Publié le 9 octobre 2026 à 07:30 — Mis à jour le 29 septembre 2026 à 15:41

Une quinzaine de plaintes, des centaines de milliers d’euros ayant transité sur des comptes et des investisseurs qui affirment avoir perdu parfois plusieurs milliers d’euros.

L’affaire révélée récemment à Béziers illustre une nouvelle fois un risque bien connu dans l’univers des cryptomonnaies : confier son argent directement à une personne promettant de l’investir à votre place, sans passer par un prestataire clairement identifié et autorisé.

Mais le dossier est plus complexe qu’une simple « arnaque à la crypto ».

Une quinzaine de plaintes déposées depuis 2023

Selon les informations rapportées début septembre 2026, une quinzaine de plaintes pour abus de confiance ont été déposées depuis 2023 contre un homme d’une trentaine d’années basé entre Béziers et Montady.

Plusieurs plaignants affirment lui avoir confié de l’argent afin qu’il soit investi notamment dans les cryptomonnaies.

Certaines victimes déclarent avoir perdu jusqu’à 17 000 €.

Le dossier avait déjà donné lieu à un premier jugement.

Le 16 décembre 2025, le tribunal de Béziers a reconnu le prévenu coupable d’abus de confiance pour des faits commis entre 2023 et 2025 et l’a condamné à un an d’emprisonnement avec sursis.

Le prévenu a toutefois fait appel. La décision n’est donc pas définitive.

Cette précision est essentielle : dans les nouvelles plaintes comme dans la procédure en appel, il convient de distinguer les accusations portées par les plaignants des faits définitivement établis par la justice.

1,2 million d’euros de transactions examinées

L’ampleur financière du dossier dépasse largement quelques investissements entre amis.

Selon les éléments de l’enquête rapportés par la presse locale, la brigade financière de Montpellier aurait identifié environ 1,2 million d’euros de transactions et jusqu’à 680 000 € ayant été disponibles sur le compte du mis en cause.

L’enquête aurait également montré qu’environ 102 000 € avaient été perdus dans des paris sportifs entre 2023 et 2024.

Le principal intéressé conteste cependant avoir volontairement escroqué les investisseurs.

Il affirme avoir commencé par investir dans les cryptomonnaies avant de se tourner vers les paris en ligne lorsque les opérations auraient cessé de fonctionner. Il reconnaît ne plus être en mesure de rembourser certaines sommes mais soutient ne pas avoir conservé l’argent pour son usage personnel.

La justice devra donc encore déterminer précisément les responsabilités.

Le vrai signal d’alerte : confier son argent à un intermédiaire informel

Cette affaire rappelle surtout une règle fondamentale.

Acheter soi-même du Bitcoin ou de l’Ethereum sur une plateforme autorisée et virer plusieurs milliers d’euros à une connaissance qui promet de les faire fructifier sont deux opérations totalement différentes.

Dans le deuxième cas, l’épargnant perd une grande partie du contrôle sur son argent.

Il devient difficile de savoir :

  • où les fonds sont réellement placés ;
  • quels actifs sont achetés ;
  • qui détient les cryptomonnaies ;
  • quel est le niveau de risque ;
  • si les performances annoncées sont réelles ;
  • et si l’argent peut être récupéré.

Une belle interface, des captures d’écran affichant des gains ou la recommandation d’un proche ne constituent jamais une garantie.

Les arnaques reposent souvent davantage sur la confiance que sur la technologie

L’une des particularités de l’affaire de Béziers est que plusieurs investisseurs connaissaient personnellement le mis en cause ou avaient été mis en relation par leur entourage.

C’est un mécanisme particulièrement efficace.

Une personne est plus facilement convaincue lorsqu’un investissement lui est présenté par un ami, un collègue ou une connaissance plutôt que par un inconnu sur Internet.

Plusieurs témoignages rapportent également une forme de pression pour investir rapidement, sous peine de voir disparaître l’opportunité.

