Publié le 16 May 2026 à 07:30 — Mis à jour le 3 May 2026 à 15:14

Le retour discret d’un placement que beaucoup de Français avaient oublié

Le Plan d’épargne logement, plus connu sous le nom de PEL, n’a plus le prestige qu’il avait autrefois. Pendant longtemps, il a été le placement familial par excellence : on l’ouvrait pour préparer l’achat d’un logement, sécuriser une épargne régulière, obtenir plus tard un prêt immobilier à taux connu, et parfois bénéficier d’une prime d’État. Puis les taux ont chuté, l’assurance-vie a pris le dessus, les livrets réglementés ont retrouvé de l’attrait avec l’inflation, et le PEL est devenu, pour beaucoup de ménages, un vieux compte dormant dont on ne regarde plus vraiment la performance.

Pourtant, en 2026, le sujet redevient intéressant. Les nouveaux PEL ouverts depuis le 1er janvier 2026 servent un taux de 2 % brut, contre 1,75 % pour les PEL ouverts en 2025. Le taux est fixé à l’ouverture et reste garanti pendant toute la durée du plan, ce qui fait du PEL un produit à génération : deux épargnants n’ont pas le même rendement selon l’année où ils ont ouvert leur contrat.

C’est là que se trouve le vrai sujet patrimonial. Un PEL ouvert en 2026 n’est pas forcément extraordinaire. Mais un ancien PEL peut être un petit trésor oublié, surtout s’il a été ouvert à une époque où les taux garantis étaient beaucoup plus élevés. À l’inverse, certains PEL ouverts entre 2016 et 2022 à 1 % brut peuvent aujourd’hui être médiocres, sauf s’ils donnent accès à un droit à prêt intéressant. Le bon réflexe n’est donc pas de dire : “Le PEL est bon” ou “Le PEL est mauvais”. Le bon réflexe est de regarder la date d’ouverture.

Le PEL 2026 : mieux que 2025, mais pas un placement miracle

Le nouveau PEL 2026 offre donc 2 % brut. C’est mieux que le PEL 2025, rémunéré à 1,75 % brut, mais moins bien que le PEL 2024, qui servait 2,25 % brut. Les PEL ouverts en 2023 étaient rémunérés à 2 % brut, tandis que ceux ouverts entre août 2016 et fin 2022 ne rapportaient que 1 % brut.

À première vue, 2 % brut peut sembler correct pour un produit sécurisé. Mais il faut être honnête : ce n’est pas un rendement puissant. Pour les PEL ouverts depuis 2018, les intérêts sont soumis à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux dès la première année. Service-public rappelle que les PEL ouverts depuis le 1er janvier 2018 sont soumis chaque année au prélèvement forfaitaire unique, sauf option pour le barème progressif. En 2026, la fiscalité des revenus du capital s’est complexifiée avec la hausse de certains prélèvements sociaux. Service-public indique que le taux général des prélèvements sociaux applicables aux revenus de placement est passé à 18,6 %, mais précise aussi des cas particuliers selon les produits et les situations, notamment pour le plan épargne logement.

Concrètement, le rendement net d’un PEL récent dépendra donc de la fiscalité applicable à votre situation et de l’option éventuelle pour le barème. Mais l’idée générale reste simple : un PEL 2026 à 2 % brut ne doit pas être comparé naïvement à un Livret A ou à un fonds euros sans tenir compte de l’impôt, de la liquidité et de l’usage immobilier du produit.

Le vrai intérêt du PEL : le taux est verrouillé dès l’ouverture

Le principal avantage du PEL n’est pas seulement son taux. C’est le fait que ce taux soit connu dès le départ et garanti. Le ministère de l’Économie précise que le taux du PEL est fixé au moment de l’ouverture et reste garanti pendant toute la durée du plan.

C’est une différence fondamentale avec le Livret A, le LDDS ou le CEL, dont les taux peuvent évoluer. Le PEL fonctionne comme une photographie des conditions de taux du moment où il a été ouvert. Si vous avez ouvert un PEL dans une mauvaise période, vous êtes bloqué avec un mauvais taux. Si vous l’avez ouvert dans une bonne période, vous pouvez conserver un rendement garanti que la banque ne peut pas simplement modifier.

C’est pourquoi les vieux PEL peuvent avoir une vraie valeur. Les plans ouverts entre août 2003 et janvier 2015 rapportaient 2,50 % brut. Ceux ouverts entre juillet 2000 et juillet 2003 rapportaient 3,27 % brut. Les plans ouverts entre mai 1986 et février 1994 affichaient même 4,62 %. Ces taux sont historiques, mais ils existent encore chez certains épargnants qui n’ont jamais clôturé leur plan.

