Résumé exécutif
La France ne peut pas basculer brutalement d’un système de retraite par répartition vers un système par capitalisation. Ce serait techniquement violent, socialement injuste et financièrement intenable, car les actifs devraient financer simultanément les pensions actuelles et leur propre capital retraite. La seule voie sérieuse consiste à organiser, à partir de 2027, une transition sur vingt ans vers un système mixte : maintien d’un socle public par répartition, création d’un compte retraite capitalisé universel, protection intégrale des droits acquis, et montée progressive d’une capitalisation collective obligatoire ou quasi obligatoire.
L’objectif raisonnable à l’horizon 2047 n’est pas que toutes les pensions soient déjà versées par capitalisation. C’est impossible, car une retraite capitalisée a besoin de trente à quarante ans de cotisations pour produire pleinement ses effets. L’objectif réaliste est que, dès 2047, tous les nouveaux droits retraite soient construits dans une architecture hybride, où la répartition finance le socle de solidarité et où la capitalisation finance une part croissante du niveau de vie futur.
La France part d’une situation paradoxale. Son système de retraite est très protecteur, mais coûteux. Les dépenses de retraite atteignaient 388,4 milliards d’euros en 2023, soit 13,8 % du PIB selon la Cour des comptes. Le COR indique que le système était déficitaire de 1,7 milliard d’euros en 2024 hors produits financiers et qu’il resterait durablement déficitaire dans son scénario de référence, avec un solde pouvant atteindre -1,4 % du PIB en 2070.
En parallèle, la capitalisation reste faible en France par rapport aux autres pays développés. FIPECO rappelle que la part des dépenses privées de retraite dans le total des retraites n’était que de 2 % en France en 2022, contre 18 % en moyenne dans l’OCDE. Cela ne signifie pas qu’il faut copier les modèles anglo-saxons, mais que la France dispose d’une marge considérable pour créer une capitalisation collective, régulée et solidaire. Le débat est déjà ouvert. La chaire TDTE de Paris-Dauphine a consacré, le 22 avril 2026, une conférence à la question d’une capitalisation « à la française » en soutien au système par répartition, autour de trois enjeux : l’horizon, les besoins et le financement de la transition.
1. Le diagnostic : pourquoi le système actuel ne peut pas rester inchangé
Le système français est fondé principalement sur la répartition. Les cotisations des actifs financent les pensions des retraités actuels. Ce modèle fonctionne bien lorsque la population active augmente suffisamment, que la productivité progresse fortement et que le ratio entre cotisants et retraités reste favorable. Il devient beaucoup plus fragile lorsque la population vieillit, que la croissance ralentit et que le nombre de retraités progresse plus vite que la masse salariale.
La Cour des comptes souligne que la France consacre déjà une part très élevée de sa richesse nationale aux retraites. Elle rappelle également que les dépenses évoluent sous l’effet de plusieurs facteurs : nombre de retraités, âge de départ, espérance de vie, niveau des pensions nouvellement liquidées et règles de revalorisation.
Le COR ne décrit pas un effondrement immédiat, mais une tension durable. En 2024, le déficit du système de retraite était limité à 0,1 % du PIB hors produits financiers. Mais la trajectoire projetée reste négative sur l’ensemble de la période, avec une dégradation progressive du solde à long terme.
Le problème n’est donc pas seulement comptable. Il est structurel. La répartition repose sur une promesse intergénérationnelle : les actifs financent les retraités, puis espèrent être financés plus tard par les générations suivantes. Si le nombre d’actifs par retraité diminue, trois solutions classiques apparaissent : augmenter les cotisations, baisser les pensions, ou reculer l’âge de départ. Ces trois options sont politiquement et socialement difficiles.
La capitalisation ne supprime pas tous les risques, mais elle diversifie les sources de financement. Elle permet de faire dépendre une partie de la retraite non plus seulement de la démographie française et de la masse salariale nationale, mais aussi du rendement d’un capital productif investi sur longue période. L’OCDE indique que les actifs dédiés à la retraite dans les pays membres ont atteint 69,8 trillions de dollars fin 2024, dont 63,1 trillions gérés par des fournisseurs de pensions et 6,7 trillions dans des fonds publics de réserve.
2. Le principe central : ne pas remplacer brutalement la répartition, mais créer un deuxième moteur
La réforme ne doit pas être présentée comme un affrontement entre deux modèles. La bonne architecture est une combinaison.
