Publié le 10 décembre 2025 à 07:45 — Mis à jour le 6 décembre 2025 à 07:54

À l’approche des fêtes, l’envie de transmettre un bijou de famille, une somme d’argent ou même des parts sociales à un proche se fait souvent sentir. Mais derrière un geste affectif ou de solidarité se cachent des règles fiscales complexes. Et dès le 1er janvier 2026, la réglementation évolue : tous les dons manuels et donations de sommes d’argent devront obligatoirement être déclarés en ligne, quelle que soit leur date ou leur nature.

Ce changement marque un tournant majeur dans la gestion des transmissions entre particuliers et impose d’adopter les bons réflexes pour éviter les mauvaises surprises.

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Dons manuels : un régime fiscal strict, souvent sous-estimé


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Un don manuel est la remise matérielle d’un bien ou d’une somme d’argent :

  • argent (virement, chèque, remise d’espèces),

  • bijoux,

  • œuvres d’art,

  • véhicules,

  • meubles,

  • actions, parts sociales…

Contrairement aux idées reçues, un don manuel est taxable au même titre qu’une donation classique, dès lors que l’administration en a connaissance, notamment :

  • lors d’une déclaration spontanée du bénéficiaire,

  • lors d’un contrôle fiscal,

  • lors d’un déballage successoral (la situation la plus fréquente).

Pourquoi déclarer un don manuel ?

  1. Pour sécuriser l’avenir : un don non déclaré réapparaît souvent à la succession et peut créer des conflits familiaux.

  2. Pour faire courir le délai fiscal de 15 ans, indispensable pour reconstituer les abattements.

  3. Pour éviter une taxation rétroactive plus sévère, assortie d’intérêts et pénalités.

À partir du 1er janvier 2026, la déclaration devient obligatoire et dématérialisée via impots.gouv.fr, conformément aux annonces de Bercy.

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Présents d’usage : une exception fiscale très encadrée


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Le présent d’usage est un cadeau offert à l’occasion d’un événement particulier :

  • Noël,

  • anniversaire,

  • réussite à un examen,

  • mariage,

  • naissance…

Ce cadeau est hors champ des droits de donation, à condition de respecter deux critères fondamentaux fixés par la jurisprudence :

✔ 1. L’occasion doit être légitime

Un présent de Noël ou d’anniversaire est incontestable.
Un cadeau important donné “sans raison” n’est pas un présent d’usage.

✔ 2. Le montant doit être proportionné au patrimoine et aux revenus du donateur

Aucun seuil légal n’existe, mais la doctrine fiscale et les tribunaux considèrent qu’un présent d’usage :

  • ne doit pas entamer le capital du donateur,

  • doit représenter une part raisonnable de son patrimoine (souvent <2 % du patrimoine ou <10 % des revenus annuels selon les jurisprudences).

🔎 Exemple jurisprudentiel
La Cour de cassation a rappelé que le présent d’usage doit être “modéré” (Cass., 6 févr. 2008). Lorsque le cadeau excède ce caractère modéré, il devient fiscalement une donation taxable.

Conséquence : en cas de non-respect, l’administration peut requalifier le présent d’usage en donation taxable.

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La nouvelle obligation déclarative 2026 : ce qu’il faut retenir


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Dès le 1er janvier 2026, seront obligatoirement déclarés en ligne :

📌 Tous les dons manuels entre particuliers, notamment :

  • sommes d’argent (quelle que soit la date de versement),

  • dons manuels de biens meubles : bijoux, œuvres d’art, véhicules, objets précieux,

  • actions, parts sociales, cryptoactifs, etc.

L’objectif affiché par Bercy :

  • sécuriser les recettes fiscales,

  • simplifier et systématiser les déclarations,

  • limiter les transmissions “invisibles” révélées seulement au décès.

Important : le seuil de déclaration ne change pas. Même 500 € donnés à un enfant constituent un don manuel déclarable.

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Quels abattements et taxation s’appliquent aux dons manuels ?


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Si le don manuel n’est pas un présent d’usage, il bénéficie des abattements classiques (tous les 15 ans) :

Lien familialAbattement
Parent → enfant100 000 €
Grand-parent → petit-enfant31 865 €
Oncle/tante → neveu/nièce7 967 €
Entre autres personnes1 594 €

Au-delà de ces abattements, les droits de donation varient de 5 % à 45 % selon les montants.

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Dons familiaux de sommes d’argent (article 790 G)


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Ce dispositif, cumulable avec les abattements précédents, permet d’offrir jusqu’à 31 865 € supplémentaires en exonération, sous conditions :

  • donateur de moins de 80 ans,

  • bénéficiaire majeur,

  • déclaration obligatoire.

Cette exonération reste applicable après 2026, mais uniquement si la déclaration en ligne est effectuée.

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Quels risques en cas de non-déclaration ?


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➡ Redressement au décès du donateur

Les héritiers peuvent être taxés rétroactivement, avec :

  • droits de donation,

  • intérêts de retard (0,2 %/mois),

  • pénalités éventuelles.

➡ Risques pénaux en cas de dissimulation volontaire

➡ Conflits familiaux

Les dons non déclarés créent des inégalités successorales, source de litiges fréquents.

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Quel réflexe adopter avant Noël ?


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✔ Si vous souhaitez faire un cadeau raisonnable :

→ Optez pour un présent d’usage, préservé fiscalement.
→ Conservez une trace (facture, copie d’écran, justificatif de l’occasion).

✔ Si la valeur est significative :

→ Déclarez le don manuel pour sécuriser la transmission.
→ Faites courir le délai de 15 ans au plus tôt.

✔ Si vous souhaitez optimiser votre patrimoine :

→ Combinez abattement classique + don familial de sommes d’argent.
→ Faites des donations régulières plutôt que tardives.

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Conclusion : transparence et anticipation deviennent indispensables


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Avec l’obligation déclarative généralisée en 2026, l’État envoie un message clair : la transmission doit être encadrée, documentée et anticipée.

Pour les ménages, cette évolution impose d’arbitrer soigneusement entre :

  • présent d’usage, simple et non taxable mais strictement encadré,

  • don manuel déclaré, sûr juridiquement et fiscalement optimisé.

Dans un contexte où la fiscalité patrimoniale ne cesse d’être scrutée, maîtriser ces mécanismes est essentiel pour transmettre dans les meilleures conditions et éviter tout risque futur pour ses héritiers.