Dans un monde où les banques cherchent parfois à récupérer les anciens PEL coûteux, il faut être très prudent. Un vieux PEL bien rémunéré n’est pas un produit banal. C’est un actif contractuel garanti, avec un taux qui peut être difficile à retrouver aujourd’hui sur un placement sécurisé.

Pourquoi les vieux PEL peuvent être beaucoup plus intéressants qu’ils n’en ont l’air

Un vieux PEL doit être analysé comme une rente d’épargne garantie. Prenons un PEL ouvert entre août 2003 et janvier 2015 : son taux brut est de 2,50 %. Ce n’est pas spectaculaire, mais dans une enveloppe sécurisée, garantie et déjà constituée, ce taux peut rester compétitif, surtout si le plan est bien rempli. Un PEL ouvert entre juillet 2000 et juillet 2003, rémunéré 3,27 % brut, devient encore plus intéressant. Un PEL plus ancien à plus de 4 % peut être un véritable placement patrimonial à conserver sauf besoin impératif de liquidités.

Il faut aussi regarder l’âge du plan. Pour les PEL ouverts avant le 1er mars 2011, la Banque de France rappelle qu’ils peuvent être conservés sans limitation de durée et continuent d’être rémunérés au taux prévu au contrat. C’est un privilège important. Pour les PEL ouverts après cette date, le fonctionnement est moins favorable : après 10 ans, il n’est plus possible d’effectuer de versements, mais le plan continue de produire des intérêts pendant cinq ans, avant d’être transformé automatiquement en livret non réglementé à un taux fixé par la banque.

La date d’ouverture change donc tout. Un PEL ancien peut être conservé longtemps, rémunéré à un taux attractif, avec une stabilité que peu de produits offrent. À l’inverse, un PEL plus récent peut perdre de son intérêt après la phase utile, surtout si son taux est faible et si les droits à prêt ne sont pas avantageux.

Le piège : ne jamais clôturer un vieux PEL sans faire le calcul

La pire erreur serait de clôturer un vieux PEL uniquement parce qu’il dort depuis longtemps ou parce qu’une banque suggère de le faire. Un PEL ne permet pas de retrait partiel : tout retrait entraîne sa clôture. Le ministère de l’Économie rappelle que tout retrait anticipé avant quatre ans entraîne la fermeture du compte, avec des conséquences différentes selon l’âge du plan. Après quatre ans, il n’y a pas de pénalité, mais la clôture reste définitive.

Cela signifie qu’un vieux PEL à 2,50 %, 3,27 % ou davantage ne peut pas être “allégé” partiellement. Si vous avez besoin de 5 000 euros mais que votre PEL contient 45 000 euros, vous ne pouvez pas simplement retirer 5 000 euros et laisser le reste produire des intérêts. Vous devez fermer le plan. C’est précisément pour cela qu’il faut comparer la valeur de la liquidité immédiate avec la perte d’un taux garanti.

Un vieux PEL peut être moins liquide qu’un livret, mais c’est aussi cette contrainte qui a parfois permis à certains ménages de conserver une épargne importante pendant des années. En patrimoine, la liquidité est utile, mais elle n’est pas toujours supérieure à la discipline. Fermer un bon PEL pour laisser l’argent dormir sur un compte courant ou un livret faiblement rémunéré peut être une mauvaise décision.

Les PEL ouverts entre 2016 et 2022 : souvent les moins intéressants

Tous les anciens PEL ne sont pas bons. Les PEL ouverts entre le 1er août 2016 et le 31 décembre 2022 ne rapportent que 1 % brut. En rendement réel, après fiscalité et inflation, ce n’est pas séduisant. Ces plans ont toutefois une particularité : ils donnent droit à un prêt épargne logement au taux de 2,20 %, ce qui peut être intéressant si les taux immobiliers de marché sont plus élevés au moment du projet.

C’est le paradoxe du PEL : un plan peut être mauvais comme placement d’épargne mais intéressant comme option de financement. Entre 2016 et 2022, le rendement de 1 % brut est faible, mais le droit à prêt de 2,20 % peut redevenir utile si un emprunteur a un projet immobilier ou des travaux à financer dans un environnement de crédit plus cher.