La répartition doit continuer à financer un socle de retraite public, solidaire, protecteur des petites pensions, des carrières hachées, des périodes de chômage, de maladie, de maternité, d’aidance, d’invalidité et de pénibilité.
La capitalisation doit financer une part croissante du complément de retraite, avec une logique collective, obligatoire ou semi-obligatoire, des frais très faibles, une gestion pilotée par âge, une gouvernance indépendante et une protection contre les abus commerciaux.
Le modèle cible n’est donc pas :
100 % répartition aujourd’hui, 100 % capitalisation demain.
Le modèle cible est :
répartition pour le socle, capitalisation collective pour les droits nouveaux, épargne volontaire pour le complément patrimonial.
3. Le verrou de la double cotisation
Le principal obstacle est connu : pendant la transition, une génération risque de payer deux fois. Elle finance les retraités actuels par la répartition, tout en devant épargner pour sa propre retraite par capitalisation.
Ce point rend impossible une transition brutale. FIPECO le formule clairement : la capitalisation ne peut pas remplacer complètement et rapidement la répartition, car les actifs actuels devraient financer à la fois les retraités actuels et leur propre retraite future.
La réforme doit donc respecter trois règles :
Première règle : les droits acquis avant 2027 sont sanctuarisés. Les pensions déjà liquidées et les droits déjà constitués restent dus.
Deuxième règle : les générations proches de la retraite ne basculent pas de force. À partir d’un certain âge, la capitalisation ne peut être qu’un complément.
Troisième règle : la montée en capitalisation se fait uniquement sur les droits futurs, progressivement, génération par génération.
4. Architecture cible en 2047
Pilier 1 — Socle public par répartition
Ce pilier garantit une pension minimale et une protection contre les accidents de vie. Il reste financé par les cotisations sociales, la CSG et des ressources fiscales affectées. Il protège les petites pensions et les carrières fragiles.
Ce pilier doit être plus lisible qu’aujourd’hui. Il pourrait prendre la forme d’un socle universel incluant les droits acquis, les périodes assimilées et les mécanismes de solidarité.
Pilier 2 — Compte retraite capitalisé universel
Chaque actif dispose automatiquement d’un compte retraite capitalisé. Ce compte est attaché à la personne, pas à l’employeur. Il suit le salarié en cas de changement d’entreprise, de passage au chômage, de création d’entreprise, de changement de statut, d’expatriation ou de retour en France.
Ce compte est alimenté par une cotisation progressive, partagée entre employeur, salarié, indépendant ou puissance publique selon les cas.
Il n’est pas géré comme un produit financier commercial classique. Il est encadré par une autorité indépendante, avec appels d’offres, frais plafonnés, gestion pilotée par âge, diversification mondiale et poche d’investissement utile à l’économie française et européenne.
Pilier 3 — Épargne retraite volontaire
PER individuel, PER d’entreprise, assurance-vie, PEA, immobilier, épargne salariale, investissement productif : ce troisième pilier reste libre. Il complète le système, mais ne doit pas devenir le cœur de la réforme, car il favorise mécaniquement les ménages capables d’épargner.
Le PER constitue déjà une base utile. Au troisième trimestre 2025, le ministère de l’Économie recensait près de 12,7 millions de titulaires de PER et 141,1 milliards d’euros d’encours, dont 82,4 milliards sur les PER individuels, 31,7 milliards sur les PER d’entreprise collectifs et 27,1 milliards sur les PER obligatoires.
Mais le PER actuel ne suffit pas. Il reste trop inégalitaire s’il est seulement fiscal, car les ménages les plus imposés bénéficient davantage des déductions. Une réforme nationale doit donc transformer une partie de l’avantage fiscal en abondement universel, notamment pour les bas salaires.
5. Plan de transition 2027-2047
Phase 1 — 2027-2030 : poser les fondations
La première phase doit être institutionnelle. Il faut créer le cadre, les comptes, les règles de gouvernance et la confiance.
En 2027, une loi de programmation retraite-capitalisation fixe le principe d’un système hybride. Elle crée un Compte Retraite Capitalisé Universel, ouvert automatiquement pour tous les actifs. Elle interdit juridiquement l’utilisation de ces capitaux pour financer le budget courant de l’État. Les sommes appartiennent aux assurés, même si leur gestion est collective.
