Le Plan d’Épargne Retraite s’est imposé en quelques années comme l’un des principaux placements de long terme des Français. À la fin de 2025, les différents PER représentaient 150,4 milliards d’euros d’encours et 12,9 millions de titulaires, contre seulement 5,9 milliards quelques mois après leur lancement en 2019. Le seul PER individuel concentrait 88,5 milliards d’euros et plus de cinq millions de détenteurs.
Ce succès ne signifie pourtant pas que tous les PER se valent. Derrière une enveloppe fiscale commune peuvent se cacher des contrats très différents en matière de frais, de supports d’investissement, de qualité de gestion ou de possibilités de sortie. Deux épargnants versant exactement la même somme pendant vingt ou trente ans peuvent ainsi arriver à la retraite avec des résultats très différents.
En 2026, la bonne question n’est donc plus seulement : « Ai-je intérêt à ouvrir un PER ? » Elle devient également : « Le PER que je possède est-il encore adapté à ma situation, suffisamment performant et correctement tarifé ? »
Plusieurs signaux doivent conduire à se poser sérieusement la question.
Premier signal d’alerte : vous ne savez pas réellement combien votre PER vous coûte
L’erreur la plus fréquente consiste à regarder uniquement la ligne « frais de gestion du contrat ».
Un PER peut en réalité comporter plusieurs niveaux de frais. Il peut exister des frais prélevés sur chaque versement, des frais annuels sur le contrat, des frais internes aux unités de compte, des frais supplémentaires de gestion pilotée ou sous mandat, des coûts d’arbitrage et, selon les contrats, des frais liés à la sortie en rente ou au transfert.
C’est l’addition qui compte.
Imaginons un PER prélevant 4 % sur chaque versement. Lorsque vous versez 1 000 euros, seuls 960 euros commencent réellement à travailler pour votre retraite. Si cette ponction se répète pendant vingt ou trente ans, son impact ne correspond pas uniquement aux sommes prélevées : vous perdez également toute la performance que cet argent aurait pu générer pendant la durée du placement.
À l’inverse, certains PER ne facturent aucun frais sur versement et donnent accès à des supports relativement peu coûteux. La différence peut devenir considérable sur plusieurs décennies.
Depuis 2022, les distributeurs de PER et d’assurance-vie doivent publier un tableau standardisé des principaux frais, justement pour faciliter la comparaison entre contrats. Il doit notamment permettre d’identifier les frais du plan mais également ceux liés aux supports financiers proposés.
Le premier réflexe consiste donc à retrouver ce tableau ainsi que votre dernier relevé annuel.
Si, après avoir lu les documents, vous êtes toujours incapable de répondre à la question « combien me coûte réellement mon PER chaque année ? », c’est déjà un premier signal d’alerte.
Un taux de 1 % n’est pas, à lui seul, un bon ou un mauvais critère
L’ancien article indiquait que des frais de gestion supérieurs à 1 % pouvaient être considérés comme excessifs. La réalité est plus complexe.
Un PER facturant 0,70 % sur le contrat mais proposant essentiellement des fonds actifs supportant 1,5 ou 2 % de coûts internes peut être beaucoup plus cher qu’un PER facturant 0,90 % et donnant accès à des ETF dont les frais sont proches de quelques dixièmes de pourcent.
Il faut donc rechercher le coût total de l’investissement.
La question est également celle du service rendu. Un accompagnement patrimonial réellement personnalisé, comprenant l’étude de la fiscalité, de la retraite, de la succession et de l’allocation d’actifs, peut légitimement avoir un prix supérieur à celui d’un contrat entièrement automatisé disponible sur internet.
En revanche, payer des frais élevés pour un contrat dont l’allocation n’a pas été revue depuis cinq ans, sans conseil particulier et avec des fonds coûteux constitue une situation beaucoup plus difficile à justifier.
Le problème n’est donc pas simplement le montant des frais. C’est le rapport entre les frais payés et la valeur réellement obtenue en échange.
Deuxième signal : votre PER investit dans des supports que vous ne comprenez pas
Un PER est une enveloppe. Il ne produit pas de rendement par lui-même.
La performance dépend de ce qu’il contient : fonds en euros pour certains PER assurantiels, obligations, actions, fonds diversifiés, ETF, immobilier, private equity ou autres unités de compte.