C’est un signal d’alerte classique.

Une proposition d’investissement sérieuse ne devrait normalement pas reposer sur :

« il faut virer l’argent aujourd’hui sinon l’occasion sera perdue ».

Peut-on encore dire que les cryptomonnaies ne sont pas réglementées ?

Non.

C’était encore une formulation fréquente il y a quelques années, mais elle est devenue largement inexacte.

Le règlement européen MiCA – Markets in Crypto-Assets est applicable aux prestataires de services sur crypto-actifs depuis le 30 décembre 2024.

La période de transition accordée aux anciens prestataires français s’est terminée le 1er juillet 2026.

Depuis le 2 juillet 2026, un prestataire souhaitant fournir des services sur crypto-actifs en France doit normalement bénéficier de l’autorisation prévue par MiCA, notamment en qualité de PSCA – prestataire de services sur crypto-actifs.

Ces entreprises doivent respecter différentes exigences organisationnelles, prudentielles et de protection des clients.

La crypto n’évolue donc plus dans un vide réglementaire européen.

MiCA ne fait toutefois pas disparaître les escroqueries

La réglementation peut encadrer les entreprises légales.

Elle ne peut pas empêcher un particulier de virer volontairement son argent à une personne non autorisée ou de tomber sur un faux site, une usurpation d’identité ou un escroc opérant depuis l’étranger.

C’est pourquoi l’AMF tient notamment une liste blanche des prestataires autorisés à fournir des services sur crypto-actifs en France.

Avant de verser de l’argent à une plateforme ou à un intermédiaire proposant des services liés aux cryptomonnaies, cette vérification devrait devenir systématique.

Attention toutefois : être autorisé par l’AMF ou une autre autorité européenne ne signifie pas que l’investissement lui-même est sans risque. L’AMF rappelle que les crypto-actifs restent des placements particulièrement risqués.

Les signes qui doivent immédiatement alerter

Plusieurs comportements doivent inciter à la prudence :

  • rendement important présenté comme quasiment garanti ;
  • urgence pour effectuer un virement ;
  • argent versé directement sur le compte d’un particulier ;
  • impossibilité de vérifier précisément où les fonds sont investis ;
  • gains annoncés mais impossibles à retirer ;
  • remboursement des premiers investisseurs grâce à l’arrivée de nouveaux fonds ;
  • absence du prestataire dans les registres officiels ;
  • communication uniquement par WhatsApp, Telegram ou réseaux sociaux.

Un autre principe simple doit rester en tête : personne ne peut garantir durablement des rendements élevés sur les cryptomonnaies.

Que faire avant d’investir ?

Avant tout versement, il faut identifier précisément la société ou le professionnel qui va détenir ou gérer les fonds.

Le premier réflexe consiste à vérifier son autorisation sur le site de l’AMF et, pour les acteurs européens, dans les registres correspondants.

Il faut également éviter de confier ses identifiants, ses clés privées ou ses codes d’authentification.

Enfin, lorsqu’un investissement repose davantage sur la confiance personnelle envers celui qui le propose que sur un contrat clair, un établissement identifiable et une traçabilité complète des fonds, il vaut mieux s’abstenir.

Ce qu’il faut retenir

L’affaire de Béziers ne démontre pas que les cryptomonnaies sont nécessairement frauduleuses.

Elle montre surtout combien il peut être dangereux de confondre investissement en crypto et confiance accordée à un intermédiaire non contrôlé.

Le marché est désormais beaucoup plus encadré qu’il y a quelques années grâce au règlement MiCA et aux autorisations PSCA.

Mais aucune réglementation ne supprimera totalement les fraudes.

Pour l’épargnant, la meilleure protection reste donc de savoir exactement à qui l’argent est envoyé, où il sera détenu et qui est juridiquement autorisé à le gérer.

Dans l’univers des crypto-actifs, une promesse de rendement spectaculaire mérite toujours davantage de vérifications, jamais moins.