Après plusieurs années particulièrement favorables, les banques européennes pourraient-elles encore améliorer leurs bénéfices ?
À première vue, cela peut sembler surprenant. Après le spectaculaire relèvement des taux entre 2022 et 2023, la Banque centrale européenne avait commencé à assouplir sa politique monétaire dès 2024.
Mais en 2026, le contexte a de nouveau changé. La résurgence de l’inflation et la hausse des prix de l’énergie ont conduit la BCE à relever ses taux à deux reprises durant l’été. Fin septembre, le taux de dépôt se situe à 2,50 %.
Dans ce contexte, plusieurs analystes anticipent désormais de nouveaux records de profits pour les banques européennes entre 2026 et 2028. Bank of America fait notamment partie des établissements qui tablent sur une poursuite de la progression des bénéfices du secteur.
Mais cette dynamique ne repose pas uniquement sur les taux.
Les banques européennes partent déjà d’un niveau de rentabilité élevé
Le secteur bancaire européen s’est profondément renforcé depuis la crise financière de 2008.
Au premier semestre 2026, l’Autorité bancaire européenne considère toujours que les banques de l’Union européenne et de l’Espace économique européen évoluent depuis une position de solidité, grâce à des niveaux élevés de capital, de liquidité et de qualité des actifs.
Au deuxième trimestre 2026, leur ratio moyen de fonds propres CET1 atteint 16,1 %, un niveau élevé au regard des exigences réglementaires.
La rentabilité est également restée solide.
Selon l’EBA, le rendement moyen des fonds propres des banques européennes se situait autour de 9,9 % en 2025.
Les établissements anticipent actuellement :
- 9,8 % en 2026 ;
- 10,3 % en 2027 ;
- 11,2 % en 2028.
Ce n’est donc pas une explosion immédiate des profits en 2026, mais plutôt une perspective d’amélioration progressive jusqu’en 2028.
Les taux restent un moteur… mais pas exactement comme avant
Entre 2022 et 2024, la hausse brutale des taux avait fortement amélioré la marge nette d’intérêt des banques.
Le mécanisme est assez simple : les banques ont pu augmenter rapidement le rendement de nombreux crédits et placements tandis que la rémunération d’une partie des dépôts progressait moins vite.
Cette dynamique s’est progressivement normalisée.
La BCE constate d’ailleurs qu’en 2025, le revenu net d’intérêt des banques de la zone euro avait commencé à diminuer. Cette baisse avait cependant été compensée par d’autres sources de revenus.
En 2026, un nouveau phénomène intervient.
Les banques détiennent d’importants portefeuilles obligataires et des instruments de couverture arrivant progressivement à échéance. Lorsqu’elles peuvent réinvestir ces sommes à des rendements plus élevés, cela améliore leurs revenus financiers sans qu’elles aient nécessairement besoin d’augmenter fortement leurs volumes de crédit.
C’est l’un des facteurs actuellement mis en avant pour expliquer les perspectives favorables du secteur.
Le crédit recommence également à progresser
Deuxième moteur : les volumes.
Les banques européennes continuent à augmenter leurs encours de crédit.
Selon l’EBA, la croissance des prêts se poursuit en 2026 tout en conservant, pour l’instant, une bonne qualité des actifs.
La demande des entreprises joue un rôle important, notamment pour financer leurs investissements.
Les ménages contribuent également à cette reprise, même si les situations diffèrent fortement d’un pays européen à l’autre.
C’est une combinaison favorable pour les banques :
davantage de crédits + des marges encore élevées + un niveau limité d’impayés.
Le coût du risque reste faible
C’est probablement l’un des éléments les plus importants pour comprendre la rentabilité bancaire.
Une banque peut générer énormément de revenus et pourtant perdre une grande partie de ses bénéfices si ses clients ne remboursent plus leurs crédits.
Pour l’instant, ce scénario ne se matérialise pas à grande échelle.
L’EBA considère que la qualité des actifs reste solide et que les niveaux de créances dégradées demeurent contenus.
Les niveaux d’endettement des ménages et des entreprises se sont également assainis dans plusieurs économies européennes depuis les excès observés avant la crise financière.
Tant que le chômage reste contenu et que les entreprises conservent une situation financière suffisamment solide, les banques peuvent donc maintenir leurs provisions à des niveaux raisonnables.
Les commissions prennent une place croissante
L’activité bancaire ne se limite évidemment plus au crédit.
Les établissements développent de plus en plus :
- l’assurance ;
- la gestion d’actifs ;
- la banque privée ;
- les paiements ;
- les services aux entreprises ;
- l’investissement et les marchés financiers.
La BCE constate que les revenus autres que les intérêts ont joué un rôle important dans la résistance de la rentabilité bancaire lorsque les revenus d’intérêt ont commencé à ralentir.
