La 6e édition du baromètre annuel de CPR AM révèle une inflexion notable : le taux de détention de produits d’investissement responsables recule de trois points, passant de 44 % en 2024 à 41 % en 2025. Une baisse qui interroge alors même que la crise climatique et la transition énergétique sont au cœur des débats.
L’épargne en quête de rendement : quand la rentabilité prend le pas sur l’ESG
Depuis quelques mois, les épargnants français redessinent leurs priorités, dans un contexte marqué par l’instabilité politique, l’inflation persistante et une remontée des taux d’intérêt. Cette succession de crises a fait émerger une nouvelle tendance : la rentabilité immédiate prime désormais sur les engagements extra-financiers, longtemps valorisés dans les discours et les stratégies d’investissement.
Alors qu’il y a quatre ans à peine, seuls 34% des investisseurs déclaraient privilégier la rentabilité comme critère unique, ils sont aujourd’hui 51%. Plus d’un investisseur sur deux se focalise donc sur la sécurité et le rendement à court terme, reléguant les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) au second plan. L’Investissement Socialement Responsable (ISR) ne disparaît pas pour autant, mais il n’est plus considéré comme une priorité absolue.
Un rôle clé de la pédagogie
Le baromètre de CPR AM met cependant en lumière une réalité encourageante : l’appétence pour l’investissement responsable est fortement liée au niveau d’information des épargnants. Parmi ceux qui se déclarent bien accompagnés et suffisamment informés, 76% investissent déjà dans des fonds liés à la transition écologique. À l’inverse, seuls 30% des épargnants qui manquent de conseil franchissent le pas. Autrement dit, la pédagogie et l’accompagnement représentent un levier essentiel pour démocratiser l’ISR. Beaucoup ne s’y engagent pas par manque de clarté ou par crainte de mal comprendre les produits proposés.
Les fonds climat, noyau dur de l’ESG
Malgré le recul global, une catégorie d’investissements résiste largement : les fonds climat. Avec un taux de détention de 37%, ils concentrent presque à eux seuls la majorité des produits ESG détenus par les particuliers. Le succès s’explique par une forte identification aux thématiques soutenues : énergies renouvelables, infrastructures durables, gestion de l’eau et préservation de la biodiversité. Ces thématiques parlent directement aux épargnants, car elles résonnent avec des enjeux concrets et visibles.
Les investisseurs qui s’engagent dans ces fonds présentent aussi un profil spécifique : contrairement à la moyenne, ils ne font pas de choix exclusif entre critères financiers et extra-financiers. Ils cherchent à équilibrer rendement et impact, surtout les plus jeunes. Près de 85% des primo-investisseurs associent désormais préoccupations climatiques et décisions financières, preuve que la crise écologique influence fortement les comportements d’épargne des nouvelles générations.
Pourquoi un tel repli ?
L’essoufflement observé n’est pas synonyme de rejet de l’ESG. Il traduit davantage un recentrage conjoncturel, lié à plusieurs facteurs. D’abord, la hausse des taux d’intérêt rend les placements obligataires traditionnels plus attractifs et détourne une partie de l’épargne. Ensuite, un doute croissant plane sur la valeur réelle des fonds labellisés ESG, en raison d’un risque de greenwashing qui entame la confiance des particuliers. Enfin, l’environnement anxiogène pousse mécaniquement vers les supports perçus comme sûrs, tels que les livrets réglementés ou les fonds en euros.
À cela s’ajoute un décalage entre l’offre proposée et les attentes du grand public. Les fonds ISR sont parfois jugés trop techniques, leur communication souvent truffée de jargon financier ou de promesses abstraites, quand les épargnants réclament des solutions simples, concrètes et compréhensibles.
Quels leviers pour relancer l’ESG ?
Si la tendance actuelle est à la prudence, elle pourrait s’infléchir dans les années à venir. Les jeunes générations restent les plus engagées dans la finance durable, et le besoin de transparence progresse fortement : 41% des investisseurs affirment vouloir mesurer plus clairement l’impact concret de leurs placements. Les labels comme ISR, Greenfin ou Finansol, bien qu’imparfaits, restent un repère utilisé par près de 80% des souscripteurs débutants.
Pour espérer relancer la confiance et dynamiser l’investissement responsable, les acteurs financiers devront simplifier l’offre, éviter le jargon, et surtout apporter des preuves tangibles de l’impact environnemental et social des produits proposés. La clarté, la transparence et la pédagogie apparaissent aujourd’hui comme des conditions indispensables au retour de l’ESG au cœur des portefeuilles.
Conclusion
Le recul de la détention de fonds responsables en 2025 s’explique avant tout par le poids du contexte économique et une méfiance envers le greenwashing, plus que par un désintérêt profond. Les Français restent sensibles aux thématiques climatiques et à la transition, mais privilégient pour l’instant des placements jugés protecteurs. À moyen terme, si le marché parvient à réconcilier performance financière et impact mesurable, l’ESG pourrait de nouveau s’imposer comme un pilier incontournable de la gestion d’épargne.

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