Publié le 11 septembre 2025 à 21:00 — Mis à jour le 10 septembre 2025 à 20:46

L’analyse de la fraude aux moyens de paiement scripturaux en 2024, croisée avec plusieurs sources officielles et spécialisées, révèle une situation nuancée : des progrès concrets, des innovations sécuritaires et des défis persistants, notamment sur les nouveaux usages numériques.

 

Un usage plus large, une fraude globalement en léger recul

 

L’année 2024 confirme la montée en puissance des paiements scripturaux : le volume global des transactions croît de plus de 4,5 %, porté par le virement instantané (désormais 9 à 10 % des virements, +70 %) et le paiement mobile (+61 %). Malgré cette adoption massive, le montant total de la fraude recule très légèrement (autour de -1 % par rapport à 2023), pour s’établir à environ 1,18–1,19 milliard d’euros sur l’année complète. Ce chiffre reste élevé, mais il traduit un effort collectif – banques, pouvoirs publics, technologies – dans la sécurisation des flux financiers.

 

Cartes bancaires : la prudence reste de mise face aux nouvelles fraudes

 

La carte bancaire prédomine toujours dans les habitudes (plus de 62 % des opérations en volume), mais aussi dans la fraude : elle concentre plus de 95 % des transactions frauduleuses détectées au premier semestre 2024. Le taux de fraude par carte affiche toutefois sa meilleure performance historique, se stabilisant autour de 0,054 % (soit 53–54 € pour 100.000 € de paiements), grâce notamment au renforcement des dispositifs d’authentification forte et à la sensibilisation massive du public.

Les attaques évoluent : la part des infractions numériques (paiements en ligne ou mobile, à distance, etc.) domine et le risque est maximal sur les paiements à distance traditionnels (comme le paiement par téléphone ou courrier, à plus de 270 € de fraude pour 100.000 € de paiement). Les sites spécialisés et l’OSMP soulignent la nécessité de rester vigilant, car la sophistication des arnaques ne faiblit pas.

 

Virements et nouveaux usages : sécurisation et innovations réglementaires

 

Si l’explosion du virement instantané suscite des interrogations sur la sécurité, le taux de fraude y demeure maîtrisé (environ 0,040 %, inférieur à la carte). Les particuliers y sont plus exposés que les entreprises, mais les progrès réglementaires changent la donne : en 2024–2025, de nouvelles règles européennes introduisent la vérification instantanée du bénéficiaire, ce qui promet de bloquer nombre de fraudes à l’IBAN et d’erreurs de destinataire.

 

Chèques en net recul, fraude également

 

L’usage du chèque poursuit sa forte décrue (-12,4 % sur un an) et la fraude sur ce support baisse d’autant : -20 % en montant sur le semestre, ramenant le taux de fraude à un plus bas depuis 2021, largement sous les niveaux observés début 2020.

 

La fraude par manipulation : l’ingénierie sociale au cœur des menaces

 

Un tiers des montants de fraude recensés provient désormais de l’ingénierie sociale (« fraude par manipulation », avec usurpation d’une banque ou d’un prestataire lors d’appels téléphoniques ou de faux conseillers). Les efforts de sensibilisation et les nouvelles mesures anti-usurpation d’appels (déploiement massif en octobre 2024) commencent toutefois à porter leurs fruits, avec un léger reflux de ces arnaques après deux années de forte progression. L’OSMP et les médias spécialisés insistent sur la nécessité renouvelée d’informer et de former les usagers, car la vulnérabilité humaine reste le point faible le plus exploité.

 

Perspectives : l’innovation au service de la sécurité

 

La stabilisation du montant global de la fraude, voire son recul, en pleine expansion des usages digitaux, est remarquable. Mais cette bataille reste fragile : si les acteurs continuent à investir dans l’authentification forte, les contrôles anti-fraude et l’amélioration des parcours client, la menace évolue aussi vite que la technologie. Les prochaines années verront la généralisation de vérifications IBAN, la gratuité et le déploiement total du virement instantané sécurisé en Europe, et sans doute l’essor de l’intelligence artificielle dans la détection des anomalies.

En résumé, la France affiche une capacité à endiguer la fraude aux moyens de paiement alors même que la digitalisation s’accélère, mais devra rester en pointe face à des fraudeurs toujours plus inventifs et des usages en pleine mutation.