Selon Desmond Lachman, ex-directeur adjoint du FMI, les déséquilibres budgétaires de la France pourraient ébranler la stabilité européenne.
Une crise budgétaire française aux répercussions européennes
Face à l’enlisement budgétaire et politique de la France, Desmond Lachman, ancien directeur adjoint du Fonds monétaire international (FMI) et aujourd’hui chercheur à l’American Enterprise Institute, tire la sonnette d’alarme.
« La crise que traverse la France pourrait s’étendre au reste de la zone euro, voire ébranler les marchés mondiaux », avertit-il dans un entretien à L’Express.
Selon lui, la France est entrée dans une zone de turbulence dangereuse, marquée par un déficit public proche de 6 % du PIB et une dette supérieure à 110 %, sans réelle volonté politique de redressement.
« Les marchés ne seront pas disposés à continuer de prêter à la France aux taux actuels », estime-t-il.
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Le spectre d’une nouvelle crise de la dette européenne
L’économiste compare la situation actuelle à celle de la crise de la dette souveraine de 2010-2012, lorsque la Grèce, l’Espagne ou l’Italie s’étaient retrouvées au bord du défaut.
« Un pays dépense beaucoup plus qu’il ne gagne, les prêteurs se retirent, les taux montent, et tout devient incontrôlable », explique Lachman.
La France, poursuit-il, n’est pas la Grèce, mais sa taille en fait un risque systémique. Si les taux d’intérêt sur la dette française continuent de grimper, l’ensemble de la zone euro pourrait être entraîné dans une spirale de défiance.
La Banque centrale européenne (BCE) pourrait intervenir, mais pas sans conditions.
« L’Allemagne sera réticente à ce que la BCE dépense de l’argent pour la France », avertit l’ancien haut fonctionnaire.
Un avertissement qui souligne la fragilité du consensus européen sur la solidarité financière entre États membres.
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Lachman plaide pour une élection présidentielle anticipée
Pour Desmond Lachman, Emmanuel Macron est à court d’options :
« La meilleure chose qu’il pourrait faire serait de convoquer une élection présidentielle anticipée, plutôt que de maintenir le pays dans l’incertitude pendant encore un an et demi. »
Selon lui, les marchés financiers pourraient précipiter cette décision, comme ce fut le cas au Royaume-Uni sous Liz Truss, poussée à la démission après un krach obligataire en 2022.
« Les marchés ont dit “stop” et elle a dû partir. La France pourrait connaître un scénario similaire », prévient-il.
Le chercheur souligne que la dépense publique française (57 % du PIB) est l’une des plus élevées au monde et qu’un ajustement massif devra inévitablement passer par des réductions budgétaires structurelles, au risque d’un choc récessif.
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« La France n’a pas respecté les règles du jeu »
Desmond Lachman n’y va pas par quatre chemins :
« La France n’a pas respecté les règles du jeu, et maintenant cela pose un sérieux problème. »
Faute de réforme structurelle rapide, le pays pourrait perdre la confiance des investisseurs et voir son coût d’emprunt exploser. Une telle situation limiterait sa capacité à financer ses dépenses publiques, et ferait peser un risque majeur sur la stabilité de la zone euro.
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Le FMI appelle à une réaction collective européenne
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De son côté, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a également exprimé ses inquiétudes.
« L’Europe doit aller au bout de son projet économique pour restaurer sa compétitivité face aux États-Unis », a-t-elle déclaré, citée par BFMTV.
Elle appelle les pays européens à supprimer les frictions internes, construire un système financier unifié et mieux coordonner leurs politiques budgétaires.
L’objectif : éviter une nouvelle crise de confiance qui, partie de Paris, pourrait s’étendre à Madrid, Rome ou Berlin.
« La stabilité de l’Europe dépend autant de la discipline budgétaire des États que de leur capacité à agir collectivement », a-t-elle conclu.
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Analyse : le signal d’alarme des marchés
Le message de Lachman résonne comme un avertissement : la France ne peut plus se permettre l’immobilisme.
Les marchés, déjà nerveux, guettent le moment où les taux d’emprunt franchiront un seuil critique. Si la situation se dégrade, la pression obligataire pourrait forcer l’exécutif à choisir entre rigueur, réformes et légitimité politique.
Pour les économistes, l’Europe doit anticiper : un choc français serait plus dangereux qu’une crise périphérique, car il toucherait le cœur même de la zone euro.
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À retenir
La France affiche un déficit proche de 6 % du PIB et une dette supérieure à 110 %.
L’ex-directeur adjoint du FMI redoute une contagion à la zone euro.
Il appelle Emmanuel Macron à convoquer une élection anticipée.
Le FMI exhorte l’Europe à renforcer sa discipline et son intégration économique.

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