Publié le 3 novembre 2025 à 18:30 — Mis à jour le 3 novembre 2025 à 09:00

Le symbole de l’épargne populaire à nouveau fragilisé

C’est une nouvelle que redoutaient les épargnants : le taux du Livret A devrait de nouveau reculer au 1er février 2026, selon les projections issues de la formule officielle de calcul.
Après être passé de 3 % début 2025 à 1,7 % en août, il pourrait tomber autour de 1,5 %, voire 1,4 % en cas de prolongation de la désinflation actuelle.

Cette baisse serait la troisième en douze mois, ramenant le rendement du produit d’épargne préféré des Français à son niveau le plus bas depuis 2021.

« La baisse du taux de rémunération à 1,7 %, intervenue le 1er août dernier, a manifestement conduit les ménages à réorienter leur épargne vers d’autres placements, notamment l’assurance-vie », observe Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’Épargne.

.


Pourquoi le taux baisse-t-il ?


.

Le calcul du taux du Livret A repose sur une formule automatique qui prend en compte deux éléments :

  1. La moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac, calculée par l’Insee ;

  2. Les taux interbancaires à court terme (€STR), qui reflètent le coût auquel les banques se prêtent de l’argent.

Or, les deux indicateurs sont orientés à la baisse :

  • L’inflation se maintient autour de 1 % (0,8 % en août, 1,1 % en septembre, 1 % en octobre) ;

  • L’€STR moyen sur le semestre est estimé à 1,93 %.

En combinant ces données, la formule aboutit mécaniquement à un taux de 1,5 % à 1,4 % pour le prochain semestre, sauf intervention politique du gouvernement.

.


Ce que cela représente pour votre épargne


.

Pour un Livret A au plafond (22 950 €), la rémunération tomberait à :

Taux du Livret AIntérêts annuelsIntérêts mensuels
3,00 % (janv. 2025)688,5 €57,4 €
1,70 % (août 2025)390,15 €32,5 €
1,50 % (févr. 2026)344,25 €28,7 €
1,40 % (scénario bas)321,3 €26,8 €

En un an, un épargnant perd donc près de la moitié de ses revenus d’intérêts, soit environ 360 € sur un livret au plafond.

.


Pourquoi l’État laisse-t-il le taux baisser ?


.

Le taux du Livret A n’est pas un simple chiffre technique : c’est aussi un levier budgétaire et politique.
Plus le taux est élevé, plus le coût de financement du logement social augmente, puisque les fonds du Livret A sont centralisés à la Caisse des Dépôts et servent à financer le secteur HLM.

En période de tension budgétaire, Bercy préfère un taux bas pour limiter la charge d’intérêt supportée par la Caisse.
Et puisque l’inflation s’est calmée, le gouvernement dispose d’un argument légitime pour ne pas maintenir artificiellement le taux à 3 %.

Mais ce choix fragilise la confiance des ménages. Le Livret A, historiquement symbole de sécurité, devient de moins en moins rentable.

.


Vers un transfert de l’épargne vers d’autres produits


.

Les retraits s’accélèrent : –1,95 milliard d’euros en septembre 2025, selon la Banque de France.
Une tendance qui devrait se confirmer début 2026, d’autant que les produits concurrents offrent des rendements supérieurs :

  • Fonds euros des contrats d’assurance-vie : autour de 2,65 % à 2,70 % brut (≈ 2,2 % net) ;

  • Comptes à terme bancaires : entre 3 % et 3,5 % sur 12 à 24 mois ;

  • Obligations d’État à court terme (OAT) : environ 2,4 %.

Pour les ménages, la logique est simple : arbitrer une partie de leur épargne de précaution vers des supports mieux rémunérés, tout en gardant un petit matelas de sécurité liquide.

.


Faut-il encore conserver son Livret A ?


.

Oui, mais pas pour les rendements.
Le Livret A reste :

  • exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux,

  • disponible à tout moment,

  • et garanti par l’État jusqu’à 100 000 €.

Il conserve donc sa fonction de réserve de sécurité (3 à 6 mois de dépenses).

Mais pour le reste, il faut désormais diversifier son épargne :

  • Assurance-vie pour le long terme,

  • PEA pour les actions françaises,

  • Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ou fonds euros dynamiques pour un rendement stable.

.


Ce que cette baisse révèle vraiment


.

Au-delà du taux, c’est le modèle d’épargne français qui s’essouffle.
Pendant que le Livret A s’effrite, les marchés actions, l’assurance-vie et même certaines obligations offrent des rendements réels positifs.
La question n’est plus : “Combien rapporte mon Livret A ?”, mais “Combien me coûte le fait de le garder plein ?

En 2026, pour la première fois depuis longtemps, le Livret A pourrait rapporter moins que l’inflation, marquant la fin d’une ère de protection automatique du pouvoir d’achat.

.


En conclusion


.

Le Livret A restera un outil indispensable pour l’épargne de précaution, mais plus du tout suffisant pour faire fructifier ses économies.
Avec un taux proche de 1,5 %, il entre dans une phase de rendement réel négatif.
L’heure est venue pour les Français de réconcilier sécurité et performance, en osant une diversification raisonnée vers des placements à horizon plus long.

.


FAQ


.

🔹 1. Quel sera le nouveau taux du Livret A en 2026 ?

Selon la formule de calcul officielle, le taux du Livret A pourrait passer de 1,7 % à 1,5 %, voire 1,4 %, au 1er février 2026, en raison d’une inflation proche de 1 % et de taux interbancaires faibles.

🔹 2. Pourquoi le taux du Livret A baisse-t-il ?

Le taux est calculé sur la base de la moyenne de l’inflation et des taux interbancaires (€STR).
Or, ces deux indicateurs sont orientés à la baisse depuis plusieurs mois, entraînant une rémunération moindre.

🔹 3. Combien vais-je perdre sur mon Livret A ?

Pour un Livret A au plafond de 22 950 €, les intérêts mensuels tomberaient à environ 28,7 €, contre 57 € un an plus tôt.
Soit une perte d’environ 360 € de revenus annuels.

🔹 4. Quelles alternatives au Livret A ?

Les fonds euros des contrats d’assurance-vie (rendement net autour de 2,2 %), les comptes à terme et les obligations d’État offrent actuellement de meilleurs rendements pour une épargne sécurisée à moyen terme.

🔹 5. Le Livret A reste-t-il utile ?

Oui. C’est un placement liquide, sécurisé et exonéré d’impôts, idéal pour conserver 3 à 6 mois de dépenses courantes.
Mais pour des objectifs à long terme, il faut diversifier son épargne.