Cette diversification est stratégique.
Une banque moins dépendante de la seule marge sur les crédits devient également moins sensible aux changements de politique monétaire.
L’intelligence artificielle et la digitalisation peuvent réduire certains coûts
Les banques investissent massivement dans la technologie.
Automatisation de certaines tâches administratives, analyse documentaire, lutte contre la fraude, relation client, conformité, détection du risque de crédit : l’intelligence artificielle peut modifier une grande partie de leur fonctionnement.
Mais attention à une idée trop simpliste : l’IA ne signifie pas nécessairement une baisse immédiate de 10 ou 15 % des coûts.
L’EBA elle-même souligne que les prévisions de rentabilité des banques reposent en partie sur une diminution attendue des frais de personnel et des dépenses administratives, mais considère cette hypothèse comme potentiellement optimiste.
Les investissements informatiques et technologiques pourraient au contraire rester importants pendant plusieurs années.
L’amélioration des profits dépendra donc autant des gains de productivité futurs que du coût nécessaire pour moderniser les systèmes.
Des banques suffisamment solides pour verser davantage aux actionnaires
Le niveau élevé de fonds propres constitue également un élément favorable pour les investisseurs.
Les banques disposent aujourd’hui d’importants excédents de capital par rapport aux exigences réglementaires.
Cela leur permet potentiellement de distribuer davantage de dividendes ou de procéder à des rachats d’actions.
L’EBA observe d’ailleurs que les établissements prévoient une augmentation supplémentaire des distributions aux actionnaires.
Pour un investisseur en actions bancaires, le rendement ne dépend donc pas uniquement de la hausse du cours.
Les dividendes et rachats d’actions peuvent représenter une partie importante de la performance.
Le secteur reste néanmoins exposé à plusieurs risques
Le scénario favorable n’est absolument pas garanti.
Le premier risque est géopolitique.
La hausse récente des prix du pétrole et du gaz a déjà relancé l’inflation européenne. Fin septembre 2026, le Brent évolue autour de 105 dollars dans un contexte de tensions au Moyen-Orient.
Une nouvelle flambée énergétique pourrait provoquer :
- un ralentissement économique ;
- davantage de difficultés pour les entreprises ;
- une hausse des défauts de paiement ;
- et de nouvelles tensions sur les taux.
L’EBA cite explicitement les tensions géopolitiques, le risque de marché et les incertitudes macroéconomiques parmi les principaux risques pour le secteur.
La concurrence ne vient plus seulement des autres banques
Revolut, N26, Trade Republic, courtiers numériques et plateformes d’investissement obligent également les grandes banques européennes à évoluer.
Certaines banques cherchent désormais à récupérer une partie des commissions captées par les grands gestionnaires d’actifs en lançant leurs propres ETF et solutions d’investissement.
Dans le même temps, l’Europe reste beaucoup plus fragmentée que les États-Unis.
L’EBA souligne que les différences de réglementation, de fiscalité et de droit entre pays européens empêchent encore les banques de profiter pleinement d’un marché unique bancaire.
Les projets de rapprochement entre grands établissements européens pourraient donc rester un thème majeur des prochaines années.
Faut-il pour autant investir dans les banques ?
Des profits records ne signifient pas automatiquement que toutes les actions bancaires vont monter.
Une partie des bonnes nouvelles peut déjà être intégrée dans les cours.
Il faut notamment comparer :
- la rentabilité sur fonds propres ;
- la valorisation de l’action ;
- le dividende ;
- le coût du risque ;
- la croissance du crédit ;
- la qualité du bilan ;
- et l’exposition géographique de chaque établissement.
Une banque fortement exposée à l’Italie, à la France, à l’Allemagne ou aux marchés émergents peut présenter un profil complètement différent.
Ce qu’il faut retenir
Les banques européennes abordent la période 2026-2028 dans une situation financière particulièrement solide.
Le scénario favorable repose sur plusieurs moteurs : revenus d’intérêt encore élevés, réinvestissement des portefeuilles, reprise du crédit, diversification des commissions, coût du risque contenu et maîtrise progressive des dépenses.
Selon les projections recueillies par l’EBA, la rentabilité moyenne du secteur pourrait progresser jusqu’à un ROE d’environ 11,2 % en 2028.
Mais parler d’un nouvel âge d’or bancaire serait prématuré.
Le retour de l’inflation, les tensions énergétiques, une hausse du coût du risque ou un ralentissement économique pourraient rapidement modifier ces perspectives.
Pour les investisseurs, les banques européennes redeviennent donc un secteur à surveiller de près — mais la sélection des établissements restera probablement aussi importante que la tendance générale.
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