Faut-il rétablir l’impôt sur la fortune en France ? À l’automne 2026, la question revient au premier plan du débat fiscal.
Dominique de Villepin a récemment pris une position claire : l’ancien Premier ministre se dit opposé à la taxe Zucman, mais favorable au retour d’un impôt sur la fortune.
« Je suis contre la taxe Zucman mais je suis pour le retour de l’impôt sur la fortune », a-t-il déclaré en septembre 2026. Il évoque un impôt susceptible de rapporter environ 8 milliards d’euros par an, tout en plaidant également pour une révision de certaines niches fiscales et une augmentation de la fiscalité des successions.
Mais quelle différence y a-t-il réellement entre l’ancien ISF, l’actuel IFI et la taxe Zucman ?
Aujourd’hui, la France possède toujours un impôt sur la fortune… immobilière
L’ISF a disparu à compter de 2018 et a été remplacé par l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI).
La différence est majeure.
L’ancien ISF prenait en compte une partie importante du patrimoine immobilier et financier. L’IFI se concentre principalement sur le patrimoine immobilier non professionnel.
En 2026, un foyer devient imposable lorsque son patrimoine immobilier net taxable dépasse 1,3 million d’euros.
Le barème est ensuite progressif, de 0,5 % à 1,5 % pour la fraction dépassant 10 millions d’euros.
Les actions, obligations, liquidités ou une grande partie des placements financiers ne sont donc pas directement compris dans l’assiette de l’IFI.
C’est précisément cette différence que souhaitent remettre en question les défenseurs d’une taxation plus large du patrimoine.
Qu’est-ce réellement que la « taxe Zucman » ?
La taxe Zucman ne consiste pas simplement à remettre en place l’ancien ISF avec un taux plus élevé.
Les propositions parlementaires inspirées des travaux de l’économiste Gabriel Zucman ont cherché à créer un impôt minimum sur les très grandes fortunes.
Dans l’une des principales versions débattues au Parlement, seraient concernés les contribuables dont le patrimoine net dépasse 100 millions d’euros.
Le principe consiste à vérifier que le total de certains impôts acquittés par le contribuable représente au moins 2 % de son patrimoine net. Si ce niveau n’est pas atteint, une contribution complémentaire serait due pour atteindre ce plancher.
Il ne s’agit donc pas nécessairement de prélever 2 % supplémentaires sur chaque fortune.
C’est un mécanisme différentiel.
Les promoteurs du dispositif souhaitent également une assiette beaucoup plus large que celle de l’IFI, incluant notamment des actifs financiers et, selon les versions proposées, des participations professionnelles.
C’est sur ce dernier point que se concentrent plusieurs des principales difficultés économiques et juridiques.
Combien pourrait rapporter cette taxe ?
Les amendements parlementaires défendant la taxe Zucman ont évoqué environ 1 800 foyers fiscaux concernés et des recettes estimées entre 15 et 25 milliards d’euros par an.
Mais il faut être précis : il s’agit d’estimations avancées par les promoteurs de la mesure, et non de recettes constatées.
Le rendement réel dépendrait notamment de l’assiette retenue, de la valorisation des entreprises non cotées, des éventuelles adaptations de comportement des contribuables et de la rédaction définitive du dispositif.
À ce stade, la taxe Zucman n’est pas un impôt en vigueur en France.
Des propositions ont été débattues au Parlement, mais elles n’ont pas obtenu l’adoption nécessaire par les deux chambres pour devenir la règle fiscale générale.
Pourquoi les défenseurs de la taxe Zucman la jugent-ils nécessaire ?
Le débat repose notamment sur une particularité de la fiscalité des très hauts patrimoines.
Une étude de l’Institut des politiques publiques publiée en 2023, à partir de données fiscales portant sur 2016, estimait que le taux d’imposition directe effectif devenait moins élevé tout en haut de la distribution des revenus économiques.
Selon cette étude, le taux atteignait environ 46 % pour les 0,1 % les plus aisés avant de descendre jusqu’à environ 26 % pour les foyers situés tout en haut de la distribution étudiée.
Les auteurs expliquaient notamment ce phénomène par le poids des bénéfices conservés dans les entreprises et holdings détenues par les contribuables les plus fortunés.
Les défenseurs d’un impôt minimum sur la fortune considèrent donc qu’une assiette patrimoniale permettrait de mieux prendre en compte ces richesses.
