponses.