Publié le 22 August 2026 à 17:30 — Mis à jour le 21 August 2026 à 21:56

Le paysage bancaire et patrimonial français a beaucoup évolué depuis 2023. Deux sujets méritent particulièrement l’attention des épargnants en 2026 : le retour du Crédit Commercial de France, plus connu sous le nom de CCF, et les nouvelles règles encadrant les frais bancaires prélevés lors d’une succession. Ces deux dossiers avaient déjà fait parler d’eux il y a quelques années. Mais plusieurs annonces de l’époque ont depuis été mal interprétées. Non, une nouvelle banque numérique destinée principalement aux jeunes n’a pas été lancée en octobre 2023. Et non, l’abattement général sur les successions entre parents et enfants n’est pas passé de 100 000 à 150 000 euros. La réalité de 2026 est à la fois plus précise et plus intéressante. Le CCF, relancé le 1er janvier 2024 après la reprise des activités françaises de banque de détail de HSBC, vient de retrouver la rentabilité. Et depuis la fin de 2025, les banques ne peuvent plus facturer librement les frais administratifs liés au décès de l’un de leurs clients. Pour les familles qui préparent la transmission de leur patrimoine, ces changements méritent d’être compris.

Le CCF n’est pas réellement une « nouvelle banque »

L’histoire commence en réalité bien avant 2023.

Le Crédit Commercial de France a été créé en 1917 avant d’être racheté par HSBC en 2000.

Lorsque HSBC a décidé de céder sa banque de détail française à My Money Group, le repreneur a choisi de faire renaître cette marque historique.

Le retour du CCF est devenu effectif le 1er janvier 2024. (ccf.fr)

L’opération concernait l’ancien réseau français de HSBC et plusieurs centaines de milliers de clients.

Le CCF dispose aujourd’hui de 254 agences et se positionne principalement sur la banque patrimoniale, les familles disposant d’un patrimoine significatif, les entrepreneurs et les professions libérales. (ccf.fr)

Il est donc très éloigné de l’image d’une néobanque conçue uniquement autour d’une application mobile et destinée à une clientèle jeune.

Le positionnement est presque inverse :

conseil humain, gestion de patrimoine, crédit immobilier, épargne et accompagnement des familles constituent le cœur de sa stratégie.

Deux ans après son retour, le CCF devient rentable

L’intérêt de revenir sur cette histoire en 2026 est que l’on dispose désormais de suffisamment de recul pour juger la réussite du projet.

Et les derniers chiffres sont plutôt spectaculaires.

Au premier semestre 2026, le Groupe CCF a enregistré un résultat net de 62 millions d’euros, contre une perte de 122 millions un an plus tôt.

Ses revenus ont atteint 435 millions d’euros, en progression de 7,2 %, tandis que les coûts opérationnels ont diminué de 13,6 %. (moneyvox.fr)

Le groupe indique ainsi avoir retrouvé la rentabilité avec un an d’avance sur son plan de transformation. (groupeccf.fr)

La trajectoire est d’autant plus intéressante que la transformation a nécessité des investissements et une restructuration particulièrement importants.

À fin juin 2026, le CCF affichait également :

  • 47,8 milliards d’euros d’actifs clients ;
  • 2,6 milliards d’euros de nouveaux crédits produits sur six mois ;
  • dont 1,9 milliard d’euros de crédits immobiliers ;
  • et environ 251 000 clients appartenant à sa clientèle patrimoniale cible. (groupeccf.fr)

Le retour de la marque CCF n’est donc plus aujourd’hui un simple projet.

C’est devenu un acteur bancaire installé dans le paysage français.

L’intelligence artificielle est bien présente, mais pas comme on l’imaginait en 2023

L’ancien article présentait la banque comme un nouvel établissement construit autour de l’intelligence artificielle et de conseils automatisés.

Ce n’était pas exact à l’époque.

Ironiquement, l’intelligence artificielle fait bien partie de la transformation du CCF en 2026, mais sous une forme beaucoup plus réaliste.

Le groupe explique développer un modèle de conseiller humain « augmenté par l’IA » et utiliser progressivement l’intelligence artificielle pour automatiser certaines tâches opérationnelles. (groupeccf.fr)

L’objectif n’est donc pas de remplacer le conseiller bancaire par un robot.

