Publié le 26 novembre 2025 à 18:45 — Mis à jour le 23 novembre 2025 à 21:47

Portés par l’incertitude politique, les craintes économiques et un attrait renouvelé pour la sécurité financière, les ménages français continuent de mettre de côté à un rythme rarement observé. Selon les dernières données de la Banque de France, le taux d’épargne des ménages a atteint 18,7 % du revenu brut disponible au deuxième trimestre, un niveau quasi équivalent à celui enregistré au plus fort de la crise sanitaire. Une dynamique qui confirme une tendance lourde : celle d’une France qui épargne beaucoup… parfois trop, au détriment de l’investissement productif.


Un effort d’épargne qui retrouve son niveau de la période Covid

En consacrant près d’un cinquième de leurs revenus à l’épargne, les Français se montrent une nouvelle fois parmi les ménages les plus prudents d’Europe. Après plusieurs trimestres déjà élevés, l’épargne a encore progressé de 30 points de base par rapport au premier trimestre, signe que la frilosité économique ne faiblit pas.

Entre avril et juin, les flux d’épargne ont représenté 93,2 milliards d’euros, après 96,7 milliards au trimestre précédent. Ces montants considérables tiennent à deux phénomènes conjoints :

  • une épargne brute en légère hausse, à 91,6 milliards d’euros,

  • un recul de l’endettement des ménages, tombé à 2,3 milliards d’euros contre 6,6 milliards au premier trimestre.

L’ajustement du crédit, dans un contexte de taux encore élevés, contribue donc mécaniquement au gonflement du taux d’épargne.


Assurance vie et fonds : les grands gagnants de ce regain d’épargne

Ce surplus d’épargne n’a pas bénéficié à tous les produits financiers. Les ménages ont privilégié les supports de long terme et les placements jugés plus sûrs, au détriment des livrets et des comptes de dépôt classiques.

Au détail, 33 milliards d’euros ont été orientés vers les produits financiers, un montant en léger progrès par rapport au premier trimestre (32,5 milliards). Les placements sur les dépôts à vue et en numéraire ne représentent que 3,6 milliards, soit une nette décélération par rapport aux 9,4 milliards observés en début d’année.

Plus significatif encore : les comptes à terme et livrets ordinaires, qui avaient retrouvé un certain attrait avec la hausse des taux, ne collectent qu’1,4 milliard d’euros.


Les fonds euros, nouvel aimant à épargne

La vraie surprise du trimestre provient des contrats d’assurance vie et des dispositifs d’épargne retraite. Malgré un contexte de taux en voie de normalisation, les épargnants ont largement renforcé leurs positions sur les fonds euros, qui enregistrent 12,1 milliards d’euros de flux positifs, après 8,1 milliards au premier trimestre et 6,2 milliards au dernier trimestre 2024.

Cette progression traduit un double mouvement :

  • un retour de la confiance dans les fonds garantis, dopés par des rendements en hausse,

  • une préférence marquée pour les solutions sécurisées, alors que l’environnement géopolitique et politique reste incertain.

Dans le même temps, les OPC monétaires recueillent 1,6 milliard d’euros, signe que la quête de sécurité reste prédominante.


Retour en grâce des actions cotées, dynamisme des unités de compte

Fait notable, les investisseurs particuliers ont recommencé à se tourner vers les marchés actions, malgré la volatilité liée à la correction boursière du printemps. Les actions cotées attirent 1,3 milliard d’euros, contre une décollecte de 600 millions au premier trimestre. Les titres non cotés progressent eux aussi, avec 2,2 milliards collectés.

Les unités de compte de l’assurance vie et de l’épargne retraite maintiennent leur attrait, totalisant 9 milliards d’euros, un niveau légèrement en dessous des 10,5 milliards enregistrés en début d’année mais toujours très élevé au regard du contexte.

Les OPC actions affichent également une collecte dynamique, à 5,5 milliards d’euros, après un modeste +0,9 milliard au premier trimestre.


Un patrimoine financier proche des 6 500 milliards d’euros

Avec une valeur totale de 6 477,6 milliards d’euros, le patrimoine financier des ménages français continue de progresser, malgré l’effet négatif des marchés au printemps. Dans le détail :

  • 3 897,4 milliards d’euros sont logés dans des produits de taux,

  • 2 484,6 milliards d’euros dans des produits actions ou fonds propres,

  • 29,4 milliards d’euros dans l’immobilier financier.

L’effet volume (+33 milliards d’euros de flux) a compensé une baisse de valorisation de 12,7 milliards, liée notamment au repli des indices au début du mois d’avril après les annonces protectionnistes de Donald Trump.


La France parmi les champions européens de l’épargne

Avec un taux d’épargne désormais équivalent à celui de l’Allemagne et plus de trois points au-dessus de la moyenne de la zone euro, les ménages français apparaissent comme les plus prudents du continent.

Cette tendance est largement alimentée par :

  • l’incertitude politique persistante,

  • les tensions géopolitiques internationales,

  • la hausse des prix du quotidien,

  • le ralentissement de la croissance,

  • et la crainte d’un marché du travail qui se tend.

Dans ce contexte, l’exécutif peine à orienter cette masse d’épargne vers l’économie productive, un enjeu pourtant essentiel pour financer la croissance, la transition énergétique et la réindustrialisation du pays.


Conclusion : une épargne refuge, mais un frein à l’investissement productif

Jamais les Français n’avaient autant épargné depuis la pandémie. Si cette prudence offre une forme de stabilité financière aux ménages, elle représente aussi un défi pour l’économie réelle.
L’épargne se concentre massivement sur des produits non risqués et garantis, tandis que les investissements productifs et de long terme peinent à attirer les flux.

Dans un contexte de mutation économique et de besoin massif de financement, la grande question demeure : comment orienter l’épargne des Français — abondante mais frileuse — vers les secteurs qui en ont le plus besoin ?

Une question à laquelle ni les marchés ni les pouvoirs publics ne sont encore parvenus à répondre.