Publié le 22 July 2025 à 18:36 — Mis à jour le 26 August 2025 à 11:31

Une étude publiée par Allianz Trade chiffre les investissements requis pour décarboner le parc immobilier des cinq principales économies de la zone euro (Allemagne, France, Italie, Espagne et Pays-Bas). Verdict : il faudra mobiliser environ 3 000 milliards d’euros d’ici 2050, soit 121 milliards par an, pour espérer respecter les objectifs climatiques des Accords de Paris.

🌍 Un défi colossal pour un secteur vétuste

Atteindre une trajectoire de réchauffement climatique limitée à 1,5 °C d’ici 2050 impose des efforts massifs sur le secteur immobilier. Selon Allianz Trade, la décarbonation du logement se heurte à trois obstacles majeurs :

  • La vétusté du bâti résidentiel et tertiaire,

  • Les coûts élevés des rénovations énergétiques,

  • La fragmentation du parc entre acteurs publics, privés et particuliers.

Les différences sont importantes selon les pays, en fonction du climat, de l’âge du parc immobilier et des performances énergétiques déjà atteintes.

💶 Répartition des besoins par pays (résidentiel + tertiaire)

Avec la demande la plus élevée, l’Allemagne requiert ainsi 1.382 milliards d’euros seulement pour le secteur résidentiel, auxquels s’ajoutent 103 milliards d’euros pour les propriétés commerciales. La France suit avec un besoin d’investissement estimé de 936 milliards d’euros d’ici 2050. En revanche, l’Italie et l’Espagne, qui disposent d’un parc immobilier plus réduit et des profils de consommation énergétique plus favorables, présentent un besoin d’investissement cumulé moindre, s’élevant à 604 milliards d’euros.

📈 Quel impact sur les prix et la fiscalité ?

Dès 2027, le secteur immobilier sera concerné par la hausse de la taxe carbone, ce qui aura des répercussions directes sur :

  • Le prix des logements : +10 pb en France, jusqu’à +50 pb en Allemagne.

  • Les factures énergétiques des ménages.

Mais cette pression devrait s’atténuer progressivement : « À mesure que les rénovations deviennent efficaces, les émissions diminuent et la taxe carbone effective baisse », rassurent les économistes. Selon eux, à partir de 2040, le scénario zéro carbone deviendra plus rentable que le statu quo, grâce à des économies d’énergie, des coûts d’exploitation réduits et une demande accrue.

📊 Un moteur de croissance pour le secteur immobilier

La transition énergétique devrait également booster l’activité économique :

  • +120,7 Md€ de PIB en Allemagne

  • +39,4 Md€ en Italie

  • +26,3 Md€ aux Pays-Bas

  • +25,8 Md€ en France

  • +12,3 Md€ en Espagne

Entre 2041 et 2050, la valeur ajoutée brute du secteur immobilier pourrait dépasser de 20 à 30 % celle du scénario classique, en particulier en Espagne et aux Pays-Bas.

👷 345 000 emplois créés dans le secteur

La transition vers la neutralité carbone pourrait aussi générer une hausse de 9 % de l’emploi dans l’immobilier, soit :

  • 106 600 emplois en Allemagne

  • 98 300 en France

  • 70 800 en Espagne

  • 52 400 en Italie

  • 16 800 aux Pays-Bas
    ➡️ Une baisse du chômage estimée à 0,2 point en moyenne dans la zone étudiée.


💡 Le rôle crucial du prix du carbone

Même si les économies d’énergie peuvent réduire les dépenses de rénovation de 41 à 77 % sur 20 ans, cela ne suffira pas à combler le déficit d’investissement.

🎯 Solution avancée par Allianz Trade : relever fortement le prix du carbone :

  • 350 €/tCO₂ d’ici 2035 (contre moins de 70 € aujourd’hui)

  • Mais un tel niveau paraît peu soutenable politiquement et socialement.

Les experts recommandent donc une combinaison de leviers :

  • Soutiens financiers ciblés (subventions, prêts bonifiés),

  • Création de guichets uniques avec accompagnement personnalisé,

  • Accélération des formations dans les métiers de la rénovation énergétique,

  • Interdictions progressives des chaudières à énergie fossile,

  • Soutien à l’équipement en pompes à chaleur.

🔎 Conclusion Allianz Trade : « Plutôt qu’une régulation rigide, mieux vaut permettre une hausse progressive et contrôlée du prix du carbone pour inciter les bons comportements sans déséquilibrer le marché. »