Il s’agit plutôt d’utiliser la technologie pour réduire certaines tâches administratives et permettre aux conseillers de consacrer davantage de temps à l’accompagnement patrimonial.

Cette évolution est probablement plus représentative de la transformation actuelle du secteur bancaire français que l’opposition traditionnelle entre « banque physique » et « banque en ligne ».

La frontière entre les deux modèles devient progressivement moins nette.

La transmission devient justement un enjeu majeur pour les banques

Le positionnement patrimonial du CCF prend tout son sens lorsqu’on regarde ce qui se prépare en France.

Selon une étude CCF-CSA publiée en mai 2026, près de 9 000 milliards d’euros de patrimoine pourraient changer de mains en France au cours des prochaines décennies. (groupeccf.fr)

Parmi les Français patrimoniaux interrogés :

88 % ont déjà réfléchi à leur transmission, mais seulement 38 % ont réellement pris des dispositions.

Plus révélateur encore, seuls 16 % déclarent avoir une idée précise des frais que leurs héritiers devront supporter. (groupeccf.fr)

Cette méconnaissance explique en partie pourquoi les informations concernant les successions sont régulièrement mal comprises.

Car il existe une différence fondamentale entre :

les droits de succession dus à l’État

et

les frais bancaires de succession facturés par la banque.

Ce sont deux choses totalement différentes.

Non, l’abattement de succession n’est pas passé à 150 000 euros

C’est la principale erreur de l’ancien article.

En 2026, lorsqu’un enfant hérite de l’un de ses parents, il bénéficie toujours d’un abattement de 100 000 euros sur sa part de succession.

Cet abattement s’applique pour chaque parent et pour chaque enfant. (service-public.gouv.fr)

Prenons un exemple simple.

Un enfant reçoit 150 000 euros de son père.

Il bénéficie d’un abattement de :

100 000 euros.

Les droits de succession seront donc calculés sur :

50 000 euros.

La taxation en ligne directe est ensuite progressive, avec des taux allant de 5 % à 45 % selon le montant transmis après abattement. (service-public.gouv.fr)

Il n’existe donc pas, en août 2026, d’abattement général de 150 000 euros par enfant.

Le chiffre annoncé quelques années auparavant relevait de propositions ou d’hypothèses politiques qui ne sont pas devenues la règle fiscale générale.

Une vraie réforme est toutefois entrée en vigueur sur les frais bancaires de succession

C’est ici qu’un changement important est réellement intervenu.

Lorsqu’un client décède, sa banque doit effectuer plusieurs opérations :

identifier les avoirs,

échanger avec le notaire,

bloquer puis clôturer certains comptes,

et transférer les sommes aux héritiers.

Pendant longtemps, les banques fixaient assez librement le prix facturé pour ces démarches.

Cela pouvait conduire à des frais très importants.

La réglementation a changé à compter du 13 novembre 2025.

Depuis cette date, les frais bancaires liés à une succession sont encadrés. (service-public.gouv.fr)

En 2026, lorsqu’ils peuvent être facturés, ils sont limités à :

1 % du montant total des comptes et produits d’épargne concernés

avec un plafond absolu de :

857 euros. (service-public.gouv.fr)

Le plafond était initialement de 850 euros fin 2025 et a été revalorisé à 857 euros au 1er janvier 2026.

Il doit désormais évoluer chaque année avec l’inflation.

Dans certains cas, la banque ne peut plus facturer aucun frais

La réforme va encore plus loin.

Les frais bancaires de succession doivent être entièrement gratuits dans trois situations principales.

C’est notamment le cas lorsque le défunt était mineur.

La gratuité s’applique également lorsque le montant total des comptes et produits d’épargne du défunt est inférieur à 5 965 euros en 2026.

Enfin, les frais sont supprimés lorsque la succession ne présente pas de complexité manifeste et que les héritiers fournissent les justificatifs prévus, notamment un acte de notoriété ou, dans certaines situations, une attestation signée par l’ensemble des héritiers. (service-public.gouv.fr)

C’est une avancée importante pour les familles.