En 2028, chaque personne reçoit un relevé séparant clairement trois éléments : droits acquis en répartition avant 2027, droits futurs en répartition, droits capitalisés. Cette transparence est indispensable. La plupart des Français ne comprennent pas clairement ce qu’ils ont déjà acquis, ce qu’ils espèrent toucher et ce qui dépendra des actifs futurs.
En 2029, une première cotisation capitalisée obligatoire démarre à un niveau faible, par exemple 1 % du revenu professionnel. Elle peut être répartie ainsi : 0,4 % salarié, 0,4 % employeur, 0,2 % abondement public ciblé sur les bas revenus. Pour les indépendants, la cotisation est calculée sur le revenu professionnel net, avec modulation possible en cas d’année déficitaire.
En 2030, la cotisation monte à 2 %. Les frais sont plafonnés. Les supports par défaut sont publics, simples, diversifiés et pilotés par horizon de retraite.
Phase 2 — 2031-2035 : généraliser sans casser le pouvoir d’achat
La cotisation capitalisée progresse de 2 % à 4 %. Cette hausse doit être lente, annoncée à l’avance et intégrée aux négociations salariales. Elle ne peut pas arriver comme une taxe surprise.
Pendant cette période, l’État transforme progressivement une partie des avantages fiscaux existants de l’épargne retraite en abondements directs. Au lieu d’aider surtout les foyers imposés, le système crédite aussi les comptes des salariés modestes, des jeunes actifs, des parents isolés, des aidants et des chômeurs indemnisés.
La participation et l’intéressement deviennent partiellement fléchés par défaut vers le compte retraite capitalisé, avec possibilité de refus partiel. Ce mécanisme est important : il permet de financer la retraite longue sans uniquement augmenter les prélèvements obligatoires.
Les entreprises disposent d’un cadre simple : contribution automatique, abondement facultatif, avantages sociaux conditionnés à des frais bas.
Phase 3 — 2036-2040 : rendre le système réellement hybride
La cotisation capitalisée atteint environ 5 % à 5,5 % du revenu professionnel. À ce stade, les jeunes générations accumulent un capital significatif.
Pour les nouveaux entrants sur le marché du travail à partir de 2036, les droits retraite sont construits dès le début dans une logique mixte. Le socle par répartition reste dominant pour les bas revenus, mais la capitalisation devient une composante normale du revenu futur.
Un mécanisme de solidarité est instauré dans le compte capitalisé : maternité, congé parental, chômage indemnisé, maladie longue, invalidité, formation qualifiante, aidance familiale et périodes de transition professionnelle donnent droit à des crédits retraite capitalisés.
Sans ces crédits, la capitalisation deviendrait une machine à aggraver les inégalités. Avec ces crédits, elle peut devenir un outil de sécurisation patrimoniale.
Phase 4 — 2041-2047 : atteindre le régime de croisière institutionnel
La cotisation capitalisée atteint progressivement 7 % à 8 % du revenu professionnel pour les générations pleinement concernées. Ce niveau permet de créer un véritable deuxième pilier, sans prétendre supprimer la répartition.
À partir de 2047, le système cible est en place. Les pensions encore dues au titre des droits anciens restent financées par répartition. Les droits nouveaux sont construits dans un système mixte. Les jeunes générations disposent d’un capital retraite réel, portable, visible et transmissible selon des règles encadrées.
En 2047, la France n’a pas encore une retraite entièrement capitalisée. Elle a mieux : un système hybride stabilisé, qui réduit progressivement la dépendance à la démographie sans abandonner la solidarité.
6. Traitement par génération
Retraités actuels en 2027
Les pensions déjà liquidées ne doivent pas être remises en cause. La stabilité du contrat social l’exige.
Les petites pensions doivent être protégées intégralement. Pour les pensions élevées, une contribution temporaire de transition peut être discutée, mais uniquement au-dessus d’un seuil élevé, pour une durée limitée et avec une affectation transparente au fonds de transition retraite. L’erreur politique serait de faire croire que les retraités ordinaires doivent payer la réforme.
Personnes de plus de 55 ans en 2027
Cette génération est trop proche de la retraite pour dépendre fortement d’une capitalisation nouvelle. Elle reste principalement dans l’ancien système.
