Le nucléaire, longtemps perçu comme une énergie en déclin, fait un retour spectaculaire. Selon Bank of America, il représente désormais une opportunité de marché de près de 10 000 milliards $ d’ici 2050, portée par la soif d’électricité générée par l’intelligence artificielle, les data centers et l’électrification de l’économie.
Un marché énergétique réanimé par l’IA
La croissance exponentielle des data centers nécessaires à l’IA générative a bouleversé les équilibres énergétiques mondiaux. Bank of America estime que pour répondre à cette demande, les capacités nucléaires mondiales devront tripler d’ici 2050, nécessitant plus de 3 000 milliards $ d’investissements sur 25 ans.
« Il y a un retour de flamme évident autour du nucléaire, parce que les centres de données recherchent une énergie pilotable, décarbonée et disponible 24/7 », analyse Timothy Fox, managing director chez ClearView Energy Partners.
Les petits réacteurs modulaires (SMR), nouvel eldorado
La technologie des SMR (Small Modular Reactors) cristallise les espoirs. Produisant moins de 500 MW contre 1 000 MW pour une centrale classique, ces réacteurs modulaires sont censés être plus rapides et moins coûteux à construire, grâce à une fabrication en série.
NuScale Power (SMR) : seul acteur américain dont le design est validé par le régulateur nucléaire (NRC). Commercialisation prévue dès 2030.
Oklo (OKLO) : start-up soutenue par Sam Altman (OpenAI), promet une première mise en service d’ici 2027.
Ces acteurs ont vu leurs cours exploser en 2025 : +100 % pour NuScale, +350 % pour Oklo depuis janvier.
Le combustible, maillon stratégique
Derrière les réacteurs, l’enjeu clé reste le combustible nucléaire. Les SMR nécessitent du HALEU (High-Assay Low-Enriched Uranium), enrichi jusqu’à 20 %. Or, seule Centrus Energy (LEU) est aujourd’hui autorisée à en produire aux États-Unis. Ses actions ont bondi de plus de 265 % depuis janvier.
La dépendance reste toutefois forte : le Kazakhstan domine le marché minier mondial, tandis que la Russie contrôlait encore récemment l’enrichissement via Tenex, avant l’embargo américain de 2024. La relocalisation de la chaîne d’approvisionnement devient ainsi un enjeu géopolitique majeur.
Le HALEU, ou uranium à faible enrichissement hautement dosé (jusqu’à 20%), est un combustible stratégique indispensable au fonctionnement des SMR. Mais cette filière critique reste concentrée, avec seulement quelques acteurs américains autorisés à le produire, en pleine lutte pour réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers historiques, notamment la Russie et le Kazakhstan. Cette relocalisation suscite des enjeux géopolitiques majeurs : la sécurité énergétique devient un défi national aussi important que la transition écologique.
Les mines et ETF uranium en pleine effervescence
Les minières américaines profitent aussi de cet engouement :
Uranium Energy Corp. (UEC) : +80 % depuis janvier
Ur-Energy (URG) : +30 %
Energy Fuels (UUUU) : +170 %
L’ETF Global X Uranium (URA), qui regroupe un panier de valeurs liées à l’uranium, a progressé de plus de 65 % en 2025.
Opportunités et risques pour investisseurs
Le narratif “nucléaire = énergie de l’IA” séduit les marchés, mais il convient de rester prudent.
✅ Facteurs porteurs
Demande structurelle d’électricité (IA, véhicules électriques, industrie).
Soutien politique fort aux États-Unis (administration Trump) et retour en grâce médiatique.
Potentiel des SMR à réduire coûts et délais.
❌ Points de vigilance
Délais de construction encore longs et capex incertains.
Forte dépendance au Kazakhstan et au HALEU (quasi-monopole Centrus).
Risques réglementaires, accidents, ou opposition sociétale.
Valorisation déjà tendue de certains titres (Oklo +350 % en 9 mois).
Perspective long terme
Pour Bank of America, le nucléaire pourrait devenir “l’une des technologies énergétiques les plus décisives des 25 prochaines années”. La thèse séduit aussi Goldman Sachs, qui anticipe un triplement de la part du nucléaire dans le mix énergétique américain d’ici 10 ans.
Pour l’investisseur, la stratégie la plus prudente reste de privilégier une exposition diversifiée via des ETF (URA, HURA, etc.), plutôt que de miser sur une seule valeur ultra-spéculative.
Conclusion – Le nucléaire, pilier énergétique de l’IA ?
Après des décennies de stagnation, l’énergie nucléaire est redevenue centrale dans la transition énergétique mondiale. Les petits réacteurs modulaires apparaissent comme une réponse crédible à la demande insatiable des data centers et à la quête d’électricité décarbonée.
Mais entre promesses technologiques et dépendances géopolitiques, le secteur reste un pari à long terme, à manier avec discernement. Pour l’investisseur, l’opportunité est réelle, mais elle exige une gestion rigoureuse des risques et un horizon d’investissement étendu.

Commentaires récents