Mais là encore, il ne faut pas confondre ces frais avec les droits de succession fiscaux, qui restent dus selon le patrimoine transmis et le lien familial.

Une autre nouveauté fiscale mérite réellement l’attention en 2026

S’il n’y a pas eu de passage général de l’abattement successoral à 150 000 euros, une mesure temporaire particulièrement intéressante existe en revanche jusqu’à la fin de l’année 2026.

Depuis le 15 février 2025 et jusqu’au 31 décembre 2026, certains dons familiaux de sommes d’argent peuvent bénéficier d’une exonération spécifique lorsqu’ils servent à :

acheter un logement neuf ou en VEFA

ou

financer certains travaux de rénovation énergétique de la résidence principale. (impots.gouv.fr)

L’exonération peut atteindre :

100 000 euros par donateur

avec une limite globale de :

300 000 euros reçus par le bénéficiaire. (impots.gouv.fr)

Les sommes doivent cependant être utilisées dans les six mois suivant leur versement et les conditions relatives au logement doivent être respectées pendant plusieurs années.

C’est probablement l’une des mesures patrimoniales les plus intéressantes à examiner avant le 31 décembre 2026 pour certaines familles.

Cette exonération peut-elle s’ajouter aux abattements classiques ?

La fiscalité des donations comporte plusieurs mécanismes distincts.

Dans le régime classique, un parent peut donner à chacun de ses enfants jusqu’à 100 000 euros tous les quinze ans sans droits de donation grâce à l’abattement personnel. (service-public.fr)

Sous certaines conditions d’âge, un don familial de somme d’argent peut également bénéficier d’une exonération complémentaire pouvant aller jusqu’à 31 865 euros, renouvelable tous les quinze ans. (impots.gouv.fr)

Ces dispositifs peuvent donc permettre d’anticiper une transmission plutôt que d’attendre le décès.

Mais les règles de cumul, l’âge des donateurs, les donations déjà réalisées au cours des quinze dernières années et la nature des biens transmis doivent être vérifiés avant l’opération.

Une donation importante ne doit donc jamais être réalisée uniquement sur la base d’un plafond lu dans un article.

Exemple : transmettre de son vivant peut changer considérablement la facture

Prenons un couple disposant de deux enfants.

Chaque parent dispose d’un abattement classique de 100 000 euros par enfant renouvelable tous les quinze ans.

Le couple peut donc théoriquement transmettre :

100 000 € × 2 parents × 2 enfants = 400 000 €

sans droits de donation dans le cadre de ces abattements, sous réserve notamment de ne pas les avoir déjà utilisés pendant la période concernée.

À cela peuvent, selon les situations, s’ajouter d’autres dispositifs.

C’est pourquoi la transmission de patrimoine ne doit pas être réfléchie uniquement au moment du décès.

Une stratégie commencée suffisamment tôt peut parfois permettre d’utiliser plusieurs fois les abattements au cours d’une vie.

Le démembrement reste également un outil patrimonial majeur

Pour transmettre un bien immobilier tout en conservant son utilisation ou ses revenus, le démembrement de propriétéreste une technique importante.

Le propriétaire peut transmettre la nue-propriété à ses enfants tout en conservant l’usufruit.

La valeur fiscale de la nue-propriété dépend de l’âge du donateur.

Plus la transmission intervient tôt, plus la valeur taxable de la nue-propriété peut être limitée.

Au décès de l’usufruitier, l’usufruit rejoint en principe la nue-propriété sans nouveaux droits de succession sur cette réunion.

Cette stratégie peut être particulièrement efficace pour l’immobilier, mais elle comporte des conséquences juridiques importantes : décisions concernant le bien, travaux, vente future ou répartition des revenus.

Elle doit donc être structurée avec un notaire.

L’assurance-vie conserve également un rôle spécifique

L’assurance-vie reste elle aussi un outil important de transmission en France.

Les règles fiscales appliquées au décès dépendent notamment de l’âge auquel les primes ont été versées.

Pour les versements effectués avant 70 ans, le régime peut notamment prévoir un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire avant application de la fiscalité propre à l’assurance-vie, sous réserve des règles applicables au contrat et à la situation.