La réforme doit lui proposer des outils complémentaires : retraite progressive, cumul emploi-retraite simplifié, possibilité d’abonder volontairement le compte capitalisé, sécurisation de l’épargne existante, arbitrage entre rente et capital, accompagnement des fins de carrière.
Elle ne doit pas supporter une double cotisation lourde.
Génération 45-55 ans en 2027
C’est une génération de transition courte. Elle a déjà cotisé longtemps en répartition et n’a plus assez de temps pour constituer une retraite capitalisée complète.
La bonne solution est un système hybride léger : maintien fort des droits en répartition, capitalisation complémentaire obligatoire faible à modérée, abondement renforcé pour les revenus modestes, possibilité de rattrapage fiscalement encadré pour ceux qui le peuvent.
Cette génération peut viser un complément, pas un remplacement.
Génération 35-45 ans en 2027
C’est la génération charnière. Elle a déjà financé le système existant, mais elle dispose encore de vingt à trente ans pour capitaliser.
Elle doit être protégée contre l’injustice de la double cotisation par trois mécanismes : garantie des droits passés, montée progressive des contributions et bonus de transition. Ce bonus pourrait prendre la forme d’un abondement public ou paritaire sur les dix premières années, plus fort pour les revenus faibles et moyens.
Pour cette génération, la capitalisation peut devenir une part significative de la retraite future, mais elle ne pourra pas tout financer.
Génération 25-35 ans en 2027
C’est la première génération pour laquelle le modèle hybride peut fonctionner pleinement.
Avec trente à quarante ans d’horizon, une cotisation de 5 % à 8 % peut produire un capital retraite important. Cette génération doit bénéficier d’une allocation dynamique, fortement diversifiée, avec une baisse progressive du risque à l’approche de la retraite.
Le système doit être automatique. L’erreur serait de laisser l’adhésion entièrement volontaire, car les jeunes actifs sous-estiment souvent leur besoin de retraite et privilégient naturellement les dépenses immédiates.
Moins de 25 ans en 2027
Cette génération entre directement dans le nouveau modèle. Elle doit disposer d’un compte retraite dès le premier emploi, y compris apprentissage, alternance, travail étudiant ou activité indépendante.
Une piste forte serait de créer un petit capital retraite d’amorçage à 18 ou 20 ans, versé uniquement sur le compte retraite, non retirable avant la retraite sauf cas exceptionnels. Ce capital serait symbolique au départ, mais puissant sur quarante ans.
7. Traitement par statut social et professionnel
Salariés du privé
Le compte capitalisé devient automatique. La contribution est partagée entre salarié et employeur. Les accords de branche peuvent prévoir des abondements supplémentaires.
Les salariés des grandes entreprises sont les plus faciles à intégrer grâce à l’épargne salariale déjà existante. Les salariés de TPE-PME doivent bénéficier d’un dispositif simplifié, sans complexité administrative pour l’employeur.
Fonctionnaires
Les fonctionnaires disposent déjà d’une expérience partielle de capitalisation à travers le régime additionnel de la fonction publique, assis sur les primes. FIPECO cite ce régime parmi les rares dispositifs obligatoires en capitalisation en France.
La réforme peut élargir progressivement cette logique, notamment sur les primes, sans remettre brutalement en cause les droits passés.
Indépendants
Les indépendants doivent être intégrés dans le système, mais avec souplesse. Leur revenu varie davantage que celui des salariés.
La cotisation capitalisée doit être proportionnelle au revenu professionnel, avec possibilité de modulation en cas de mauvaise année, mais obligation de rattrapage lorsque les revenus repartent. Sans obligation minimale, beaucoup d’indépendants sous-épargneront.
Chômeurs
Un chômeur indemnisé ne doit pas voir sa retraite capitalisée s’arrêter totalement. Le compte doit recevoir un crédit calculé sur l’allocation ou sur une base forfaitaire.
Un chômeur non indemnisé de longue durée doit bénéficier d’un mécanisme de solidarité minimal, sous condition d’inscription dans un parcours de recherche d’emploi, de formation ou de reconversion.
Sinon, la capitalisation punirait doublement les périodes de chômage : perte de revenu immédiate et perte de retraite future.
Métiers pénibles
La capitalisation ne règle pas la pénibilité. Un salarié usé physiquement ne peut pas être traité comme un cadre sédentaire capable de prolonger son activité.