Il ne faut donc pas juger ces PEL uniquement sur le rendement. Il faut demander à la banque une estimation précise des droits à prêt acquis, du montant empruntable, de la durée possible et du taux applicable. Si le droit à prêt est faible ou inutile, le PEL à 1 % peut devenir un placement à arbitrer. Si le droit à prêt permet de financer une partie d’un projet à bon taux, il peut mériter d’être conservé.

Le droit à prêt : souvent oublié, parfois précieux

Le PEL n’est pas seulement un produit d’épargne. Il peut donner accès, sous conditions, à un prêt épargne logement. Le prêt peut financer l’achat ou la construction de la résidence principale, certains travaux de réparation, d’amélioration ou de rénovation énergétique, et dans certains cas d’autres opérations liées à la résidence principale. Le montant maximal du prêt peut atteindre 92 000 euros, sur une durée allant de deux à quinze ans.

Le taux du prêt dépend lui aussi de la date d’ouverture du PEL. Les PEL ouverts depuis le 1er janvier 2026 donnent accès à un prêt à 3,20 %. Ceux ouverts en 2025 donnent droit à un prêt à 2,95 %. Les PEL ouverts entre août 2016 et fin 2022 donnent accès à un prêt à 2,20 %.

Dans le contexte actuel, ce droit à prêt peut avoir une valeur. Si les taux de crédit immobilier du marché sont supérieurs au taux du prêt PEL, l’épargnant dispose d’une option intéressante. Si les taux de marché sont inférieurs, l’option ne sert à rien. C’est exactement comme une assurance : elle n’a de valeur que si le scénario couvert se produit.

Mais attention : le prêt PEL n’est pas automatiquement de 92 000 euros. Son montant dépend des intérêts acquis pendant la phase d’épargne. Un PEL peu alimenté donnera des droits limités. Beaucoup d’épargnants surestiment donc la portée réelle de leur droit à prêt.

La fiscalité : le critère qui peut changer toute la décision

La fiscalité du PEL dépend fortement de la date d’ouverture. Pour les PEL ouverts avant 2018, les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu pendant les douze premières années, puis imposés à partir de la treizième année. Les prélèvements sociaux, eux, obéissent à des règles différentes selon que le plan a été ouvert avant ou après le 1er mars 2011.

Pour les PEL ouverts depuis 2018, la fiscalité est moins favorable : les intérêts sont imposés dès la première année. La Finance pour Tous rappelle que les nouveaux plans ouverts depuis le 1er janvier 2018 sont soumis au prélèvement forfaitaire unique dès la première année et ne bénéficient plus de la prime d’État.

C’est un point déterminant. Un PEL à 2 % brut ouvert en 2026 ne doit pas être comparé à un vieux PEL uniquement sur le taux facial. Il faut calculer le rendement net, après impôt et prélèvements sociaux, en fonction de l’âge du plan et du régime fiscal applicable.

Un épargnant non imposable ou faiblement imposé peut parfois avoir intérêt à opter pour le barème progressif plutôt que pour le prélèvement forfaitaire unique, notamment lorsque cette option réduit la part d’impôt sur le revenu. Mais cette option doit être étudiée globalement, car elle concerne en principe l’ensemble des revenus financiers soumis au barème. Elle ne se décide pas placement par placement.

Faut-il ouvrir un PEL en 2026 ?

Ouvrir un PEL en 2026 peut avoir du sens, mais il ne faut pas en attendre des miracles. À 2 % brut, le rendement est modéré. Le plan impose une durée minimale de quatre ans, un versement initial d’au moins 225 euros, puis des versements d’au moins 540 euros par an. Le plafond des versements est de 61 200 euros, hors capitalisation des intérêts.

Le PEL 2026 peut être intéressant pour un épargnant qui veut se forcer à épargner régulièrement, préparer un projet immobilier, verrouiller un taux d’épargne garanti et obtenir un droit potentiel à prêt à 3,20 %. Il peut aussi convenir à un profil prudent qui ne veut pas exposer cette poche de capital aux marchés financiers.

En revanche, pour une simple épargne de précaution, le PEL est souvent moins adapté qu’un livret réglementé ou un support liquide, car l’argent est moins souple d’utilisation. Pour une épargne longue, il peut être moins dynamique qu’une assurance-vie bien construite, un PEA diversifié ou une allocation patrimoniale adaptée au profil de risque.

Il faut donc ouvrir un PEL 2026 uniquement si l’on comprend sa logique : ce n’est pas un produit de rendement élevé, c’est un produit d’épargne réglementée, disciplinée et potentiellement immobilière.

Faut-il conserver un vieux PEL ?