Un épargnant peut donc posséder un excellent cadre fiscal tout en ayant une mauvaise allocation.
L’un des principaux signaux d’alerte apparaît lorsque la liste des supports devient impossible à comprendre. Si votre PER contient quinze fonds dont vous ignorez la stratégie, plusieurs produits investissant finalement dans les mêmes grandes entreprises ou des supports complexes sans que personne ne puisse vous expliquer leur intérêt dans votre portefeuille, il faut reprendre l’allocation.
La loi Industrie verte a par ailleurs élargi depuis 2024 l’univers d’investissement accessible aux PER à certains fonds professionnels, actifs non cotés et fonds européens d’investissement de long terme. Cela peut permettre de diversifier davantage l’épargne retraite, mais ces actifs peuvent également être moins liquides et plus difficiles à valoriser que des actions ou obligations cotées.
Plus sophistiqué ne signifie donc pas automatiquement meilleur.
Troisième signal : votre allocation n’a aucun rapport avec votre horizon de retraite
Une personne de 35 ans préparant sa retraite et une personne de 63 ans devant utiliser son capital dans deux ans ne devraient généralement pas posséder exactement le même portefeuille.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la gestion pilotée à horizon constitue le mode de gestion proposé par défaut dans le PER. Lorsque la retraite est encore éloignée, l’allocation peut comporter davantage d’actifs risqués présentant un potentiel de rendement supérieur. À mesure que l’échéance approche, une part croissante du capital est progressivement orientée vers des supports considérés comme moins risqués.
Trois profils existent notamment : prudent, équilibré et dynamique. La réglementation prévoit différents niveaux de sécurisation selon la durée restante avant la retraite et le profil choisi. Pour un profil équilibré, par exemple, la part minimale de placements considérés comme moins risqués devient progressivement plus importante à l’approche de l’échéance.
Mais « gestion pilotée » ne signifie pas « capital garanti ».
L’AMF rappelle expressément que la gestion pilotée à horizon n’offre aucune garantie de capital et que des pertes restent possibles.
Un épargnant doit donc vérifier au moins une fois par an que la date de retraite enregistrée, le profil de risque et l’allocation réellement détenue correspondent toujours à sa situation.
Être trop prudent à 30 ans peut aussi être un problème
Quand on parle de risque, on pense généralement au danger de perdre de l’argent.
Mais sur un placement de trente ans, il existe également un risque de ne pas suffisamment faire fructifier son capital.
Une personne de 30 ou 35 ans qui place l’essentiel de son PER sur des supports extrêmement prudents pendant plusieurs décennies peut passer à côté d’une grande partie du potentiel de croissance offert par les marchés financiers.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un portefeuille doit être composé à 100 % d’actions. La bonne allocation dépend de la situation personnelle, de la tolérance aux fluctuations et des autres actifs du patrimoine.
Mais un PER destiné à rester investi trente ans ne doit pas être géré comme une épargne destinée à financer une voiture dans dix-huit mois.
À l’inverse, conserver une exposition très agressive à quelques mois de la retraite alors que l’on prévoit de retirer rapidement une grande partie du capital peut être tout aussi dangereux.
Le bon risque est celui qui correspond au temps dont dispose l’épargnant pour absorber les fluctuations du marché.
Quatrième signal : votre conseiller ne parle que de la réduction d’impôt
C’est probablement l’une des plus grosses erreurs commerciales entourant le PER.
« Versez 10 000 euros et économisez 3 000 ou 4 000 euros d’impôt » constitue un argument extrêmement efficace.
Mais le PER n’est pas une réduction d’impôt gratuite.
Dans le cas des versements volontaires déduits du revenu imposable, l’avantage fiscal obtenu à l’entrée possède une contrepartie lors de la sortie. Lorsque le capital est récupéré à la retraite, la fraction correspondant aux versements volontaires déduits est soumise au barème de l’impôt sur le revenu, tandis que la fiscalité des gains dépend du régime applicable. Bercy indique qu’en 2026 le prélèvement global applicable aux produits lors d’une sortie en capital atteint 31,4 %, compte tenu du relèvement des prélèvements sociaux à 18,6 %.
Le PER est donc particulièrement intéressant lorsque la déduction intervient pendant une période où le taux marginal d’imposition est élevé et que la fiscalité supportée à la retraite est plus faible ou peut être organisée efficacement.
Par exemple, une personne imposée aujourd’hui dans une tranche élevée peut obtenir une économie fiscale substantielle grâce à son versement. Si ses revenus diminuent fortement à la retraite, le différentiel peut être favorable.
Mais pour une personne très peu imposée aujourd’hui, bloquer de l’argent pendant plusieurs décennies uniquement pour obtenir une faible économie fiscale peut être beaucoup moins pertinent.
Le taux marginal d’imposition compte donc souvent davantage que le simple montant versé.
Une bonne stratégie PER doit aussi réfléchir à ce que devient l’économie d’impôt
Un autre point est rarement expliqué.
Supposons qu’un versement sur votre PER réduise votre impôt de plusieurs milliers d’euros. Deux stratégies sont possibles.
Dans la première, l’économie fiscale est immédiatement dépensée. Dans la seconde, elle est elle-même épargnée ou investie.
Les résultats patrimoniaux à long terme ne seront évidemment pas les mêmes.
Le PER devient beaucoup plus puissant lorsque l’économie fiscale obtenue à l’entrée permet d’augmenter réellement le patrimoine financier, plutôt que de simplement augmenter les dépenses de consommation de l’année.
Il faut donc raisonner sur l’ensemble de l’opération : versement, économie fiscale, investissement de cette économie et fiscalité future.
Cinquième signal : vous versez après 70 ans en pensant toujours déduire la somme
Une importante modification est entrée en vigueur en 2026.
Depuis le 1er janvier 2026, les versements réalisés sur un PER après 70 ans ne bénéficient plus de la déduction du revenu imposable. Un titulaire peut continuer à alimenter son PER, mais l’un des principaux intérêts fiscaux du versement volontaire disparaît après cet âge.
Cette nouveauté rend indispensable un contrôle pour les épargnants concernés.
Continuer mécaniquement un prélèvement programmé après 70 ans sans se demander pourquoi l’argent est versé peut ne plus avoir le même intérêt patrimonial qu’auparavant.
Le PER peut conserver d’autres caractéristiques utiles selon la situation, mais le raisonnement fiscal doit être entièrement recalculé.
Une autre nouveauté 2026 rend certains versements plus intéressants
La réforme comporte également une évolution favorable.
À partir des versements 2026, il est désormais possible, dans certaines conditions, de mobiliser des plafonds de déduction non utilisés des cinq années précédentes, contre une période plus courte auparavant. Des règles transitoires particulières continuent cependant de s’appliquer à certains plafonds antérieurs.
Cette possibilité peut être particulièrement intéressante pour une personne dont les revenus augmentent fortement une année donnée, un indépendant réalisant un exercice exceptionnel ou quelqu’un percevant une prime importante.
Au lieu de verser automatiquement le même montant chaque année, il peut donc être pertinent d’examiner son plafond épargne retraite figurant sur l’avis d’impôt et de concentrer certains versements pendant les périodes où leur efficacité fiscale est la plus forte.
Le PER devrait alors être piloté comme un véritable outil patrimonial et non comme un simple prélèvement automatique de 100 ou 200 euros par mois.
Sixième signal : tout votre argent disponible part dans le PER
Le PER est par principe un placement de long terme dont l’épargne reste bloquée jusqu’à la retraite.
Il existe plusieurs cas de déblocage anticipé, notamment certains accidents de la vie ainsi que l’acquisition de la résidence principale pour certaines catégories de sommes. Mais ces exceptions ne transforment pas le PER en compte d’épargne disponible à tout moment.
Un ménage sans épargne de précaution suffisante devrait donc réfléchir avant de consacrer une part excessive de ses liquidités au PER uniquement pour obtenir une économie d’impôt.
Une panne automobile, une perte d’emploi, des travaux urgents ou une dépense familiale inattendue ne constituent pas nécessairement des motifs permettant de récupérer librement l’argent.
Le PER doit donc venir après la construction d’une réserve de sécurité adaptée, et non la remplacer.
C’est également ce qui explique sa complémentarité avec l’assurance-vie ou d’autres placements plus liquides. Bercy présente d’ailleurs explicitement assurance-vie et PER comme deux enveloppes complémentaires : l’une apporte davantage de disponibilité, l’autre est spécifiquement organisée autour de l’épargne retraite.
Septième signal : votre contrat est cher mais vous pensez être obligé de le garder
C’était précisément l’un des problèmes que la loi Pacte voulait résoudre.
Un PER individuel peut être transféré vers un autre PER. Lorsque le plan a été détenu pendant au moins cinq ans, le transfert est gratuit. Avant cinq ans, les frais éventuels sont plafonnés à 1 % de l’encours transféré.
Cette transférabilité constitue une véritable arme pour l’épargnant.
Un contrat ouvert en 2020 ou 2021 peut donc aujourd’hui avoir dépassé cinq ans de détention et devenir transférable sans frais de transfert. C’est précisément le moment de comparer son PER avec les offres actuelles.
Si le nouveau contrat offre des frais inférieurs, davantage de supports, une meilleure gestion pilotée ou un accompagnement plus adapté, conserver l’ancien produit uniquement par habitude peut coûter cher sur les vingt prochaines années.
Attention néanmoins : transférer ne signifie pas forcément gagner.
Il faut comparer avant de bouger.
Un ancien PERP ou contrat Madelin ne doit pas non plus être transféré automatiquement
Les anciens PERP, contrats Madelin et autres dispositifs historiques peuvent être transférés vers un PER moderne. Mais cela ne signifie pas que tout transfert soit forcément avantageux.
Certains anciens contrats peuvent comporter des garanties particulières, des conditions de rente, des taux techniques ou des caractéristiques qui seraient définitivement perdues lors du transfert.
Le bon raisonnement consiste donc à comparer ce que l’on gagne et ce que l’on abandonne.
Bercy rappelle d’ailleurs qu’un détenteur d’un ancien PERP peut choisir de le conserver ou de le transférer vers un PER. Le transfert n’est pas obligatoire.
La phrase « votre ancien contrat est dépassé, il faut absolument le transférer » doit donc être considérée avec prudence lorsqu’elle vient de la personne qui percevra une rémunération sur le nouveau contrat.
Huitième signal : personne ne vous a reparlé de votre PER depuis sa souscription
Un PER ouvert à 40 ans peut rester investi pendant plus de vingt ans.
Pendant cette période, presque tout peut changer : revenus, situation familiale, patrimoine immobilier, tranche fiscale, capacité d’épargne, âge prévu de départ à la retraite et tolérance au risque.
Une allocation parfaitement cohérente en 2022 peut ne plus l’être en 2026.
L’organisme gestionnaire doit transmettre régulièrement des informations concernant notamment l’évolution du compte, les performances des investissements et les conditions de transfert. À partir de la cinquième année précédant le départ en retraite, le titulaire peut également l’interroger sur les possibilités de sortie adaptées à sa situation.
L’ACPR et l’AMF ont justement indiqué que leur vigilance sur la commercialisation et la gestion des PER se poursuivrait en 2026, notamment sur la qualité du conseil, les rémunérations et les conflits d’intérêts.
Un contrat vendu puis oublié pendant vingt ans n’est donc pas une gestion patrimoniale satisfaisante.
Un contrôle annuel léger et un véritable bilan tous les quelques années peuvent suffire.
Neuvième signal : vous approchez de la retraite sans avoir réfléchi à la sortie
Accumuler du capital n’est que la première moitié du travail.
À la retraite, les sommes correspondant notamment aux versements volontaires d’un PER individuel peuvent être récupérées sous forme de capital, de rente ou d’une combinaison des deux. Le capital peut également être fractionné dans certaines configurations. En revanche, les droits provenant de certains versements obligatoires obéissent à des règles spécifiques et peuvent être destinés à une sortie en rente.
Cette liberté crée une véritable stratégie fiscale.
Retirer 200 000 euros en une seule fois n’a pas nécessairement le même impact fiscal que récupérer le capital progressivement sur plusieurs années. Selon les revenus du foyer, le type de versements et leur traitement fiscal, un fractionnement peut être beaucoup plus pertinent.
Il faut également décider combien conserver investi après le départ à la retraite.
Un retraité de 65 ans peut encore avoir un horizon d’investissement de vingt ou trente ans. Sécuriser absolument 100 % du portefeuille le jour du départ peut donc être aussi discutable que conserver une allocation extrêmement agressive.
La sortie doit être pensée plusieurs années avant la retraite, pas le matin où l’on demande le premier retrait.
Dixième signal : le PER vous a été vendu avec une promesse de rendement
Un PER peut investir dans des marchés financiers et comporte donc un risque de perte en capital.
Une promesse de rendement élevé, régulier et sans risque doit immédiatement susciter de la méfiance. L’AMF rappelle en 2026 que les faux conseillers et offres de placement frauduleuses restent nombreux et recommande de vérifier systématiquement l’autorisation de l’interlocuteur et de l’établissement avant de verser de l’argent.
Il faut également se méfier des discours reposant sur l’urgence : « avantage fiscal qui disparaît demain », « transfert obligatoire », « offre réservée jusqu’à ce soir » ou « rendement garanti exceptionnel ».
Un PER est un engagement pouvant durer plusieurs décennies.
Une décision destinée à financer trente années de retraite ne devrait jamais être prise à la suite d’un appel téléphonique de dix minutes.
Les critères d’un bon PER en 2026
À l’inverse, un bon PER n’est pas nécessairement celui qui affiche la performance la plus élevée sur les douze derniers mois.
Il doit avant tout présenter une structure de frais compréhensible et compétitive, un choix suffisamment large de supports, une allocation cohérente avec l’horizon de retraite et un mode de gestion adapté au niveau de connaissance de l’épargnant.
Il doit également permettre de comprendre clairement ce qui se passera à la sortie.
Un contrat disposant d’excellents ETF ou de très bons fonds mais totalement inadapté au profil du titulaire n’est pas un bon PER pour cette personne.
La qualité d’un PER est donc la combinaison de l’enveloppe, des investissements, du coût, de la fiscalité et de la stratégie personnelle.
Faut-il privilégier la gestion libre ou la gestion pilotée ?
Il n’existe pas de réponse universelle.
La gestion pilotée peut parfaitement convenir à un épargnant qui ne souhaite pas effectuer lui-même ses arbitrages. Le principe de désensibilisation progressive permet d’éviter qu’un portefeuille reste excessivement risqué juste avant la retraite. C’est justement pour cette raison qu’elle est proposée par défaut.
La gestion libre peut être intéressante pour un investisseur davantage expérimenté qui souhaite construire lui-même son allocation, utiliser des ETF lorsque le contrat le permet ou coordonner son PER avec son PEA, son assurance-vie et le reste de son patrimoine.
Mais gérer librement ne signifie pas simplement choisir les fonds ayant le mieux progressé l’année précédente.
L’AMF rappelle l’importance de la diversification et de l’adéquation entre le niveau de risque et l’horizon d’investissement.
Le meilleur mode de gestion est donc celui que l’épargnant comprend et qu’il est capable de conserver, y compris pendant les fortes baisses de marché.
Un PER doit être regardé à l’échelle de tout le patrimoine
C’est probablement le point le plus important.
Analyser un PER isolément ne permet pas de savoir s’il est bien investi.
Une personne possédant déjà un patrimoine immobilier très important, beaucoup de liquidités et peu d’actions n’a pas nécessairement besoin de la même allocation qu’une personne dont presque tout le patrimoine financier est déjà exposé aux marchés actions.
Le PER doit être intégré au PEA, à l’assurance-vie, à l’immobilier, à l’épargne salariale, aux pensions futures et aux besoins de liquidité.
C’est également pour cette raison qu’un profil « prudent » affiché sur un contrat n’indique pas nécessairement que le patrimoine global du ménage est prudent.
La vraie gestion patrimoniale ne consiste pas à optimiser chaque enveloppe séparément. Elle consiste à organiser l’ensemble.
Pourquoi le sujet devient encore plus important aujourd’hui
Avec 150,4 milliards d’euros d’encours fin 2025, le PER a désormais atteint une taille considérable. Son encours a progressé de 20 % en une seule année et de 46 % sur deux ans. Plus de 60 % des actifs du dispositif financent directement les entreprises, selon la Direction générale du Trésor.
Le produit a donc clairement réussi son installation dans l’épargne française.
Mais ce succès commercial implique désormais un second enjeu : vérifier que les millions de contrats ouverts sont réellement de qualité et restent adaptés à leurs titulaires.
L’épargnant qui a ouvert un PER en 2020 uniquement parce que son conseiller lui avait parlé de défiscalisation dispose aujourd’hui de six années de recul.
Il peut regarder ce qu’il a versé, ce que vaut son contrat, ce qu’il a réellement gagné, combien il a payé en frais et comment son allocation a évolué.
C’est beaucoup plus utile que de juger le PER uniquement sur sa réduction d’impôt initiale.
Un audit annuel peut être très simple
Il n’est pas nécessaire de transformer chaque titulaire de PER en analyste financier.
Une fois par an, il suffit de se poser quelques questions précises. Combien ai-je versé ? Quelle est la valeur actuelle du contrat ? Quelle performance ai-je réellement obtenue ? Quels frais ont été prélevés ? Quelle proportion est investie en actions, obligations, fonds euros ou autres actifs ? Mon profil de risque est-il toujours adapté ? Quel est mon horizon avant la retraite ? Mon taux marginal d’imposition justifie-t-il toujours mes nouveaux versements ?
Enfin, il faut regarder la concurrence.
Si le PER a plus de cinq ans, le transfert vers un autre PER est en principe gratuit. Cette seule règle justifie de comparer périodiquement les offres disponibles.
Comparer ne signifie évidemment pas transférer tous les ans. Mais un contrat qui sait que son client peut partir est généralement soumis à davantage de pression concurrentielle qu’un produit dont l’épargnant se croit prisonnier.
Ce qu’il faut retenir
Le PER est devenu l’un des placements majeurs de l’épargne française. À fin 2025, il représentait 150,4 milliards d’euros d’encours et 12,9 millions de titulaires, avec une progression de 20 % sur une seule année.
Mais tous les PER ne se valent pas.
Le premier signal d’alerte est un niveau de frais que l’épargnant ne parvient pas à expliquer. Il ne faut pas regarder uniquement les frais de gestion affichés par le contrat : les frais sur versement, les coûts internes des fonds, la gestion pilotée et les autres prélèvements doivent être additionnés.
Le deuxième risque est une allocation inadaptée. La gestion pilotée à horizon est proposée par défaut et réduit progressivement le risque à l’approche de la retraite, mais elle ne garantit jamais le capital. Le profil et l’horizon doivent donc être régulièrement vérifiés.
Le troisième danger consiste à considérer la réduction d’impôt comme un cadeau définitif. Les versements déduits bénéficient d’un avantage fiscal à l’entrée mais entraînent une fiscalité lors de la sortie. Le PER doit donc être analysé en fonction du taux marginal d’imposition aujourd’hui et de la situation envisagée à la retraite.
Cette réflexion est d’autant plus importante que les règles ont changé en 2026 : les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles, tandis que l’utilisation de certains plafonds de déduction non consommés peut désormais remonter jusqu’à cinq années.
Enfin, un mauvais PER n’est pas nécessairement une condamnation jusqu’à la retraite. Après cinq ans de détention, le transfert vers un autre PER est gratuit ; avant cinq ans, les frais sont plafonnés à 1 % de l’encours.
Le véritable avantage du PER ne réside donc pas simplement dans sa fiscalité.
Il se trouve dans la combinaison d’une bonne allocation de long terme, de frais maîtrisés, d’une utilisation intelligente de la déduction fiscale et d’une stratégie de sortie préparée suffisamment tôt.
Un PER ouvert à 40 ans peut accompagner son titulaire pendant vingt-cinq ou trente ans. Sur une durée aussi longue, quelques dixièmes de pourcentage de frais, une mauvaise allocation ou une stratégie fiscale mal choisie peuvent représenter beaucoup plus d’argent que l’économie d’impôt qui avait motivé l’ouverture du contrat.
La bonne question à poser en 2026 n’est donc pas seulement « combien mon PER me fait-il économiser d’impôt cette année ? », mais « combien ce PER me permettra-t-il réellement de conserver, net de frais et de fiscalité, au moment où j’en aurai besoin ? »
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