Les métiers pénibles doivent conserver des droits spécifiques : départ anticipé, compte pénibilité renforcé, abondement retraite supplémentaire par l’employeur ou la branche, reconversion financée, temps partiel senior.
Le compte capitalisé peut recevoir une contribution patronale majorée pour les métiers exposés. C’est logique : les secteurs qui usent davantage les corps doivent financer davantage les fins de carrière.
Femmes, maternité et carrières interrompues
Une réforme sérieuse doit traiter les inégalités de carrière. Les interruptions liées aux enfants, au congé parental, au temps partiel subi ou aux responsabilités familiales réduisent mécaniquement la capacité de capitalisation.
Il faut donc prévoir des crédits retraite capitalisés pour maternité, congé parental, aidance familiale et temps partiel subi. Il faut aussi réfléchir à un partage automatique des droits capitalisés constitués pendant le mariage ou le PACS en cas de séparation, sur le modèle d’un partage patrimonial des droits retraite.
Jeunes précaires, alternants et étudiants travailleurs
Les petits contrats doivent cotiser. Même de faibles montants ont de la valeur sur quarante ans.
Un jeune alternant ou étudiant salarié doit voir ses droits capitalisés apparaître immédiatement. Cela donne une matérialité à la retraite et crée un rapport plus concret à l’épargne longue.
Retraités actifs
Le cumul emploi-retraite doit produire des droits capitalisés, même lorsque les droits en répartition sont limités. Cela incite au maintien volontaire en activité sans imposer un recul uniforme de l’âge légal.
Expatriés et travailleurs mobiles
Le compte doit être portable. Un Français travaillant à l’étranger doit pouvoir continuer à l’alimenter volontairement. Un travailleur étranger ayant cotisé en France doit conserver ses droits capitalisés.
La portabilité est indispensable dans une économie où les carrières deviennent moins linéaires.
8. Simulation financière simple
Hypothèse : rendement réel net de 3 % par an, donc après inflation et après frais. Conversion indicative en complément mensuel avec un retrait prudent équivalent à 4 % du capital par an. Ce n’est pas une garantie, mais un ordre de grandeur.
Pour un revenu brut mensuel de 2 500 €, les cotisations suivantes donneraient approximativement :
| Taux de cotisation capitalisée | Versement mensuel | Capital après 40 ans | Complément mensuel indicatif |
|---|---|---|---|
| 2 % | 50 € | 46 000 € | 150 € |
| 4 % | 100 € | 92 000 € | 305 € |
| 6 % | 150 € | 138 000 € | 460 € |
| 8 % | 200 € | 183 000 € | 610 € |
Cette simulation montre deux choses.
Premièrement, la capitalisation ne produit vraiment ses effets qu’avec le temps. Pour les jeunes, elle peut devenir déterminante. Pour les personnes proches de la retraite, elle ne peut être qu’un complément.
Deuxièmement, un taux de 2 % est insuffisant pour transformer le système. Il sert à démarrer. Le régime de croisière doit plutôt viser 6 % à 8 %, progressivement, avec prise en charge partagée.
9. Financement de la transition
Le financement ne peut pas reposer sur une seule source.
Cotisation progressive
La contribution capitalisée doit monter lentement. Elle commence bas pour ne pas casser le pouvoir d’achat et le coût du travail, puis augmente à mesure que le système devient compris, visible et crédible.
Réorientation des avantages fiscaux
Une partie des avantages fiscaux liés à l’épargne retraite doit être convertie en abondements directs. Une déduction fiscale profite surtout à celui qui paie beaucoup d’impôt. Un abondement direct profite aussi au salarié modeste.
Épargne salariale
Participation, intéressement et partage de la valeur doivent devenir des leviers majeurs. Une fraction peut être fléchée par défaut vers le compte retraite, avec possibilité de sortie partielle encadrée pour résidence principale, accident de vie ou invalidité.
Fonds de transition retraite
La France doit créer un fonds public de transition, distinct du budget de l’État. Il peut être alimenté par une partie des dividendes d’entreprises publiques, certaines recettes exceptionnelles, des cessions d’actifs non stratégiques, une fraction de contributions sur rentes économiques, et une réallocation partielle de dépenses fiscales.
Ce fonds ne doit pas payer les pensions courantes. Il doit financer les abondements des générations de transition et les crédits de solidarité.