Attention toutefois : cette étude repose sur des données de 2016 et ne constitue pas une mesure directe de la situation fiscale de 2026.
Pourquoi la taxe Zucman suscite-t-elle des critiques ?
Les critiques portent principalement sur trois sujets.
D’abord, la valorisation des patrimoines professionnels. Évaluer chaque année une entreprise familiale ou une société non cotée peut être beaucoup plus complexe que valoriser un portefeuille d’actions coté en Bourse.
Deuxième difficulté : la liquidité.
Un entrepreneur peut posséder plusieurs centaines de millions d’euros d’actions dans son entreprise sans disposer personnellement d’un revenu ou de liquidités équivalents. Une taxation annuelle du stock de patrimoine pose donc la question du financement de l’impôt.
Enfin, plusieurs parlementaires et institutions se sont interrogés sur la conformité constitutionnelle d’un prélèvement de 2 % sans plafonnement suffisamment adapté, notamment lorsque l’assiette comprend des actifs professionnels. La commission des finances du Sénat avait notamment invoqué ce risque parmi ses réserves sur le dispositif.
Même les institutions réfléchissent à une nouvelle fiscalité des hauts patrimoines
Le débat dépasse toutefois la seule taxe Zucman.
Le Conseil des prélèvements obligatoires, institution associée à la Cour des comptes, a lui-même étudié fin 2025 plusieurs pistes pour corriger certaines distorsions de la fiscalité du patrimoine.
L’un de ses scénarios envisage un impôt différentiel sur la fortune personnelle, avec un taux modéré, autour de 0,5 %, et une assiette portant sur le patrimoine non professionnel.
Cette proposition est donc très différente d’une taxe Zucman à 2 % intégrant largement le patrimoine professionnel.
Le CPO souligne également que la France conserve une fiscalité du patrimoine relativement élevée et complexe en comparaison internationale : la question n’est donc pas uniquement de savoir s’il faut taxer davantage, mais comment modifier l’assiette sans créer de nouvelles distorsions économiques.
Que propose Dominique de Villepin ?
Dominique de Villepin se situe précisément dans cette distinction.
Il ne soutient pas la taxe Zucman telle qu’elle a été défendue jusqu’ici, mais souhaite rétablir un impôt sur la fortune, qu’il chiffre politiquement à environ 8 milliards d’euros de recettes annuelles.
Les paramètres détaillés de cet éventuel impôt — seuil, barème, actifs professionnels, plafonnement, exonérations — seront déterminants pour évaluer concrètement ses effets.
C’est pourquoi parler simplement d’un « retour de l’ISF » peut être trompeur tant que ces éléments ne sont pas précisément arrêtés.
Et pour les épargnants ?
Pour la très grande majorité des Français, la taxe Zucman n’aurait aucune incidence directe, puisque les propositions débattues visent les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros.
Un éventuel nouvel ISF pourrait en revanche concerner une population beaucoup plus large selon le seuil et l’assiette retenus.
Pour les patrimoines importants, la différence est considérable.
Un contribuable possédant essentiellement 3 millions d’euros d’immobilier, un entrepreneur détenant 20 millions d’euros d’actions de son entreprise et une famille possédant 150 millions d’euros de participations financières pourraient être traités de façon totalement différente selon le système retenu.
Ce qu’il faut retenir
Le débat français ne se résume donc pas à être « pour ou contre l’impôt sur la fortune ».
Trois modèles très différents sont aujourd’hui au cœur des discussions :
l’IFI actuel, concentré sur l’immobilier ;
un éventuel retour d’un ISF élargi, défendu notamment par Dominique de Villepin ;
et la taxe Zucman, qui instaurerait un niveau minimum d’imposition pour les très grandes fortunes.
La véritable question porte donc sur l’assiette, les taux, les exonérations et le traitement des entreprises.
Et c’est probablement là que se jouera l’essentiel du débat fiscal : comment davantage imposer les patrimoines les plus importants sans pénaliser excessivement l’investissement, provoquer des problèmes de liquidité ou créer de nouvelles stratégies d’optimisation ?
À l’automne 2026, aucune réponse consensuelle n’existe encore. Mais la fiscalité du patrimoine est clairement redevenue l’un des grands sujets économiques et politiques français.
Commentaires récents