Ce régime est distinct des abattements successoraux classiques.

C’est pourquoi une stratégie de transmission ne se résume jamais au seul montant de 100 000 euros par enfant.

Il faut raisonner à l’échelle de l’ensemble du patrimoine :

immobilier,

placements financiers,

assurance-vie,

liquidités,

sociétés,

donations antérieures,

et situation familiale.

Pourquoi ces sujets deviennent particulièrement importants en 2026

La France entre progressivement dans une période de transmission patrimoniale considérable.

Le vieillissement de la population et l’accumulation de patrimoine par les générations précédentes vont entraîner d’importants transferts entre générations au cours des prochaines décennies.

L’étude CCF-CSA estime à près de 9 000 milliards d’euros les patrimoines susceptibles d’être transmis en France dans les décennies à venir. (groupeccf.fr)

Pourtant, seuls 23 % des Français interrogés dans cette étude déclarent avoir déjà formalisé des dispositions concrètes concernant leur transmission. (groupeccf.fr)

Le principal risque patrimonial n’est donc pas uniquement le niveau de taxation.

C’est parfois l’absence totale d’anticipation.

Ce que doivent faire les propriétaires et les épargnants

La première étape consiste à établir un état précis du patrimoine :

  • valeur des biens immobiliers ;
  • épargne bancaire ;
  • portefeuille titres ;
  • assurance-vie ;
  • épargne retraite ;
  • participations dans des sociétés ;
  • emprunts restant à rembourser.

Il faut ensuite identifier les bénéficiaires futurs et estimer la fiscalité susceptible de s’appliquer.

Ce diagnostic permet de déterminer s’il est utile de mettre en place :

une donation,

un démembrement,

une donation-partage,

une modification de clause bénéficiaire d’assurance-vie,

ou simplement de ne rien changer pour le moment.

Le but n’est pas de chercher à supprimer toute fiscalité à n’importe quel prix.

Il est de transmettre au bon moment, aux bonnes personnes et avec suffisamment de sécurité pour le donateur lui-même.

Un parent ne doit évidemment pas donner un capital dont il pourrait avoir besoin quelques années plus tard pour financer sa retraite, sa dépendance ou ses dépenses courantes.

Ce qu’il faut retenir

L’ancien article mélangeait plusieurs informations datant de 2023 qui doivent être corrigées.

La « nouvelle banque » annoncée à l’époque était en réalité le retour du Crédit Commercial de France, après le rachat de la banque de détail de HSBC France.

Le CCF a officiellement repris son nom le 1er janvier 2024 et se positionne aujourd’hui comme une banque essentiellement patrimoniale, disposant de 254 agences. (ccf.fr)

Deux ans et demi plus tard, le projet commence à produire des résultats : le Groupe CCF a enregistré 62 millions d’euros de bénéfice net au premier semestre 2026, avec 435 millions de revenus et 47,8 milliards d’euros d’actifs clients. (moneyvox.fr)

Concernant les successions, l’ancien article comportait en revanche une erreur importante :

l’abattement entre un parent et son enfant reste fixé à 100 000 euros en 2026. Il n’est pas passé à 150 000 euros.(service-public.gouv.fr)

La véritable nouveauté concerne les frais bancaires de succession.

Depuis novembre 2025, ils sont encadrés et, lorsqu’ils peuvent être facturés, ils ne peuvent dépasser 1 % des avoirs concernés ni 857 euros en 2026. Plusieurs successions simples bénéficient même désormais d’une gratuité totale. (service-public.gouv.fr)

Enfin, une mesure temporaire permet jusqu’au 31 décembre 2026 de transmettre jusqu’à 100 000 euros par donateur et 300 000 euros par bénéficiaire sans droits dans certaines situations précises liées à l’achat d’un logement neuf ou à la rénovation énergétique. (impots.gouv.fr)

La véritable leçon pour les épargnants est donc différente de celle de 2023.

En 2026, ce n’est pas une hypothétique hausse générale de l’abattement successoral qu’il faut attendre. Il faut surtout utiliser intelligemment les dispositifs qui existent déjà et anticiper suffisamment tôt la transmission de son patrimoine.