Contribution temporaire sur les pensions élevées
Politiquement sensible, mais impossible à ignorer. Si la réforme veut éviter d’écraser les actifs, les retraités les plus aisés peuvent être sollicités temporairement. Pas les petites pensions. Pas les pensions moyennes modestes. Seulement les niveaux élevés, avec une affectation explicite au fonds de transition.
10. Gouvernance indispensable
La réussite dépendra de la confiance. Sans confiance, la réforme échouera.
Il faut donc :
- interdire toute utilisation des capitaux pour financer le déficit public courant ;
- créer une autorité indépendante de supervision ;
- plafonner strictement les frais ;
- publier chaque année les performances, les frais, les risques et les allocations ;
- organiser des appels d’offres transparents pour les gestionnaires ;
- diversifier mondialement les placements ;
- éviter une obligation excessive d’investir en dette publique française ;
- créer une réserve collective de lissage pour éviter qu’une génération partant à la retraite après un krach soit sacrifiée ;
- garantir une sortie partielle en rente pour éviter l’épuisement trop rapide du capital ;
- assurer une information annuelle simple, lisible et personnalisée.
La capitalisation ne doit pas devenir une rente pour l’industrie financière. Elle doit devenir une infrastructure nationale d’épargne longue.
11. Risques et réponses
Risque de marché
Oui, la capitalisation expose aux marchés financiers. Mais le risque diminue avec la durée, la diversification et la gestion pilotée. Le danger réel vient surtout d’une mauvaise gouvernance, de frais élevés ou d’une concentration excessive sur quelques actifs.
Risque d’inégalité
Sans abondements publics et crédits de solidarité, la capitalisation favorise les carrières longues, stables et bien rémunérées. La réforme doit donc intégrer chômage, maternité, maladie, aidance, handicap et bas revenus.
Risque politique
Le risque majeur est la tentation de l’État de récupérer les fonds ou de les orienter vers des besoins budgétaires immédiats. Il faut une protection juridique forte.
Risque de complexité
Le système actuel est déjà complexe. Le nouveau modèle doit être plus lisible : un socle public, un compte capitalisé universel, une épargne volontaire.
Risque de rejet social
Le rejet viendrait d’une réforme perçue comme une privatisation brutale. La réponse est de maintenir un socle public fort et de construire une capitalisation collective, non individualiste.
12. Calendrier synthétique 2027-2047
| Période | Objectif | Mesure centrale |
|---|---|---|
| 2027 | Loi-cadre | Création du compte retraite capitalisé universel |
| 2028 | Transparence | Relevé individuel séparant droits acquis, droits futurs et capitalisation |
| 2029 | Démarrage | Cotisation capitalisée de 1 % |
| 2030 | Généralisation | Cotisation portée à 2 %, frais plafonnés |
| 2031-2035 | Extension | Cotisation vers 4 %, abondements publics ciblés |
| 2036-2040 | Hybridation réelle | Cotisation vers 5 % à 5,5 %, crédits de solidarité |
| 2041-2047 | Régime institutionnel | Cotisation vers 7 % à 8 %, système hybride pleinement installé |
| Après 2047 | Maturité financière | Les générations entrées jeunes dans le système commencent à accumuler un capital significatif |
13. Conclusion
La France ne doit pas choisir entre répartition et capitalisation. Elle doit sortir de cette opposition stérile.
Le système par répartition reste indispensable pour garantir la solidarité, protéger les plus fragiles et honorer les droits déjà acquis. Mais il ne peut plus porter seul l’intégralité de la promesse retraite dans un pays vieillissant, à croissance contrainte et à finances publiques sous tension.
La réforme la plus sérieuse consiste à démarrer en 2027 une transition de vingt ans vers un système hybride. En 2047, la France aurait alors une architecture nouvelle : un socle public par répartition, un compte retraite capitalisé universel, des crédits de solidarité pour les parcours fragiles, une gouvernance indépendante, des frais bas et une épargne volontaire complémentaire.
Le point clé est simple : les droits passés restent en répartition ; les droits futurs deviennent progressivement mixtes.
C’est la seule manière d’éviter la double peine pour les générations de transition, de protéger les retraités actuels, d’impliquer les jeunes, d’intégrer les chômeurs et les carrières hachées, et de construire une retraite plus soutenable sans abandonner le modèle social français.

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