Après la démission surprise de Sébastien Lecornu, les taux d’emprunt français ont bondi sur les marchés. Faut-il craindre une nouvelle hausse des taux immobiliers, ou au contraire profiter de l’accalmie actuelle pour boucler son financement ? Le Conseil Patrimoine décrypte la situation.
La démission de Lecornu fait trembler les marchés
La crise politique s’invite désormais sur le marché du crédit. Le lundi 6 octobre, quelques heures après la démission surprise du Premier ministre Sébastien Lecornu, le taux de l’OAT (Obligation Assimilable du Trésor) à 10 ans – référence clé pour les taux d’emprunt en France – a bondi à 3,61 %, un niveau inédit depuis mars dernier. En début d’après-midi, il oscillait encore autour de 3,57 %, contre 3,51 % avant l’annonce.
Ce mouvement reflète la nervosité des investisseurs internationaux, qui exigent désormais une rémunération plus élevée pour financer la dette française. Plus les marchés doutent de la stabilité politique, plus le coût de financement de l’État grimpe… et plus les banques répercutent cette hausse sur les taux de crédit immobilier.
La perspective d’une nouvelle hausse des taux immobiliers
La société de gestion Edmond de Rothschild Asset Management estime que la tension pourrait s’accentuer si Emmanuel Macron annonçait une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Dans ce cas, la prime de risque française pourrait encore s’élargir, poussant les taux à la hausse.
Les courtiers interrogés anticipent une remontée progressive, mais mesurée. D’après Vousfinancer, les taux sur 20 ans pourraient atteindre 3,50 % d’ici décembre, contre 3,30 % début octobre. Une hausse de 0,2 point, qui reste modérée : pour un prêt de 200 000 euros sur 20 ans, cela représente seulement 21 euros de mensualité supplémentaire (1 160 € au lieu de 1 139 €).
Un scénario partagé par Jordan Frarier, président de Foncia Transaction : « Même si les taux remontent à 3,5 %, je ne vois pas le marché se gripper. Le prix d’achat moyen de 170 000 € dans notre réseau permet encore aux ménages d’accéder à la propriété. »
Les courtiers conseillent de sécuriser son taux dès maintenant
Pour la plupart des professionnels, l’enjeu est clair : sécuriser son taux avant une possible reprise haussière. Caroline Arnould, directrice générale de Cafpi, rappelle que « l’instabilité politique provoque des réactions immédiates sur les taux souverains, mais les marchés se stabilisent souvent ensuite ». Elle recommande donc de verrouiller son financement rapidement : « Le vrai risque pour les acheteurs, c’est de perdre leur financement plus que de rater un hypothétique taux plus bas. »
Les taux moyens actuels – autour de 3,30 % sur 20 ans – restent considérés comme attractifs par rapport à ceux de l’automne 2023, qui dépassaient parfois 4 %. De plus, les banques demeurent ouvertes à la négociation, notamment pour les profils stables ou les projets familiaux.
Attendre : un pari risqué dans un contexte incertain
Certes, certains emprunteurs préfèrent patienter, espérant une accalmie politique et un repli des taux souverains. Si un nouveau gouvernement se forme rapidement et rassure les marchés, la pression sur les taux pourrait retomber. Mais ce scénario reste fragile : aucune stabilité n’est garantie, et les investisseurs pourraient continuer à demander une prime de risque élevée à la France.
Autrement dit : attendre, c’est spéculer sur la politique. Or, dans le contexte actuel, le marché immobilier montre déjà des signes de stabilisation, et les acheteurs solvables gardent la main.
Les Français restent attachés à la pierre
Selon une étude récente de l’Institut Montaigne citée par la CNCEF Crédit, 73 % des Français considèrent qu’il est impératif de devenir propriétaire avant la retraite. L’association de courtiers met en garde : « L’erreur serait que, dans ce contexte, les ménages mettent à l’arrêt leurs projets d’achat immobilier. Les taux restent raisonnables, les banques continuent à prêter. »
La CNCEF regrette par ailleurs « l’arrêt du travail entamé par l’ancienne ministre du Logement, Valérie Létard », soulignant que « la politique du logement doit rester une priorité, même en période d’instabilité politique ».
Conseils pratiques : comment agir dans ce contexte
- Faire jouer la concurrence : comparez plusieurs établissements pour obtenir le meilleur taux et des conditions souples (frais, assurance, modularité des échéances).
- Favoriser les taux fixes pour se protéger contre la volatilité à venir.
- Anticiper les délais : en cas de crise politique prolongée, les banques peuvent ralentir leurs validations de dossiers.
- Stabiliser votre profil emprunteur : apport, emploi, endettement maîtrisé — la clé pour négocier au mieux.
Conclusion : mieux vaut sécuriser que spéculer
La remontée des taux obligataires liée à la crise politique crée une fenêtre d’incertitude. Mais dans les faits, les hausses de taux immobiliers devraient rester limitées. Les acheteurs ont donc tout intérêt à sécuriser leur crédit dès maintenant, tant que les conditions restent stables et que les banques continuent de prêter activement.
Le mot d’ordre reste la prudence, mais aussi la réactivité : dans un climat politique volatil, mieux vaut un taux fixe signé aujourd’hui qu’une hypothétique baisse demain.
À retenir
- L’OAT 10 ans a bondi à 3,61 % après la démission du Premier ministre.
- Les taux immobiliers pourraient atteindre 3,50 % d’ici fin 2025.
- Les courtiers recommandent de sécuriser son taux dès maintenant.
- Les banques continuent de prêter activement aux profils solvables.

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