Dans beaucoup de cas, oui. Surtout si le taux brut est supérieur à 2,50 %, si le plan est ancien, bien alimenté, et si l’épargnant n’a pas besoin de récupérer immédiatement les fonds. Un vieux PEL peut être l’une des rares poches garanties du patrimoine qui rapportent encore correctement sans volatilité.

Il faut être encore plus prudent avec les PEL ouverts avant mars 2011, car certains peuvent être conservés sans limite de durée tout en continuant à produire des intérêts au taux contractuel. La Banque de France rappelle explicitement cette règle pour les PEL ouverts avant le 1er mars 2011.

Conserver ne signifie pas ne jamais toucher. Si le PEL est faiblement rémunéré, si le projet immobilier n’existe plus, si l’épargnant a besoin de liquidité, si les droits à prêt sont inutiles, ou si une meilleure allocation patrimoniale est possible, la clôture peut être rationnelle. Mais elle doit être décidée après calcul, pas par automatisme.

Les banques n’aiment pas toujours les vieux PEL

Il faut dire les choses clairement : les vieux PEL bien rémunérés coûtent cher aux banques. Lorsqu’un client détient un PEL ancien à 3 %, 4 % ou plus, la banque rémunère une épargne à un taux souvent supérieur aux conditions actuelles des placements sécurisés. Ces contrats sont donc moins favorables pour l’établissement que pour le client.

Cela ne signifie pas que la banque agit nécessairement contre l’intérêt du client, mais cela signifie qu’un conseil de clôture doit être examiné avec vigilance. Si votre conseiller vous propose de fermer un vieux PEL pour placer l’argent sur un autre produit, il faut demander une comparaison écrite : rendement net, frais, fiscalité, liquidité, risque, horizon, garanties, droits à prêt perdus et conséquences de la clôture.

Un vieux PEL ne doit pas être sacrifié pour souscrire un produit plus chargé en frais, plus risqué ou simplement plus rentable pour l’établissement. Le bon conseil patrimonial consiste à comparer objectivement, pas à déplacer l’épargne par habitude commerciale.

L’arbitrage patrimonial : trois questions avant de décider

La première question est simple : quel est le taux brut de votre PEL et quelle est sa date d’ouverture ? Sans cette information, aucune décision sérieuse n’est possible. Un PEL à 1 % et un PEL à 3,27 % n’ont absolument pas la même valeur.

La deuxième question porte sur la fiscalité nette. Votre PEL est-il imposé dès maintenant ? A-t-il plus de douze ans ? Les prélèvements sociaux ont-ils déjà été prélevés chaque année ou seulement à certains anniversaires ? Votre TMI rend-elle le barème plus intéressant que le prélèvement forfaitaire ? Ces éléments peuvent modifier fortement le rendement net.

La troisième question concerne l’usage de l’argent. Avez-vous besoin de liquidité ? Avez-vous un projet immobilier ? Les droits à prêt sont-ils utilisables ? L’argent serait-il mieux employé ailleurs ? Clôturer un PEL pour financer un apport immobilier, réduire une dette coûteuse ou rééquilibrer un patrimoine peut être intelligent. Le clôturer pour consommer ou laisser l’argent inactif l’est beaucoup moins.

Conclusion : votre PEL n’est pas vieux, il est daté — et c’est toute la différence

Le PEL est un produit à génération. Sa valeur ne dépend pas seulement du montant placé, mais surtout de sa date d’ouverture. En 2026, ouvrir un nouveau PEL à 2 % brut peut être défendable, mais ce n’est pas une révolution. En revanche, conserver un vieux PEL bien rémunéré peut être une excellente décision patrimoniale.

Le vrai danger est de traiter tous les PEL de la même manière. Un PEL ouvert entre 2016 et 2022 à 1 % brut peut être peu attractif, sauf droit à prêt utile. Un PEL ouvert en 2024 à 2,25 % peut rester correct. Un PEL ouvert avant 2015 à 2,50 %, 3,27 % ou davantage peut être précieux. Et un très vieux PEL à plus de 4 % peut valoir bien plus qu’un simple compte oublié.

Avant de clôturer, il faut donc faire le calcul. Taux brut, rendement net, fiscalité, droits à prêt, liquidité, projet immobilier, alternatives de placement : tout doit être comparé.

En patrimoine, les vieux contrats sont souvent les plus mal compris. Pourtant, ce sont parfois eux qui contiennent les meilleurs avantages. Votre PEL ne rapporte peut-être pas grand-chose. Ou peut-être qu’il vaut beaucoup plus que vous ne le pensez.